La Cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, a présenté, lundi 19 octobre, devant les deux Chambres du Parlement, les grandes orientations du programme gouvernemental pour la période 2026-2031. Pouvoir d’achat, emploi des jeunes, protection sociale, lutte contre la corruption, réforme de l’éducation, logement et souveraineté stratégique figurent parmi les principales priorités annoncées. L’exécutif prévoit notamment de porter l’aide sociale à 1.000 dirhams, de relever progressivement les pensions minimales à 3.000 dirhams, de mobiliser 1,8 milliard de mètres cubes d’eau dessalée à l’horizon 2031 et de renforcer les moyens financiers des régions.
Présentant le programme de son gouvernement devant les deux Chambres du Parlement réunies en séance plénière commune, Fatima Ezzahra El Mansouri a défini les orientations politiques, économiques et sociales de la nouvelle majorité issue des élections législatives du 23 septembre 2026.
La Cheffe du gouvernement a présenté ce programme comme un « contrat politique et institutionnel », fondé sur la confiance royale et la volonté exprimée par les électeurs. Elle a assuré que son équipe entendait privilégier des engagements réalisables, en tenant compte des contraintes financières et institutionnelles.
Le gouvernement « est pleinement conscient de l’ampleur de cette responsabilité et de l’importance des échéances à venir », a-t-elle déclaré, s’engageant « à être à l’écoute, à dire la vérité concernant les moyens et les contraintes, et à traduire les engagements en programmes réalisables ».
Le programme repose sur sept priorités complémentaires, parmi lesquelles la consolidation de l’État de droit, la lutte contre la corruption, l’intégration des jeunes, la protection de la cohésion sociale, le renforcement de l’État social, la souveraineté stratégique et le développement d’une économie capable de financer ces ambitions.
La protection du pouvoir d’achat constitue l’un des principaux engagements annoncés par Fatima Ezzahra El Mansouri.
Le gouvernement prévoit de porter progressivement l’aide sociale directe de 500 à 1.000 dirhams d’ici la fin de son mandat. Cette revalorisation devrait s’accompagner d’une révision des mécanismes de ciblage, sur la base du revenu réel des ménages.
L’exécutif entend également agir sur les facteurs de renchérissement des produits alimentaires. La Cheffe du gouvernement a annoncé la mise en place de plans d’approvisionnement pour les produits stratégiques et une réforme des circuits de distribution, notamment pour les viandes et les poissons.
Cette démarche prévoit le développement de sociétés régionales et de plateformes professionnelles de collecte et de commercialisation afin de rapprocher les producteurs des consommateurs.
Autre mesure annoncée : l’instauration d’une compensation sociale automatique équivalente à la facture mensuelle d’électricité, lorsque celle-ci ne dépasse pas 100 dirhams, pour la résidence principale des ménages éligibles.
Le gouvernement prévoit par ailleurs une réforme progressive de l’impôt sur le revenu, destinée à améliorer le revenu net des salariés et à encourager l’emploi déclaré.
La réforme des retraites constitue un autre chantier majeur du programme gouvernemental.
Fatima Ezzahra El Mansouri a annoncé l’objectif de porter progressivement à 3.000 dirhams par mois le seuil minimum des pensions principales dans les différents régimes.
Cette mesure doit s’inscrire dans une réforme globale élaborée en concertation avec les partenaires sociaux et économiques.
Selon la Cheffe du gouvernement, la réforme ne devra pas se limiter à une modification de l’âge de départ à la retraite ou des taux de cotisation. Elle devra également traiter les déséquilibres entre les régimes, améliorer le niveau des pensions et garantir la soutenabilité de leur financement.
L’exécutif prévoit également de porter la pension des veuves à 100 % de la pension principale du conjoint décédé, contre 50 % actuellement, tout en préservant les droits des autres ayants droit.
Dans le domaine de la santé, le gouvernement entend poursuivre la généralisation effective de la couverture médicale, améliorer l’accès aux soins et garantir la pérennité de l’Assurance maladie obligatoire (AMO).
Les mesures annoncées concernent notamment la réduction des disparités territoriales dans l’offre de soins, la réforme des services d’urgence, la généralisation du SAMU et la mise en place d’un système national d’information sanitaire unifié.
La question de la jeunesse occupe une place transversale dans le programme présenté au Parlement.
Fatima Ezzahra El Mansouri a indiqué que les politiques publiques devront davantage accompagner les jeunes tout au long de leur parcours, depuis l’éducation et la formation jusqu’à l’insertion professionnelle et l’accès au logement.
Le gouvernement prévoit de mettre en place une stratégie nationale intégrée de la jeunesse, reposant sur une gouvernance coordonnée et des mécanismes d’accompagnement adaptés.
Cette stratégie concernera notamment l’orientation scolaire, la formation professionnelle, l’entrepreneuriat, l’accès au financement et l’insertion économique.
La Cheffe du gouvernement a également évoqué les possibilités d’emploi et de formation liées aux préparatifs de la Coupe du monde 2030, au développement des métiers du numérique et à l’émergence de nouvelles activités économiques.
L’exécutif entend par ailleurs encourager le retour des compétences marocaines et limiter la fuite des diplômés de l’enseignement supérieur.
En matière d’éducation, le gouvernement s’est fixé l’objectif de parvenir à « zéro abandon scolaire » à l’horizon 2030.
Cette ambition repose sur la détection précoce des élèves exposés au risque de décrochage, le suivi individualisé de leur parcours et leur orientation vers des solutions adaptées.
Celles-ci pourront comprendre la réintégration dans le système scolaire, la formation professionnelle ou l’apprentissage en alternance.
Le gouvernement prévoit également de porter à au moins 80 % la proportion d’élèves maîtrisant les apprentissages et compétences fondamentales d’ici 2030.
Pour atteindre cet objectif, il entend poursuivre la généralisation des établissements pionniers, élaborer un guide national obligatoire des apprentissages et renforcer les dispositifs d’évaluation et de soutien pédagogique.
La modernisation de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation professionnelle figure également parmi les priorités annoncées.
Le programme gouvernemental prévoit une nouvelle politique intégrée du logement, de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire pour la période 2026-2031.
L’objectif affiché consiste à dépasser une approche centrée principalement sur le nombre de logements construits, pour mieux prendre en compte leur coût, leur qualité et leur proximité avec les bassins d’emploi, les transports et les services publics.
Le gouvernement entend poursuivre les dispositifs d’aide à l’accession à la propriété, tout en développant une offre nationale de logements locatifs.
Une attention particulière sera accordée au milieu rural, avec un programme visant la construction ou la réhabilitation de 100.000 logements au cours du mandat.
Les familles éligibles pourront bénéficier d’une aide directe de 40.000 dirhams, accompagnée d’une assistance technique gratuite.
L’exécutif prévoit également une loi consacrée à l’urbanisme rural, destinée à simplifier les procédures de construction et à faciliter, sous certaines conditions, la régularisation des bâtiments existants.
La sécurité hydrique constitue l’un des principaux axes stratégiques du programme gouvernemental.
Fatima Ezzahra El Mansouri a annoncé l’accélération de la réalisation de stations de dessalement d’eau de mer, avec pour objectif de mobiliser 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031.
Cette orientation s’accompagnera de la construction de nouveaux barrages, notamment dans les zones arides et montagneuses, ainsi que de projets de transfert d’eau entre bassins lorsque les conditions le permettent.
Un Plan national de l’eau doit également être élaboré afin de coordonner les politiques relatives à l’eau, à l’agriculture, à l’énergie et à l’aménagement du territoire.
Sur le plan énergétique, le gouvernement entend porter la part des énergies renouvelables à plus de 52 % du mix énergétique d’ici 2030, poursuivre le déploiement de l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert et développer progressivement les infrastructures gazières.
En matière de sécurité alimentaire, l’exécutif prévoit notamment de faire passer la part des semences nationales de 20 % à 50 % au cours du mandat.
La reconstitution du cheptel, le soutien aux races locales et la sécurisation des stocks de produits stratégiques figurent également parmi les mesures annoncées.
La Cheffe du gouvernement a consacré une partie de son intervention à la restauration de la confiance dans les institutions.
Elle a annoncé la volonté de poursuivre la consolidation du système national de probité, notamment à travers l’incrimination de l’enrichissement illicite, le renforcement des déclarations obligatoires de patrimoine et la sanction des conflits d’intérêts.
« Nous allons lancer une réforme structurelle pour réguler les marchés et lutter contre le monopole et l’intermédiation opportuniste », a-t-elle déclaré.
Cette réforme devra être menée en coordination avec le Conseil de la concurrence.
Le gouvernement prévoit également de renforcer les mécanismes de contrôle des marchés publics et les investigations sur les ententes dans les appels d’offres.
Parmi les mesures annoncées figure l’obligation légale de réserver 30 % de la valeur des marchés publics aux petites et moyennes entreprises marocaines.
L’exécutif entend ainsi utiliser davantage la commande publique comme instrument de soutien à la production nationale et à l’inclusion économique.
Le programme gouvernemental prévoit un renforcement des moyens financiers et des compétences des régions.
Fatima Ezzahra El Mansouri a annoncé que les transferts financiers destinés aux régions seraient portés à au moins 12 milliards de dirhams à partir de 2027.
Cette évolution devra s’accompagner d’une réorganisation des compétences régionales et d’une modernisation des mécanismes de mise en œuvre des projets.
Le gouvernement entend également généraliser les contrats-programmes entre l’État et les régions, avec des objectifs définis en matière d’emploi, d’investissement et de réduction des disparités territoriales.
La mise en œuvre de la Charte nationale de déconcentration administrative et le déploiement d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré constituent deux autres priorités.
La Cheffe du gouvernement a également annoncé la création d’un fonds spécial doté de 2 milliards de dirhams pour accompagner la mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe.
Une commission ministérielle permanente, placée auprès de la Cheffe du gouvernement, sera chargée de suivre l’intégration de l’amazighe dans l’enseignement, l’administration, la justice, les médias et la signalétique publique.
Un rapport annuel devra présenter des indicateurs permettant de mesurer les progrès réalisés.
Le programme prévoit par ailleurs la poursuite de la réforme du Code de la famille, le renforcement des politiques d’égalité et d’autonomisation économique des femmes, ainsi que des mesures de protection des enfants, des personnes âgées et des personnes en situation de handicap.
Sur le plan économique, le gouvernement entend renforcer le positionnement du Maroc dans les chaînes de valeur internationales et développer de nouveaux écosystèmes industriels.
L’exécutif prévoit notamment de soutenir les investissements dans les technologies émergentes, l’intelligence artificielle et les activités industrielles à faible empreinte carbone.
Une attention particulière sera accordée à la cybersécurité, à la protection des données et à la sécurisation des infrastructures numériques critiques.
Le programme prévoit également le développement d’une base industrielle et technologique de défense, ainsi que la constitution d’une flotte marchande nationale et l’accélération des projets portuaires et logistiques.
Sur le plan diplomatique, Fatima Ezzahra El Mansouri a réaffirmé la priorité accordée par le gouvernement à la question du Sahara et à la défense de l’intégrité territoriale du Royaume.
Elle a également rappelé l’attachement du Maroc à une solution à deux États pour le règlement de la question palestinienne.
À travers ce programme, le nouvel exécutif affiche sa volonté d’articuler les objectifs de croissance économique, de souveraineté stratégique et de justice sociale.
Fatima Ezzahra El Mansouri a toutefois reconnu que les avancées économiques réalisées par le Maroc n’avaient pas bénéficié de manière égale à l’ensemble des catégories sociales et des territoires.
Elle a ainsi appelé à passer d’une logique fondée sur le volume des investissements à une approche privilégiant leur rentabilité et leurs effets sur l’emploi, les services publics et les conditions de vie.
LNT
