Le Rwanda est pressenti pour accueillir le premier centre destiné aux migrants déboutés expulsés d’Europe, selon des informations d’agence. Cinq pays sont concernés : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas.
Le dispositif démarrerait à très petite échelle, sous forme de projet pilote, avec une vingtaine de personnes déboutées par pays participant, probablement des hommes majeurs interpellés à la frontière. Selon une source proche des négociations, il ne s’agirait pas d’un centre de détention fermé, Kigali préférant la formule de centres d’accueil et évoquant la possibilité d’y proposer des formations professionnelles.
Un accord est attendu dans les prochaines semaines et pourrait être officialisé vers la mi-novembre, éventuellement lors d’une conférence sur les migrations à Vienne. L’objectif affiché est de conclure avec un pays d’ici la fin de l’année, pour une ouverture en 2027. L’Ouganda et l’Ouzbékistan figurent parmi les autres destinations envisagées à terme.
Le concept de ces centres avait été élaboré il y a un an et demi avec la Commission européenne, qui participe à certaines réunions en qualité d’observatrice sans se prononcer sur les modalités. Des représentants des cinq États se sont rendus à Kigali début septembre, et une délégation rwandaise a récemment effectué un déplacement en Europe.
Le projet suscite des réserves. La gauche et les organisations non gouvernementales s’inquiètent du traitement réservé aux personnes concernées. La France s’est montrée sceptique, Emmanuel Macron ayant jugé en juin le concept ni efficace ni conforme aux valeurs de l’Union. Une eurodéputée néerlandaise y voit une grave erreur.
Le précédent britannique pèse sur le dossier. Londres avait annoncé en 2022 son intention d’ouvrir un centre au Rwanda, projet abandonné par le gouvernement de Keir Starmer après des obstacles judiciaires. Les États-Unis proposent de leur côté d’envoyer des étrangers au Rwanda, en Ouganda et au Salvador.
L’extension de ce modèle intéresse directement le Maroc. Le Royaume, qui a régularisé plusieurs dizaines de milliers de migrants lors de deux opérations successives et refuse de longue date d’être transformé en pays de rétention pour le compte de l’Europe, a estimé par la voix du discours royal du 9 octobre que le modèle de coopération migratoire avec les partenaires européens avait atteint ses limites, et annoncé un nouveau document stratégique fondé sur le codéveloppement.
LNT