Une nouvelle journée de mobilisation a marqué, lundi, le mouvement de contestation agricole contre l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Après les actions menées durant le week-end sur plusieurs axes routiers, les syndicats mobilisés ont cette fois-ci visé des sites portuaires stratégiques, avec le blocage d’un dépôt pétrolier à La Rochelle et d’un silo céréalier à Bayonne.
À La Rochelle, une trentaine de tracteurs et une soixantaine de manifestants, réunis à l’appel de la Coordination rurale de Charente-Maritime, ont installé un barrage de ballots de paille devant les installations pétrolières du port industriel de La Pallice. L’objectif affiché était de perturber l’activité logistique liée aux importations, dans un contexte de forte opposition au projet d’accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud.
Dans le même temps, sur le port de Bayonne, plusieurs organisations agricoles – la Confédération paysanne, le Modef et le syndicat basque ELB – ont annoncé le blocage du site céréalier Maïsica, malgré une interdiction préfectorale de rassemblement. Selon les organisateurs, une trentaine de tracteurs ont bloqué les entrées du site, alors que les militants convergeaient vers la zone portuaire en début de matinée.
Ces actions s’inscrivent dans le prolongement des mouvements du week-end, marqués notamment par un barrage filtrant sur le port du Havre. En Normandie, environ 150 agriculteurs ont décidé d’inspecter les camions accédant au port afin de contrôler la nature des marchandises et d’écarter, autant que possible, les produits alimentaires jugés non conformes aux normes européennes imposées aux producteurs français. Les manifestants ont indiqué ne pas vouloir bloquer totalement l’entrée du port, mais instaurer un contrôle systématique des flux.
Dans les Hauts-de-France, la Coordination rurale du Pas-de-Calais a pour sa part maintenu un barrage filtrant sur l’autoroute A1, dans le sens Lille-Paris, qu’elle entend prolonger au moins jusqu’à mercredi. Cette autoroute, présentée par son concessionnaire comme l’axe routier le plus fréquenté de France, constitue un point névralgique du trafic national. Les responsables du mouvement affirment disposer d’effectifs suffisants pour « tenir le siège » pendant plusieurs jours.
À Bayonne, la situation a en revanche évolué durant la nuit de dimanche à lundi sur l’autoroute A63, où un groupe d’une centaine d’agriculteurs non syndiqués, surnommés « les Ultras de l’A63 », bloquait l’axe reliant la France à l’Espagne depuis vendredi. Après une intervention du préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui s’est rendu sur place pour dialoguer avec les manifestants, le barrage a été levé entre 23h00 et 1h30 du matin. Les autorités ont indiqué que cette réouverture s’est déroulée sans dégradation et que la circulation a repris dans les deux sens.
La mobilisation dépasse par ailleurs les frontières françaises. Des manifestations ont été signalées en Italie, en Pologne ou encore en Irlande, illustrant l’ampleur des inquiétudes suscitées par l’accord UE-Mercosur, qui doit être signé prochainement au Paraguay. Ce traité créerait l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde, rassemblant plus de 700 millions de consommateurs.
À l’origine, le mouvement agricole s’était structuré autour de la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse bovine, mais il a pris une nouvelle dimension après le feu vert donné par les institutions européennes au texte avec le Mercosur. Les opposants estiment que cet accord risque de bouleverser l’équilibre du secteur agricole européen, en favorisant l’importation de produits moins chers en provenance d’Amérique latine, issus de systèmes de production qui ne respecteraient pas toujours les normes sanitaires, environnementales et sociales appliquées dans l’Union.
Les organisations mobilisées dénoncent également le manque de contrôles jugés suffisants sur ces importations et redoutent une concurrence qu’elles considèrent déloyale. En ciblant désormais des infrastructures portuaires, des dépôts pétroliers et des silos céréaliers, les agriculteurs entendent accentuer la pression sur les pouvoirs publics et sur les acteurs économiques impliqués dans les flux commerciaux internationaux, dans l’attente de clarifications sur l’avenir de l’accord et sur les mesures de protection du secteur agricole européen.

