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Au Maroc, le cash continue de gagner du terrain malgré la poussée des paiements électroniques

Par LNT
dirham changes

Malgré la progression de la bancarisation et le développement des moyens de paiement numériques, les espèces conservent une place prépondérante dans l’économie marocaine. Selon le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib, la circulation fiduciaire a enregistré une forte accélération, atteignant des niveaux particulièrement élevés au regard du PIB. Une évolution qui met en évidence les difficultés persistantes à réduire la dépendance au cash, dans un contexte marqué notamment par le poids de l’économie informelle et les habitudes de paiement.

La progression des paiements électroniques ne s’accompagne pas, pour l’heure, d’un recul de la circulation des espèces au Maroc. C’est l’un des constats qui ressort du rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib (BAM), dans lequel la Banque centrale consacre une analyse spécifique à la question du cash et aux moyens susceptibles d’en réduire l’utilisation.

Selon les données monétaires présentées dans le rapport, la circulation fiduciaire a progressé de 18,5 % en 2025 pour atteindre 491 milliards de dirhams, soit 28,5 % du produit intérieur brut. Cette augmentation intervient après une hausse limitée à 5,2 % en 2024, année marquée par l’opération de régularisation volontaire de la situation fiscale des personnes physiques.

La progression observée en 2025 dépasse sensiblement les rythmes enregistrés au cours des années précédentes. Entre 2010 et 2019, la monnaie fiduciaire augmentait en moyenne de 6,2 % par an. Ce rythme est passé à 10,6 % entre 2020 et 2024, avant de connaître une nouvelle accélération en 2025.

Bank Al-Maghrib souligne que le ratio de la circulation fiduciaire au PIB figure parmi les plus élevés en comparaison internationale. Cette situation constitue un enjeu pour les autorités monétaires, alors même que les infrastructures de paiement se développent et que les services financiers numériques gagnent progressivement du terrain.

Une demande d’espèces alimentée par plusieurs facteurs

La Banque centrale identifie plusieurs éléments susceptibles d’expliquer cette évolution. Le premier concerne le niveau de l’activité économique, notamment dans les secteurs où les règlements en espèces restent fréquents.

Le commerce, le bâtiment et les travaux publics ainsi que certaines professions libérales figurent parmi les activités citées dans le rapport. Dans ces secteurs, les transactions en numéraire occupent encore une place importante.

La demande de cash peut également augmenter en période d’incertitude économique. Les ménages et les entreprises peuvent alors conserver davantage d’espèces par précaution ou à des fins de thésaurisation.

Ce phénomène avait notamment été observé pendant la pandémie de Covid-19. En 2020, la circulation fiduciaire avait progressé de 20,1 %, portant son ratio au PIB à 26,1 %.

Pour 2025, Bank Al-Maghrib évoque également l’accélération de l’activité économique, l’amélioration des recettes touristiques, notamment en fin d’année avec l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations, ainsi que le lancement des aides financières directes aux éleveurs dans le cadre du programme de reconstitution du cheptel national.

Le poids de l’économie informelle

Au-delà des facteurs conjoncturels, le rapport met en évidence le rôle de l’économie informelle dans la persistance de l’utilisation des espèces.

Selon les estimations de Bank Al-Maghrib, l’économie informelle représentait en moyenne 34 % du PIB entre 2021 et 2023, contre 30 % sur la période 2009-2019.

Cette évolution contribue à expliquer la place importante des transactions en espèces dans les échanges économiques. Les paiements en numéraire demeurent particulièrement présents dans les activités où les transactions sont peu formalisées.

Le rapport mentionne également d’autres facteurs susceptibles d’influencer la demande de cash, notamment l’évasion fiscale et les flux financiers illicites. Bank Al-Maghrib précise toutefois que leur contribution respective reste difficile à quantifier.

Une bancarisation en progression, sans recul du cash

Cette forte utilisation des espèces intervient pourtant dans un contexte de développement des services bancaires et des moyens de paiement électroniques.

D’après les données reprises par Bank Al-Maghrib, la proportion de la population adulte disposant d’un compte bancaire est passée de 53 % en 2020 à 58 % en 2024. Le nombre de cartes bancaires a atteint 22,6 millions, tandis que 13,7 millions de M-Wallet étaient recensés.

Ces évolutions témoignent de l’élargissement de l’accès aux instruments de paiement. Elles ne suffisent cependant pas à inverser la tendance observée dans la circulation fiduciaire.

La possession d’un compte ou d’un instrument de paiement numérique ne signifie pas nécessairement son utilisation régulière pour régler les achats. La question de l’acceptation des paiements électroniques par les commerçants constitue ainsi un enjeu important.

Le rapport souligne également les efforts de dématérialisation des transactions administratives, notamment des aides sociales directes.

Un coût économique et des risques associés

Pour Bank Al-Maghrib, la forte circulation des espèces entraîne plusieurs conséquences économiques.

La production, la distribution, le traitement et la gestion des billets et des pièces représentent des coûts pour l’ensemble du système financier.

Dans la partie consacrée à ses missions, la Banque centrale indique que la circulation fiduciaire, selon un périmètre incluant les encaisses des banques, a atteint 513 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 15,5 %. Ce montant diffère des 491 milliards présentés dans les statistiques monétaires, en raison des périmètres de mesure retenus.

L’encours des billets s’est établi à 508,5 milliards de dirhams, contre 4,6 milliards pour les pièces. Les coupures de 200 dirhams représentent 57 % du volume des billets en circulation.

Pour répondre à la demande, Bank Al-Maghrib et les centres privés de traitement de la monnaie fiduciaire ont mis à la disposition de l’économie 4,3 milliards de billets en 2025, contre 4 milliards un an auparavant. Ce volume comprend les billets neufs et les billets recyclés.

Au-delà des coûts opérationnels, la Banque centrale souligne les risques associés à une circulation importante des espèces, notamment en matière de sécurité, d’activités illicites et d’évasion fiscale.

Une stratégie pour réduire la dépendance aux espèces

Face à ces constats, Bank Al-Maghrib a réalisé en 2025 une étude approfondie sur les déterminants de la demande de cash et les leviers susceptibles d’en réduire l’utilisation.

Cette étude, dont les conclusions ont été partagées avec les autorités publiques et les acteurs du secteur financier, préconise une approche coordonnée associant inclusion financière, développement des paiements numériques et adaptation des dispositifs réglementaires.

Parmi les principales orientations figure l’amélioration de l’accès aux services financiers, particulièrement dans les zones rurales, où les difficultés d’accès aux infrastructures bancaires peuvent limiter l’utilisation des moyens de paiement alternatifs.

La Banque centrale recommande également de généraliser la dématérialisation des paiements publics, notamment les aides sociales, les prestations de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et le recouvrement des taxes locales.

Un autre axe concerne les commerçants, avec la mise en place d’un dispositif destiné à faciliter leur équipement en terminaux de paiement et à réduire les frais associés aux transactions électroniques.

Dans cette perspective, Bank Al-Maghrib a mis en place un Fonds de Développement de l’Acceptation des Paiements Électroniques, destiné à accompagner l’élargissement du réseau d’acceptation.

Ces initiatives s’inscrivent dans les efforts de modernisation des systèmes de paiement et de renforcement de l’inclusion financière.

Toutefois, les données de 2025 montrent que la transition vers une utilisation plus importante des paiements électroniques demeure progressive. Malgré la multiplication des solutions numériques, la circulation fiduciaire continue de croître à un rythme supérieur à celui observé avant la pandémie.

SB

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