Foule option – AnaChronique par Driss Jaydane

Par LNT
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Voici le Peuple. Celui que l’on convoque, celui qu’on célèbre. Il est grand, il est beau, il est bon. C’est le bon peuple.  Et, s’il est d’abord ce qui peuple, il est aussi, nous dit-on, Souverain. Souveraineté et métaphysique du peuple. D’où le fait que, très vite, il puisse devenir sa propre abstraction, qui vaut aussi pour sacralisation. Alors, le Peuple est d’autant plus parfait qu’on lui épargne les détails.

Tout ce qui dépasse, en somme.  Mais voilà, le Peuple, parfois, arrive, il vient. Il sort, il marche, il réclame. Il peuple une place, un boulevard, il remplit, il emplit et peut donc déborder.

Et de fait, quelque chose de lui, a changé. Et le regard posé sur lui, surtout.

Le voici devenu tout autre chose : la Foule.

Sigmund Freud, dans Psychologie collective et analyse du moi, interroge ce qui nous arrive lorsque nous faisons foule. Il dit : la Foule c’est le ça, – c’est la pulsion, rendu enfin possible, la puissance de l’animal ancien, revenue si vite, du fin fond des âges… Et qui, fait fondre la Loi d’Airain, pour que la foule, puisse fondre sur tout. Et sans distinction.

Quand le Peuple est politique, la Foule est magmatique. Le premier parle. La seconde mange. Au premier, une volonté ; à la seconde, une mâchoire. Voilà, du moins, un partage qui arrange bien du monde. Et autorise tant d’histoires.

Pourtant, si une question, ici, importe, c’est bien celle de ce moment, de cette bascule, question stratégique en vérité, mais aussi brûlante, par son actualité : à partir de quand le Peuple, si peu fait de chair, qu’il est si cher à celles et ceux qui se délectent de sa voracité, oui, à partir de quand le bon peuple devient-il la foule, inquiétante, dangereuse, dévorante… Pour la cité ?

Et qui décide, et quand ? Qui dit que ce beau visage si populaire est devenu hideux, et qu’il mérite qu’on l’arrache à la grenade ; hier encore, intouchable la figure du Peuple, la voici devenue la face cachée de la haine…  Mais que sait-on, au fond, d’un rassemblement lorsqu’on n’en montre que les cendres ?

Alors, oui, renait l’animal ancien. Celui qu’on nous décrit, qu’on nous montre, que la colère a sorti de sa tanière. La Foule hurle, la Foule menace, la Foule accouche des casseurs casqués. Et bientôt, dans ce récit, tout a été confondu.

Voilà, au fond, la question : celle du discernement.

Celle qui consiste, même si la confusion, – des genres et des gens, s’invite au milieu des fumigènes, –  à distinguer les actes, à entendre les demandes, à ne pas faire de tous les présents les coupables de tout. À ne pas ajouter à la violence des faits celle d’un seul regard halluciné. Une violence qui a ses mots, son terme : légitime. Certes : mais qui ne sait plus nommer les choses.

On a dit, autrefois, que gouverner, c’est prévoir. Gouverner, c’est savoir. Et informer exige, au moins, le même effort. Mais le discernement prend du temps.

L’image, elle, est déjà là. Pour certaines caméras, pour certains objectifs, ce sera vite vu. Le Peuple attendra. Pour l’heure, c’est ça.

C’est Foule Option.

Driss Jaydane

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