Sur le marché financier, la bourse de Casablanca en l’occurrence, un constat s’impose, celui du manque d’intervention des investisseurs institutionnels marocains. Les chiffres sont éloquents, ce sont surtout les gros institutionnels marocains qui lèvent le pied, pas les petits porteurs. L’AMMC vient de publier le profil exact des investisseurs en bourse et en ressort la distribution au premier trimestre 2026, sur le marché central actions. Ainsi, les OPCVM, organisme de placements collectifs, occupent la première place avec 38,4% du volume traité, 10,8 MMDH d’achats contre 9,3 MMDH de ventes, donc en net une intervention de +1,5 MMDH.
Les Personnes morales marocaines (holdings, assurances, banques) tiennent le second rang avec 27,2% du volume traité. Mais leurs interventions connaissent une baisse de 6,3 MMDH d’achats et aussi 7,9 MMDH de ventes, soit de sorties de la bourse. Ils s’avèrent donc être vendeurs net d’1,6 MMDH. Preuve s’il en est que les institutionnels marocains se détournent de la bourse.
Sachant que la troisième catégorie d’intervenants en bourse les Personnes physiques marocaines, occupent une place plus importante de 22,6%, tout en suivant également le mouvement de désengagement avec -6,2 MMDH d’achats et 5,6 MMDH de ventes. Leur part a toutefois explosé de 12% en moyenne sur la période 2019-2023, à plus de 22% aujourd’hui.
Un paradoxe s’impose face à ces chiffres, la bourse bénéficie de plus d’intervenants mais avec moins d’argent échangé. Car en effet, les particuliers sont 2,5 fois plus nombreux, passent beaucoup d’ordres, mais avec des petits tickets. Ils font tourner leur portefeuille 3 à 6 fois par an, contre 0,5 fois pour un OPCVM.
Les gros vendeurs qui font baisser les volumes en valeur sont les personnes morales marocaines, assureurs, caisses de retraites, fonds d’investissements et autres, qui arbitrent de plus en plus vers l’obligataire, dont les rendements sont plus attractifs à 3,8% en moyenne et donc plus rentable que le dividende moyen de 2,9%.
Au-delà de ces constats, avec les OPCI dont certains offrent plus de 6% de rémunération et les produits innovants de financements de projets public qui se financent sur le marché des capitaux, les institutionnels en cause ont tout simplement diversifié leurs interventions, voire restructuré leurs portefeuilles limités à la dette publique et des actions de fonds de portefeuille. Aujourd’hui, avec les OPCI notamment, ils investissent plus dans une nouvelle forme de l’immobilier qui s’avère plus rentable.
Un nouveau vent a soufflé sur la bourse de Casablanca et sur le marché des capitaux globalement.
Certes, d’importantes introductions en bourse ont commencé par le booster ces 3 dernières années en réveillant tous les intervenants confondus qui ont sur souscrit ces dernières plusieurs fois, révélant par la même une source d’épargne très importante qui n’attendait qu’à être investie.
Puis la création par l’État de produits dits innovants destinés à se financer sur le marché des capitaux, a créé de nouvelles opportunités d’investissements à ces mêmes institutionnels en leur donnant de meilleurs rendements notamment à travers les OPCI utilisés dans l’externalisation des actifs publics des administrations entre autres.
Mais, le marché obligataire, avec l’appréciation des taux d’intérêts, leur a permis une autre voie de diversification de leur portefeuille y compris dans les Bons du Trésor avec des taux plus élevés introduits par le Trésor.
A travers ce mouvement des investisseurs en bourse et l’arrivée de nouveaux produits financiers mieux rémunérés, la bourse de Casablanca sort d’une situation statique d’un marché illiquide et inefficace. Elle s’est transformée en un réel marché où différentes allocations, placements et investissements, sont possibles et tous les investisseurs en fonction de leur taille et de leur politique font désormais des choix nouveaux, qui changent en fonction des opportunités que le marché leur offre. En définitive, malgré les chiffres, on ne peut donc pas conclure que les institutionnels se retirent réellement de la bourse seulement parce que leur comportement à un instant T est différent…
Afifa Dassouli