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À Madagascar, les réseaux sociaux annoncent-ils un changement de l’opinion ?

À Madagascar, les réseaux sociaux annoncent-ils un changement de l’opinion ?

Par LNT
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Quitter le pouvoir ne signifie pas disparaître du paysage politique. Les vœux récemment adressés à la nation par le président élu de Madagascar, Andry Rajoelina, actuellement en exil, en offrent une illustration parlante. Leur large diffusion sur les réseaux sociaux, accompagnée de nombreux commentaires, révèle une réalité difficilement contestable : sa parole continue de mobiliser et d’intéresser.

Cette audience – plus de 5 millions de vues et de 100 000 réactions positives sur Facebook – ne relève pas d’un simple effet numérique. Elle marque avant tout la fin d’un temps de sidération. Après la prise du pouvoir par les militaires, sur fond de mobilisation de la jeunesse, nombre de soutiens de l’ancien président s’étaient faits discrets. Aujourd’hui, ils ne se cachent plus. Ils s’expriment, se reconnaissent et réinvestissent l’espace public, trouvant dans le numérique un terrain d’expression naturel.

Mais cette dynamique dépasse le cercle de ses partisans traditionnels. Une partie de la jeunesse, initialement porteuse d’un mouvement de contestation, exprime désormais une profonde désillusion. Beaucoup des représentants de la Gen-Z n’avaient pas imaginé que leurs aspirations seraient confisquées par des hommes en uniforme. Le sentiment d’avoir été dépossédés de leur combat nourrit un regard plus critique sur le présent et, en creux, une relecture du passé.

Parallèlement, les inquiétudes s’étendent à des milieux plus larges. Dans le monde économique, financier, politique et culturel, l’arrivée des militaires au pouvoir suscite des interrogations croissantes. Les résultats de la « Transition » tardent à se matérialiser, tandis que les expériences similaires observées ailleurs sur le continent africain n’offrent guère de perspectives rassurantes. Sans amalgame ni caricature, ces précédents rappellent les difficultés structurelles auxquelles se heurtent les transitions militaires prolongées.

À ces soutiens affirmés et à ces désillusions s’ajoute une inquiétude plus stratégique. Sous l’ancien président, Madagascar avait su maintenir une certaine distance avec les grandes puissances, préservant un équilibre diplomatique mesuré. Depuis son départ, les rivalités entre acteurs majeurs, notamment les États-Unis et la Russie, se manifestent plus ouvertement. Si ces tensions demeurent pour l’heure feutrées, l’hypothèse d’une instrumentalisation du pays dans des logiques d’affrontement international ne peut être écartée à court terme.

Or, Madagascar n’a ni vocation ni intérêt à devenir un terrain de rivalités géopolitiques. Le pays fait face à des urgences autrement plus essentielles : développement économique, cohésion sociale, stabilité institutionnelle et amélioration des conditions de vie de la population. Le nouveau président, le colonel Michaël Randrianirina, est précisément attendu par le peuple Malagasy et la Gen-Z sur sa capacité à répondre à ces priorités fondamentales.

C’est dans ce climat incertain que la popularité persistante du président Rajoelina prend tout son sens. Elle ne relève ni de la nostalgie ni du hasard. Elle traduit la reconnaissance d’une expérience, d’une stature et d’une capacité à incarner une certaine idée de l’indépendance nationale. Qu’on le soutienne ou qu’on le conteste, une évidence s’impose : sa voix continue de compter.

En politique, l’influence ne tient pas à la fonction, mais à la confiance qu’une parole continue d’inspirer.

LNT avec CP

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