Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Azzedine El Midaoui, a présenté lundi devant la Chambre des représentants une nouvelle carte universitaire portant de douze à vingt-sept le nombre d’universités publiques, avec un plafond de 40 000 étudiants par établissement contre une moyenne actuelle d’environ 95 000.
L’argumentaire repose sur un diagnostic de déséquilibre territorial. La moitié des établissements d’enseignement supérieur se concentre dans huit provinces, tandis que plus de trente-sept provinces n’en accueillent aucun. Les régions de Dakhla, Laâyoune, Guelmim et Errachidia, aujourd’hui dépourvues d’université, seraient dotées, Ouarzazate devenant un pôle rattaché avec Zagora et Tinghir. Des établissements ont déjà été implantés à Taourirt, Taroudant, Tiznit et Taounate.
Soixante-six nouveaux établissements ont été créés, dont quarante-six issus de la scission de grandes structures et vingt de nouvelle génération, dix-sept autres étant en cours de finalisation. Cinquante établissements supplémentaires de nouvelle génération sont programmés d’ici 2030, couvrant le droit et les sciences humaines, les mathématiques, la cybersécurité, la gestion de l’eau et les énergies vertes.
Le ministre a chiffré à environ 200 millions de dirhams la première étape, consacrée aux sièges des présidences d’université et à leurs moyens de fonctionnement, et à environ 2 milliards de dirhams le programme des cinquante établissements de nouvelle génération.
Les données avancées pour justifier la réforme sont sévères. Près de la moitié des étudiants quittent l’université dès la première année, le chômage dépasse 20% chez les diplômés de certaines filières de licence, et les effectifs pourraient augmenter de 35% d’ici 2030, certaines universités pouvant alors accueillir jusqu’à 200 000 étudiants. Un parcours prolongé de deux ans coûterait 400 millions de dirhams, contre 128 millions pour un parcours mené dans les délais. L’horaire aménagé aurait réduit l’encombrement de 25 à 30% dans les grands établissements, où les salariés et fonctionnaires représentent jusqu’à 40% des effectifs.
Le volet gouvernance prévoit la création de conseils des administrateurs chargés d’assurer la continuité des politiques publiques et d’évaluer les présidents d’université, ainsi que de pôles universitaires et de sociétés par actions dédiées à la gestion. De nouveaux textes sont en préparation pour le Centre national de la recherche scientifique et technique, le Centre national de la vie estudiantine et l’Agence marocaine d’évaluation et d’assurance qualité. Le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique a rendu un avis favorable, assorti d’observations sur la gouvernance et le coût.
La séance a été marquée par des critiques portant moins sur la carte que sur la condition étudiante. Un député a relevé que la bourse n’a pas été revalorisée depuis 2019, qu’elle ne dépasse pas selon lui 17 dirhams par jour et qu’elle est versée en trois tranches avec des retards, demandant sa révision dans le cadre du projet de loi de finances. Une autre élue a contesté les frais appliqués à l’horaire aménagé et plaidé pour la gratuité au bénéfice des salariés, le ministre répondant que le Parlement avait lui-même voté la loi autorisant ces frais. Il s’est déclaré prêt à présenter ses critères devant la commission compétente.
Aucune échéance d’ensemble n’a été communiquée pour l’achèvement de la nouvelle carte.
LNT