La dégradation des finances publiques françaises et les tensions sur les marchés obligataires européens pourraient avoir des répercussions sur l’économie marocaine. Dans une note intitulée « Quand les spreads européens parlent français », BMCE Capital Global Research (BKGR) analyse les conséquences de la hausse de la prime de risque souveraine française, alors que la dette publique du pays atteint 119 % du PIB à fin juin 2026.
La progression de l’endettement public français et le renchérissement des coûts de financement suscitent des inquiétudes sur les marchés financiers européens. Selon BKGR, les tensions observées au troisième trimestre 2026 traduisent une réévaluation du risque souverain français, dans un contexte de fragilité budgétaire et d’incertitudes politiques.
À fin juin 2026, la dette publique française atteignait 3.595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, contre 117,5 % au trimestre précédent. Son encours a progressé de près de 60 milliards d’euros en trois mois.
Le projet de budget pour 2027 prévoit de ramener le déficit public de 5,4 % du PIB en 2026 à 5 % en 2027. L’endettement pourrait néanmoins atteindre 121,7 % du PIB l’année prochaine.
La charge de la dette de l’État français devrait atteindre 72,9 milliards d’euros en 2027, contre 59,3 milliards prévus initialement pour 2026. À l’échelle de l’ensemble des administrations publiques, les intérêts représenteraient 91,2 milliards d’euros.
Au troisième trimestre 2026, le rendement de l’obligation française à dix ans a progressé de 113 points de base pour atteindre 4,862 %. L’écart avec les obligations allemandes, appelé spread OAT-Bund, s’est élargi à environ 125 points de base à fin septembre, son plus haut niveau depuis 2012.
Ces tensions ont également affecté l’euro, qui a reculé de 2,5 % face au dollar en septembre. Les primes de risque de plusieurs autres pays européens ont augmenté, sans toutefois provoquer de fragmentation généralisée de la zone euro.
Pour le Maroc, les principaux risques découlent de son intégration économique avec l’Europe. Selon BKGR, la zone euro absorbe plus de 60 % des exportations marocaines et constitue une source majeure d’investissements directs étrangers, de recettes touristiques et de transferts des MRE.
Un ralentissement prolongé de l’économie européenne pourrait ainsi réduire les commandes adressées aux entreprises marocaines, notamment dans l’automobile, l’aéronautique et le textile. Le tourisme et les transferts des MRE pourraient également être affectés.
Le risque concerne aussi le taux de change. Le dirham étant rattaché à un panier composé à 60 % d’euro et à 40 % de dollar, un renforcement durable de la monnaie américaine pourrait renchérir les importations énergétiques et les matières premières libellées en dollars.
Enfin, une hausse de l’aversion au risque pourrait accroître les coûts de financement international du Royaume et peser sur les décisions d’investissement.
Dans son scénario central, BKGR anticipe le maintien d’une prime de risque française élevée tant qu’aucune amélioration budgétaire ou politique tangible n’intervient. Si une crise systémique n’est pas privilégiée, une propagation des tensions à l’ensemble de la zone euro constituerait un facteur supplémentaire d’incertitude pour l’économie marocaine.
SB
