Les enjeux liés au développement d’une intelligence artificielle (IA) souveraine, éthique et durable au Maroc ont été au cœur des débats organisés dans le cadre de la première édition du Rally IA Future Lab, tenue du 16 au 20 juin à Merzouga sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Cette initiative nationale, dédiée à l’anticipation de l’avenir de l’intelligence artificielle et au renforcement de l’innovation numérique au Maroc, a été lancée lors d’une cérémonie présidée par la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, en présence du ministre délégué auprès du Chef du gouvernement chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, Karim Zidane, du président du Conseil de la région Drâa-Tafilalet, Hro Abrou, et du directeur général de Tamwilcom, Saïd Jabrani.
Réunissant experts, chercheurs, responsables institutionnels et acteurs du numérique, le Rally IA Future Lab entend poser les bases d’un écosystème national de l’IA capable de répondre aux besoins du Royaume tout en garantissant la confiance des citoyens, la protection des données personnelles et la pérennité des projets technologiques.
Dans son allocution d’ouverture, Amal El Fallah Seghrouchni a souligné que l’organisation de cet événement à Merzouga traduit la volonté de faire de l’ensemble des régions du Royaume des acteurs essentiels de la construction de l’avenir numérique du Maroc.
Selon la ministre, le Rally IA Future Lab s’inscrit dans le prolongement des conclusions des premières Assises nationales de l’intelligence artificielle et de la dynamique impulsée par l’initiative « AI Made in Morocco ». Ce laboratoire du futur constitue ainsi une nouvelle étape dans la mise en place d’un écosystème national intégré de l’intelligence artificielle, capable de transformer la connaissance en valeur économique, sociale et de développement.
L’initiative cible en priorité les jeunes talents marocains, notamment les étudiants, chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs et développeurs, qui partagent l’ambition de mettre la technologie au service du développement, de l’amélioration de la qualité de vie, de la modernisation des services publics et de la création de nouvelles opportunités économiques.
Rappelant les avancées réalisées par le Royaume en matière de transformation numérique, la ministre a indiqué que le Maroc œuvre aujourd’hui à la construction d’un modèle national de l’intelligence artificielle fondé sur la souveraineté numérique, la valorisation des compétences nationales, le renforcement de la recherche scientifique et l’amélioration de la compétitivité de l’économie nationale.
Cette dynamique est également portée par un chantier législatif et réglementaire comprenant l’élaboration d’un projet de loi sur l’administration numérique intégrant les questions liées à l’intelligence artificielle, à la protection des données et à la cybersécurité. Mme El Fallah Seghrouchni a également annoncé les travaux visant à mettre en place une direction générale dédiée à l’intelligence artificielle et aux technologies émergentes afin d’accompagner les évolutions rapides que connaît ce secteur à l’échelle internationale.

De son côté, Karim Zidane a souligné que l’intelligence artificielle constitue désormais l’un des principaux moteurs de la croissance économique mondiale. Selon lui, les pays qui investissent aujourd’hui dans la connaissance, la recherche scientifique et les infrastructures numériques seront les mieux positionnés pour renforcer leur compétitivité demain.
Le ministre délégué a relevé qu’à travers la stratégie « Maroc Digital 2030 » et l’initiative « AI Made in Morocco », le Royaume poursuit le renforcement de son positionnement en tant que pôle régional de l’économie numérique et des technologies avancées.
Il a estimé que le développement économique moderne ne repose plus uniquement sur les ressources naturelles, mais de plus en plus sur les compétences humaines, l’innovation et la créativité. Dans cette perspective, le Rally IA Future Lab constitue, selon lui, un véritable espace de détection des talents et de transformation des idées innovantes en projets et solutions concrètes répondant aux besoins de la société et de l’économie.
Le président du Conseil de la région Drâa-Tafilalet, Hro Abrou, a pour sa part considéré que l’accueil de cette manifestation nationale reflète la confiance dont bénéficie la région ainsi que la richesse de ses potentialités. Il a insisté sur l’importance de multiplier les espaces favorisant l’innovation, la formation et la créativité des jeunes, tout en renforçant la contribution des régions à l’édification de l’économie numérique nationale.
De son côté, le directeur général de Tamwilcom, Saïd Jabrani, a mis en avant le rôle du financement dans l’accompagnement des start-up et des projets innovants. Il a réaffirmé l’engagement de son institution à soutenir les porteurs de projets et à leur fournir les mécanismes financiers nécessaires pour transformer leurs idées en entreprises créatrices de valeur et d’emplois.
Au cours des différents panels, les intervenants ont mis en avant les priorités à intégrer dans la conception et le déploiement des solutions d’intelligence artificielle, notamment en matière de cybersécurité, de qualité des données, d’infrastructures numériques et de gouvernance.
Chargé de mission au ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Mohamed El Hallabi a présenté l’ambition marocaine en matière d’IA, articulée autour de cinq piliers stratégiques : la souveraineté technologique, la confiance des citoyens, le développement des compétences, l’innovation responsable et l’équité territoriale.
Il a notamment mis en avant le rôle structurant du réseau national des centres d’excellence « Jazari Institute », inscrit dans la stratégie « Maroc Digital 2030 ». Conçu comme une architecture nationale distribuée et ancrée dans les territoires, ce réseau repose sur une coopération étroite entre universités, administrations, start-up et acteurs de l’économie productive.
Selon lui, le lancement de « Jazari Root » constitue une étape déterminante dans la construction d’une capacité nationale durable en intelligence artificielle. Cette initiative est appelée à devenir un levier de formation, de recherche appliquée et d’innovation collaborative, tout en renforçant les partenariats du Royaume avec ses partenaires africains et arabes.
Les experts ont également insisté sur la nécessité de mettre en place une gouvernance adaptée à l’évolution rapide des technologies d’IA. Experte en intelligence artificielle et régulation au sein de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP), Faiza Berkchi a rappelé que l’adoption de ces technologies dépend largement de leur capacité à gagner la confiance des citoyens et à respecter les droits et libertés fondamentaux.
Cette question de la confiance a également été au centre des échanges consacrés à la gouvernance de l’IA. Les intervenants ont estimé que la qualité des données, le développement des compétences et l’innovation responsable constituent des piliers essentiels pour permettre au Maroc de consolider son positionnement en tant qu’acteur régional et continental de référence en matière de transformation numérique.
Le président de la CNDP, Amal El Fallah Seghrouchni, a rappelé que la protection des données personnelles est devenue un pilier fondamental de la confiance numérique et un levier essentiel de la transformation digitale, du développement de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique. Selon lui, elle constitue une condition indispensable au développement de systèmes intelligents fiables et responsables.
Intervenant sur le rôle des données dans les projets d’IA, Souhaib Ben Tayeb, professeur à l’Université Mohammed Bin Zayed pour l’Intelligence artificielle à Abou Dhabi, a rappelé que les données constituent le socle de l’ensemble des applications d’intelligence artificielle et que leur qualité détermine largement la performance des algorithmes.
Enfin, Bassem Bennani, directeur exécutif Marketing pour l’Afrique du Nord chez Nokia, a estimé que le succès futur de l’IA ne se mesurera pas uniquement à sa sophistication technologique ou à sa rentabilité économique, mais également à sa capacité à respecter l’être humain, l’environnement et les valeurs éthiques des sociétés.
Le Rally IA Future Lab se déroule avec la participation de 1.000 jeunes lors de sa première phase, avant une extension progressive visant à atteindre 5.000 participants au cours des prochaines éditions. Les participants bénéficient de l’encadrement d’experts et de mentors nationaux et internationaux à travers des ateliers consacrés à la prospective, à la construction de scénarios, à la conception centrée sur l’impact, à l’expérimentation rapide et au storytelling stratégique.
À terme, l’initiative ambitionne de devenir une plateforme nationale permanente dédiée à l’anticipation du futur et au développement de solutions innovantes basées sur l’intelligence artificielle.
LNT
