Face aux défis du changement climatique, de la raréfaction des ressources hydriques et de la transformation des systèmes agricoles, le Maroc entend faire de l’innovation et de l’implication des jeunes deux leviers majeurs de sa souveraineté alimentaire, a affirmé le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire, Khalid Hatimy, mardi 27 octobre à Rabat, lors de la célébration de la Journée mondiale de l’alimentation. Organisée en partenariat avec la FAO, cette rencontre a notamment mis l’accent sur la modernisation des pratiques agricoles, la préservation des ressources naturelles et l’intégration des nouvelles générations dans le développement rural.
Placée sous le thème « Innover aujourd’hui pour nourrir demain », cette rencontre a réuni des représentants des institutions publiques, des professionnels du secteur agricole, des organismes de recherche et de formation ainsi que des partenaires nationaux et internationaux.
« C’est aujourd’hui que se prépare l’alimentation de demain », a souligné Khalid Hatimy, appelant à mobiliser conjointement les avancées scientifiques, les technologies modernes et les savoirs agricoles traditionnels.
Pour le ministre, la souveraineté alimentaire implique non seulement de renforcer les capacités de production nationales, mais également de préserver les ressources en eau, de protéger le patrimoine semencier, de soutenir les agriculteurs et d’améliorer la valorisation des productions locales.
« Investir dans notre souveraineté alimentaire, c’est investir dans la dignité de nos citoyens, dans la vitalité de nos territoires et dans notre liberté de décider de notre avenir », a-t-il déclaré.
Dans cette perspective, Khalid Hatimy a rappelé que l’innovation constitue l’un des piliers de la stratégie Génération Green 2020-2030, qui vise notamment à accompagner la transition vers une agriculture plus performante et économe en ressources.
Parmi les évolutions engagées figurent la généralisation progressive de l’irrigation localisée, le développement de l’agriculture de conservation et du semis direct, ainsi que l’introduction de variétés végétales mieux adaptées aux contraintes climatiques.
Le ministre a également évoqué l’utilisation croissante des drones, de l’imagerie aérienne et des logiciels de gestion agricole, qui permettent un suivi plus précis des exploitations et une meilleure utilisation des intrants.
La création d’un centre national de recherche génétique s’inscrit également dans cette orientation, en contribuant au renforcement des capacités nationales de recherche et de préservation des ressources génétiques.
Face à la raréfaction de l’eau et aux effets du changement climatique, Khalid Hatimy a insisté sur la nécessité de multiplier les initiatives innovantes, de mobiliser les financements nécessaires et de renforcer la coopération internationale.
De son côté, le représentant de la FAO au Maroc, Alexandre Anh Tài Huynh, a salué la qualité du partenariat entre l’organisation onusienne et le Royaume, tout en rappelant l’importance de la Journée mondiale de l’alimentation dans la mobilisation autour de la sécurité alimentaire et de la transformation durable des systèmes agroalimentaires.
Il a particulièrement insisté sur la nécessité de rendre les innovations accessibles aux petits exploitants et aux populations rurales, qui demeurent parfois éloignés des technologies, des connaissances et des investissements.
Pour le responsable onusien, les progrès technologiques ne peuvent produire pleinement leurs effets que s’ils bénéficient également aux catégories les plus vulnérables du monde agricole.
Il a par ailleurs souligné que l’innovation ne se limite pas aux outils numériques ou aux avancées scientifiques, mais englobe aussi de nouvelles pratiques agricoles, des modèles économiques adaptés et des formes d’organisation collective.
À ce titre, il a cité les trois sites marocains reconnus au titre des Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM), qui témoignent de la capacité des communautés rurales à préserver des équilibres entre les ressources en eau, les terres agricoles et la biodiversité.
La place des jeunes dans l’avenir de l’agriculture marocaine a également occupé une part importante des interventions.
Alexandre Anh Tài Huynh a appelé à considérer les nouvelles générations comme « des acteurs, des décideurs et des innovateurs dès aujourd’hui », plutôt que comme de simples bénéficiaires des politiques de développement.
Il a notamment évoqué le chapitre « Jeunes du Maroc » du Forum mondial de l’alimentation, le projet Agri-accélérateur ainsi que les coopératives féminines accompagnées par la FAO.
Ces initiatives illustrent, selon lui, le potentiel de l’entrepreneuriat agricole et de l’innovation portée par les jeunes et les femmes dans les territoires ruraux.
Le représentant de la FAO a également mis en avant la complémentarité entre les savoirs agricoles ancestraux et les solutions développées par les start-up marocaines. Cette combinaison pourrait, selon lui, contribuer à renforcer les systèmes alimentaires nationaux et à développer les échanges d’expériences dans le cadre de la coopération Sud-Sud.
La rencontre s’est poursuivie par un panel scientifique consacré à la durabilité des systèmes agroalimentaires. Les présentations ont notamment abordé la préservation des ressources génétiques, la durabilité de l’élevage, la digitalisation des marchés, le conseil agricole numérique et la formation des jeunes.
LNT
