Deux hommes tenant l'un un drapeau nord-coréen et l'autre un drapeau chinois sont assis près de la place Kim Il Sung, à Pyongyang le 20 juin 2019 © AFP Ed JONES

International

Accueil en fanfare pour le président chinois en Corée du Nord

le 20 juin 2019


Xi Jinping a eu droit jeudi à un accueil en fanfare en Corée du Nord pour la première visite d’un président chinois dans ce pays depuis 14 ans, au moment où les deux voisins communistes se heurtent pour des raisons différentes aux pressions de Donald Trump.

Fidèle à sa réputation d’opacité, le régime nord-coréen n’a pas laissé la presse étrangère couvrir l’événement. Plus de quatre heures après l’arrivée du président chinois pour cette visite d’Etat de deux jours, aucune image de Xi Jinping n’avait encore été diffusée par les médias des deux pays.

L’agence de presse Chine nouvelle a précisé que Kim Jong Un et pas moins de 10.000 personnes avaient accueilli M. Xi et son épouse à l’aéroport. Le président chinois a eu droit à 21 coups de canon, avant de passer les troupes en revue en compagnie de son hôte, a rapporté la télévision chinoise CCTV, mais sans montrer d’images.

Sur internet, des images de CCTV montraient toutefois un convoi de véhicules traversant la capitale nord-coréenne sous les acclamations de la population agitant des bouquets de fleurs et des drapeaux des deux pays.

L’agence officielle chinoise a ensuite annoncé que les deux dirigeants avaient entamé des entretiens, mais sans fournir de détails.

Pékin et Pyongyang comptent afficher leur entente au moment où le rapprochement entre Kim Jong Un et Donald Trump piétine.

Alors que le président américain promet un développement économique fabuleux à la Corée du Nord si elle accepte de renoncer à son programme nucléaire, son homologue chinois entend rappeler le rôle incontournable de son pays, qui absorbe 90% du commerce de Pyongyang.

La visite devrait accorder une large place à l’histoire et à l’intervention de la Chine dans la guerre de Corée (1950-53), qui devait sauver le régime de Kim Il Sung, grand-père de l’actuel numéro un. L’ennemi commun n’était autre que les Etats-Unis.

– ‘Influencer Kim’ –

Les premières années au pouvoir de Kim Jong Un n’ont pas été faciles pour Pékin. La Chine a appliqué les sanctions internationales destinées à forcer Pyongyang à abandonner son programme nucléaire, provoquant la colère de son voisin.

Conséquence: Kim Jong Un, arrivé au pouvoir à la mort de son père fin 2011, a attendu 2018 pour se rendre pour la première fois en Chine et rencontrer enfin Xi Jinping, aux manettes à Pékin depuis 2012. Les deux hommes se sont vus à quatre reprises l’an dernier.

Une réconciliation qui semble avoir été précipitée par le rapprochement entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, symbolisé par l’historique sommet Trump-Kim de Singapour en juin 2018: Pékin redoute de voir son allié tomber dans le camp américain, tandis que les Nord-Coréens ont besoin des Chinois pour faire le poids face à Washington.

« Xi veut que tout le monde reste parfaitement conscient qu’il peut influencer Kim et qu’aucun accord global et durable avec la Corée du Nord ne peut être conclu sans l’aide et l’approbation de la Chine », estime Scott Seaman, analyste du groupe de réflexion américain Eurasia Group.

– Le commerce en toile de fond –

Le deuxième sommet Trump-Kim en février à Hanoï n’a rien donné, Américains et Nord-Coréens restant bloqués sur la dénucléarisation. Washington exige qu’elle intervienne avant la levée des sanctions internationales, ce que Pyongyang refuse.

M. Xi a lui aussi maille à partir sur un autre sujet avec son homologue américain qu’il retrouvera la semaine prochaine au Japon à l’occasion d’un sommet du G20: la guerre commerciale sino-américaine.

Dans ce contexte, Yongwook Ryu, spécialiste des relations internationales à l’Université nationale de Singapour, estime que faire pression sur Pyongyang pour l’encourager à dénucléariser serait du point de vue de Pékin « une carotte pour Trump ».

« Xi Jinping pourrait ainsi peut-être obtenir des concessions » de la part du président américain sur le plan commercial, suppose l’analyste.

La visite est, de fait, très suivie par les Etats-Unis.

« Nous espérons vivement que le président Xi continuera à envoyer des messages constructifs et adéquats au cours de ses entretiens » à Pyongyang, a déclaré Stephen Biegun, le représentant spécial américain pour la Corée du Nord.

LNT avec Afp