Economie

Monnaie numérique : une étude de BAM souligne des gains économiques modestes mais positifs

Par LNT
bank al-maghrib

L’introduction d’une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) pourrait améliorer l’efficacité des paiements et contribuer, dans une mesure limitée, à la croissance et à la stabilité financière au Maroc. C’est ce qui ressort d’un document de travail publié le 7 octobre 2026 par Bank Al-Maghrib. Les auteurs soulignent toutefois que ces effets dépendent des modalités de conception et d’émission de cette monnaie et que son introduction ne suffirait pas, à elle seule, à résoudre les difficultés d’inclusion financière.

La perspective d’une monnaie numérique de banque centrale fait l’objet d’une nouvelle analyse économique. Dans un document de travail intitulé A DSGE Model for a Small Open Economy with a CBDC Option, Michael Kumhof, Mohammed Mikou et Yassine Slaoui examinent les effets potentiels de cet instrument sur l’économie marocaine, notamment sur l’activité, le crédit bancaire et la transmission des chocs financiers.

L’étude repose sur un modèle macroéconomique dynamique, calibré sur les caractéristiques du Maroc. Celui-ci intègre les interactions entre les ménages, les entreprises, les banques, les finances publiques, la politique monétaire et les échanges extérieurs.

Les auteurs distinguent notamment deux catégories de ménages : ceux qui disposent d’un accès aux services bancaires et au crédit, et ceux qui utilisent principalement les espèces. Cette distinction permet d’évaluer les effets différenciés d’une éventuelle monnaie numérique sur les conditions de paiement et l’accès à la liquidité.

Des effets positifs, mais limités, sur l’activité économique

Les simulations font apparaître des gains macroéconomiques relativement modestes.

Dans le scénario retenu, où l’encours de monnaie numérique représente environ 6,6 % du PIB annuel, son introduction entraînerait une légère augmentation du PIB à long terme, une diminution modérée des taux d’intérêt réels et de certains taux d’imposition, ainsi qu’une amélioration de la liquidité disponible pour les transactions.

Ces résultats s’expliquent principalement par les gains d’efficacité associés à un moyen de paiement supplémentaire, susceptible de réduire certaines contraintes pesant sur les transactions économiques.

L’étude indique également que l’introduction d’une MNBC ne provoquerait pas nécessairement une contraction du crédit bancaire. Dans le modèle étudié, les banques continuent de jouer leur rôle dans la création monétaire à travers l’octroi de prêts, tandis que la banque centrale assure le refinancement nécessaire lorsque des dépôts sont convertis en monnaie numérique.

Les auteurs soulignent néanmoins que ces résultats dépendent directement du dispositif d’émission et des mécanismes d’intermédiation retenus.

Le taux directeur conserverait son rôle central

L’un des principaux enseignements concerne la conduite de la politique monétaire.

Selon les chercheurs, le taux directeur, éventuellement complété par des instruments macroprudentiels, demeurerait le principal outil de stabilisation économique.

Une monnaie numérique non rémunérée fonctionnerait, à cet égard, de manière comparable aux espèces. Sa quantité en circulation dépendrait essentiellement de la demande des utilisateurs, plutôt que d’une décision directe de la banque centrale visant à agir sur l’activité économique.

Elle pourrait néanmoins contribuer à amortir certains chocs financiers en offrant aux agents économiques un moyen de paiement supplémentaire.

Cet effet stabilisateur resterait toutefois passif : il résulterait d’une plus grande flexibilité des paiements et non d’une intervention monétaire spécifique.

Une contribution limitée à l’inclusion financière

L’étude accorde également une place importante à l’inclusion financière, dans un contexte où une partie des ménages marocains demeure à l’écart des services bancaires.

Les auteurs considèrent qu’une monnaie numérique pourrait faciliter l’accès à un instrument de paiement moderne pour les populations non bancarisées.

Ils soulignent cependant une limite : disposer d’un nouveau moyen de paiement ne signifie pas nécessairement disposer d’un meilleur accès au financement.

Contrairement aux ménages bancarisés, qui peuvent obtenir des liquidités par le crédit, les ménages non bancarisés devraient toujours épargner pour constituer leurs avoirs en monnaie numérique.

La MNBC pourrait donc améliorer la qualité des moyens de paiement accessibles, sans modifier automatiquement la capacité des ménages concernés à financer leur consommation ou leurs investissements.

Dans cette perspective, les auteurs insistent sur l’importance de préserver les mécanismes de création de liquidité bancaire. Ils évoquent notamment la nécessité d’un dispositif crédible de refinancement des banques, y compris en cas de transferts importants des dépôts vers la monnaie numérique.

Des résultats qui restent à confirmer

Les chercheurs précisent que leur modèle évalue principalement les effets macroéconomiques de la détention de monnaie numérique et de la redistribution des encaisses entre espèces, dépôts bancaires et MNBC.

Il ne permet pas de déterminer directement le nombre potentiel d’utilisateurs, les volumes de transactions ou les substitutions entre les différents moyens de paiement, comme les cartes bancaires et les virements.

Les résultats ne constituent donc pas une prévision des effets réels d’un éventuel lancement au Maroc, mais une évaluation fondée sur des hypothèses économiques et financières.

Au terme de leur analyse, les auteurs concluent qu’une monnaie numérique correctement conçue pourrait améliorer l’efficacité du système de paiement tout en présentant des risques macroéconomiques limités. Ils soulignent toutefois que son impact sur l’inclusion financière resterait incomplet sans amélioration de l’accès aux services financiers et au crédit.

Au-delà de la question de la monnaie numérique, le modèle développé pourrait également servir à analyser les conséquences de différents chocs économiques et financiers sur l’économie marocaine et à évaluer les effets de mesures monétaires, budgétaires et macroprudentielles.

LNT

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