L’annonce faite mercredi dernier par Sa Majesté le Roi de l’état d’avancement des grands chantiers « Nador West Med » et « Tanger Med 3 » montre que le Maroc s’apprête à passer à l’heure des retombées économiques et sociales de sa politique d’infrastructures.
Initiée au début des années 2000, cette dynamique place au cœur de la stratégie la contribution de ces projets au développement des provinces concernées et les perspectives qu’ils ouvrent aux populations locales.
Le Maroc entre ainsi dans une nouvelle phase, après avoir massivement investi dans ses infrastructures, il doit désormais transformer ces équipements en richesse, en emplois, en recettes et en amélioration du quotidien des citoyens. Nador West Med en est l’illustration, bien plus qu’une simple extension des capacités portuaires, il s’agit d’un vaste complexe portuaire, industriel et énergétique.
De Tanger Med en 2002 à Nador West Med, dont la première phase devrait entrer en exploitation dans les prochains jours, jusqu’à Tanger Med 3, ces projets s’inscrivent dans une stratégie maritime de long terme visant à renforcer les capacités portuaires du Royaume autour du Détroit et de la Méditerranée. Ils consolident l’intégration du Maroc dans les échanges commerciaux internationaux et sa compétitivité face à la recomposition des chaînes de valeur mondiales. À ce rôle commercial s’ajoute une dimension énergétique stratégique, avec des installations de stockage d’hydrocarbures et un terminal de gaz naturel liquéfié dont la capacité de traitement pourrait atteindre 5 milliards de mètres cubes par an, contribuant ainsi à la sécurité énergétique du Royaume.
Un tel événement invite par ailleurs à dresser l’inventaire des grands projets d’infrastructure du Royaume. Leur point commun, ils sont tout simplement colossaux, comme en témoignent des montants d’investissement qui se chiffrent en milliards de dirhams et des schémas de financement élaborés. Leur impact est attendu sur la croissance, l’emploi, les revenus des ménages et les conditions de vie des populations.
Ils confirment ainsi que les infrastructures structurantes constituent un véritable levier de développement économique pour notre pays, de création d’emplois et de valorisation des territoires. Cette ambition conjugue croissance nationale et développement territorial, grâce à une meilleure répartition de l’investissement public et à la mobilisation de capitaux privés, tout en ancrant la création de valeur ajoutée dans les territoires.
Le modèle de financement repose sur une formule tripartite équilibrée qui préserve les finances publiques, 30 à 40 % des fonds proviennent de l’État (budget général, Fonds Hassan II) ; 20 à 30 % sont apportés par des bailleurs de fonds internationaux à des conditions concessionnelles (BAD, BEI, Banque mondiale), avec des taux de 1 à 2 %, des maturités longues et des périodes de grâce ; enfin, 30 à 40 % sont injectés par des investisseurs et concessionnaires privés.
Cette architecture financière permet de préserver la soutenabilité de la dette publique tout en dotant le Maroc d’infrastructures de pointe à l’approche des grands rendez-vous internationaux.
Mais surtout, ces grands projets de Nador West Med au nord, à la LGV au centre, en passant par Dakhla Atlantique au sud, ne sont pas de simples investissements sectoriels, ils constituent le moteur économique de la régionalisation avancée voulue par le Roi, au service de l’autonomie économique des régions. L’aménagement du territoire et l’équité interrégionale reposent sur un maillage autoroutier, ferroviaire et portuaire qui relie les zones enclavées aux grands flux mondiaux. L’Oriental, avec Nador, et les provinces du Sud, avec Dakhla, deviennent ainsi de véritables portes d’entrée et des carrefours de compétitivité à part entière.
Afifa Dassouli
Les grands projets d’infrastructures engagés par le Maroc se répartissent en trois pôles.

Son montant global est estimé à 96 milliards de dirhams (Mds DH), financés par l’État (Fonds Hassan II, budget général), le secteur privé et des bailleurs internationaux, la part du financement extérieur se situant entre 40 et 60 %. Dans le détail, la Banque africaine de développement (BAD) arrive en tête avec 205 millions d’euros (environ 2,2 Mds DH, accord PADIF signé en 2026 avec le ministère) pour le corridor Casablanca-Kénitra-Marrakech (rails neufs et appareils de voie), auxquels s’ajoutent 200 millions d’euros dédiés au programme « Cap Compétences 2030 », qui forme les jeunes aux métiers de ces chantiers. La Banque européenne d’investissement (BEI), l’Agence française de développement (AFD) et la KfW (Allemagne) cofinancent les autres lots, structurés en partenariats public-privé (PPP). Le marché obligataire est également sollicité puisquz l’ONCF a réalisé une émission historique d’obligations vertes (1 Md DH en juillet 2022) pour refinancer la ligne Tanger-Kénitra.
Réalisations et entrée en activité : l’accord final a été entériné à Rabat en septembre 2026, actant le lancement des chantiers de la liaison à grande vitesse destinée à relier le nord au sud du pays.
Retombées pour le pays et la population : modernisation majeure de la mobilité nationale, désengorgement des axes routiers, stimulation de l’emploi local (formation ciblée de milliers de jeunes) et attractivité accrue du territoire pour les investisseurs.

Le montant global est estimé à environ 54 milliards de dirhams pour Nador West Med. Le financement se répartit comme suit :
Autoroute Guercif-Nador (104 km) : 200 millions d’euros (2,14 Mds DH) apportés par la BAD (accord signé en 2024).
Union européenne : 300 millions d’euros pour la liaison ferroviaire Selouane-Nador West Med, complétés par 2,4 Mds DH de l’État.
BEI : un programme d’investissement au Maroc aux volumes records et croissants (22 M€ en 2022, 320 M€ en 2023, 500 M€ en 2024 et 740 M€ en 2025). Il couvre notamment la reconstruction post-séisme de l’Atlas (routes, écoles, hôpitaux, pour 500 M€), le réseau électrique de l’ONEE et l’intégration des énergies solaire et éolienne (170 M€ avec la KfW), ainsi que l’eau potable (70 M€).
Investissement privé : forte implication d’opérateurs internationaux (par exemple Maersk-APM à Tanger Med, ou Marsa Maroc et CMA CGM avec 280 millions de dollars pour l’extension des quais).
Retombées pour le pays et la population : création dans l’Oriental d’un hub industriel, logistique et énergétique de dimension mondiale ; génération d’emplois directs et indirects substantiels (plus de 1 400 emplois directs dans un premier temps et des dizaines de milliers d’emplois induits) ; désenclavement de la région et stimulation des chaînes de valeur industrielles, avec l’implication de grands constructeurs et d’acteurs logistiques mondiaux.

Conçu comme un hub géostratégique majeur, ce projet d’envergure s’inscrit dans la vision royale de désenclavement des provinces du Sud et d’ouverture renforcée vers l’Afrique subsaharienne et l’Atlantique. Représentant des investissements de plusieurs milliards de dirhams, il intègre des infrastructures portuaires de pointe, des zones industrielles et logistiques dédiées, ainsi qu’un raccordement aux grands réseaux de transport et d’énergie (notamment les projets de dessalement d’eau de mer et d’énergies renouvelables). Les travaux avancent à un rythme soutenu, pour une mise en service et une montée en puissance échelonnées d’ici la fin de la décennie.
