Dans un environnement international marqué par des tensions géopolitiques persistantes, des prix énergétiques élevés et des conditions financières plus contraignantes, l’économie marocaine conserve des indicateurs relativement solides. Croissance, inflation, finances publiques et investissement placent le Royaume dans une situation plus favorable que plusieurs économies africaines, selon l’édition du 29 septembre 2026 d’« AfricaDev Insights », publiée par Attijari Global Research (AGR). Cette résilience reste néanmoins exposée à la hausse du pétrole et au ralentissement attendu de l’économie mondiale.
L’économie mondiale résiste mieux qu’anticipé en 2026. Selon les données de l’OCDE reprises par Attijari Global Research, la croissance mondiale devrait atteindre 2,9%, contre une prévision de 2,8% en juin. Cette résistance demeure toutefois inégale. Les économies bénéficiant des investissements liés à l’intelligence artificielle affichent de meilleures performances, tandis que celles directement exposées aux tensions géopolitiques et énergétiques subissent davantage de pressions.
Pour les pays africains, AGR identifie notamment un risque lié à l’enchaînement entre hausse des prix de l’énergie, inflation et taux d’intérêt. Une prolongation de cette situation pourrait peser sur les devises, renchérir les financements souverains et alourdir les factures énergétiques.
Dans ce contexte, le Maroc continue d’afficher une croissance relativement soutenue. Le tableau comparatif présenté par AGR, sur la base des prévisions du FMI d’avril 2026, anticipait une progression du PIB marocain de 4,9% en 2026, soit l’une des performances les plus élevées parmi les huit économies africaines étudiées.
Seule la Côte d’Ivoire, avec 6,2%, afficherait une croissance supérieure. L’Égypte est attendue à 4,2%, le Cameroun à 3,3%, le Congo à 2,8%, le Gabon à 2,7%, le Sénégal à 2,2% et la Tunisie à 2,1%.
Des projections plus récentes de Bank Al-Maghrib ont depuis ramené la croissance marocaine à 4,4% en 2026, contre 5,2% précédemment. Malgré cette révision, le rythme reste relativement élevé. La valeur ajoutée agricole devrait notamment progresser de 16%, soutenue par une récolte céréalière estimée à 93 millions de quintaux, tandis que la croissance non agricole ralentirait à 3,1%.
La comparaison avec les autres économies africaines apparaît particulièrement favorable sur le front des prix. En août, l’inflation au Maroc s’est établie à -0,3%, après -0,6% en juillet. Bank Al-Maghrib prévoit désormais une inflation moyenne de seulement 0,7% en 2026.
Même les projections plus anciennes du FMI reprises dans le tableau comparatif d’AGR, qui anticipaient une inflation de 1,3% au Maroc, font apparaître un écart important avec plusieurs pays : 13,2% en Égypte, 6,5% en Tunisie, 3,5% au Cameroun et 2,8% au Congo.
Cette maîtrise des prix constitue un amortisseur dans un environnement où plusieurs banques centrales africaines doivent composer avec des tensions inflationnistes persistantes. La récente décision de Bank Al-Maghrib de maintenir son taux directeur à 2,25% s’inscrit dans ce contexte, sans constituer désormais l’élément central de l’analyse.
La résilience marocaine ressort également de la comparaison des finances publiques. Selon les projections du FMI reprises par AGR, l’endettement du Maroc représenterait 65,8% du PIB en 2026, puis 64,9% en 2027.
Ce niveau demeure nettement inférieur à ceux attendus en Égypte, à 87%, au Congo, à 91,3%, au Gabon, à 86,1%, au Sénégal, à 132,3%, ou encore en Tunisie, à 84,9%. Le Cameroun et la Côte d’Ivoire affichent en revanche des ratios plus faibles.
Le déficit budgétaire marocain est estimé à 3,9% du PIB en 2026 dans ces mêmes projections. À titre de comparaison, il atteindrait 12,1% en Égypte, 6,4% au Gabon, 6,7% au Sénégal et 7,6% en Tunisie.
Autre indicateur, l’investissement représenterait 26,1% du PIB marocain en 2026. Le Royaume conserve ainsi un niveau relativement élevé, supérieur notamment à ceux de l’Égypte, du Cameroun, de la Tunisie et de la Côte d’Ivoire.
Cette situation relativement favorable ne protège cependant pas le Maroc des chocs internationaux. La principale vulnérabilité identifiée dans la note concerne l’énergie. À la période étudiée par AGR, le Brent évoluait au-dessus de 104 dollars le baril, en progression de plus de 71% depuis le début de l’année, dans un contexte de tensions géopolitiques et d’incertitudes sur l’offre mondiale.
Pour le Maroc, importateur net d’énergie, une prolongation de prix élevés pourrait alourdir les importations, dégrader le compte courant et alimenter à terme des pressions inflationnistes. Le déficit courant est ainsi attendu à 3,1% du PIB en 2026 selon les projections du FMI reprises par AGR.
L’appréciation du dollar constitue une autre source de vigilance puisqu’elle renchérit potentiellement les importations facturées dans cette devise.
LNT
