PLF27 : une marge de manœuvre restreinte pour le nouveau gouvernement

édito finance

Le nouveau gouvernement, dont la première tâche sera de boucler la Loi de finances pour adopter un budget pour 2027, ne va-t-il pas reprendre le texte préparé par celui qui le précède ? Cette question s’impose du fait qu’il dispose de plusieurs raisons objectives de conserver l’ossature du PLF préparé par l’équipe sortante. En effet, pour y apporter ses propres arbitrages, il ne dispose pas du temps nécessaire pour élaborer des propositions, les présenter aux deux Chambres en respect de la règle en vigueur. Le contexte et les échéances ne s’y prêtent pas. Car à la date du 6 octobre 2026, Fatima Ezzahra El Mansouri qui a été nommée cheffe du gouvernement le 29 septembre mène encore les consultations pour former son équipe, alors que le PLF 2027 a, lui, déjà fait l’objet d’un cadrage par le gouvernement précédent, avec une échéance légale de dépôt au plus tard le 20 octobre.

En réalité, le projet de budget 2027 ne constitue pas une simple feuille blanche. Des engagements sociaux, des investissements territoriaux, de grands chantiers y sont détaillés avec une trajectoire du déficit budgétaire dans une programmation triennale.

Sur le plan institutionnel sa préparation n’a pas commencé après les élections. Le gouvernement sortant avait déjà présenté, le 22 juillet dernier, devant les commissions des finances des deux Chambres, le cadre général de préparation du budget 2027 et la programmation budgétaire triennale 2027-2029.

La note de cadrage, diffusée en août, a fixé quatre grandes priorités : consolider les acquis économiques, réduire les disparités territoriales, renforcer l’État social et préserver les équilibres financiers. De fait, une grande partie de l’architecture budgétaire a donc été fixée.

Le nouveau gouvernement peut évidemment modifier ses priorités et procéder à des arbitrages. Mais repartir entièrement d’une page blanche signifierait réexaminer, en quelques semaines, une programmation déjà construite, alors que le calendrier constitutionnel et organique du PLF impose une procédure précise. Là est clairement la première raison pour privilégier la continuité de l’architecture du projet et les changements ciblés sur son contenu.

D’autant que concrètement les dépenses sociales de 2027 pour prendre cet exemple, ne relèvent plus d’une promesse nouvelle. Le dialogue social a déjà produit des engagements financiers importants. Le coût global des mesures prises dans ce cadre doit atteindre 49,7 milliards de dirhams en 2027, contre 48,3 milliards en 2026. Le salaire moyen net dans la fonction publique est passé de 8.237 DH en 2021 à 10.600 DH en 2025, tandis que le salaire minimum net mensuel est passé de 3.258 à 4.500 DH. Dans le secteur privé, le SMIG non agricole a également été relevé de 20 %, tandis que le SMAG a augmenté de 25 %.

Pour le prochain gouvernement, revenir sur cette architecture ne serait donc pas simplement une question de réécriture budgétaire. Il faudrait également assumer les conséquences économiques, sociales et politiques d’une remise en cause d’engagements déjà négociés. Le même raisonnement s’appliquant à l’aide sociale directe dont le dispositif couvre désormais près de 4 millions de ménages et plus de 5 millions d’enfants, pour un coût mensuel d’environ 2,2 milliards de dirhams. Les crédits mobilisés depuis son lancement ont déjà dépassé 60 milliards de dirhams et font partie intégrante des dépenses récurrentes de l’État. Même constat pour la protection sociale et la santé.

La généralisation de la protection sociale constitue un autre verrou de continuité. Le cadrage du PLF 2027 fait état d’une couverture de l’AMO supérieure à 87 % de la population, contre 42 % avant le lancement de la réforme. Parallèlement, le programme de réhabilitation des établissements de soins se poursuit, après 1 400 établissements déjà mis à niveau, un nouveau programme porte sur 1 600 centres de santé.

Ce dernier programme représente à lui seul une enveloppe globale proche de 6 milliards de dirhams.

Il ne s’agit donc plus d’un choix théorique entre deux politiques publiques, des infrastructures sont en cours de réalisation, des programmes sont engagés, des personnels ont été recrutés et des systèmes de santé sont progressivement réorganisés.

Le prochain gouvernement ne peut que décider d’accélérer, de réorienter ou d’évaluer ces politiques.

Idem pour les 210 milliards de dirhams affectés aux territoires qui sont en soi un autre argument de continuité. En effet, le développement territorial est probablement l’un des éléments les plus structurants du PLF 2027. La nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré est établie sur huit ans et les transferts financiers aux régions doivent, eux, atteindre au moins 12 milliards de dirhams par an à partir de 2027.

Le prochain gouvernement devra encore une fois poursuivre une programmation dont le principe, le financement et le calendrier ont déjà été annoncés. Car plus de 1 200 communes rurales et environ 17 millions d’habitants sont concernés par les différents programmes territoriaux.

Enfin, le facteur le plus important, relève de la contrainte budgétaire qui limite fortement la marge de manœuvre de la nouvelle équipe gouvernementale. Le PLF 2027 a été construit autour d’un objectif de déficit de 3 % du PIB et d’une dette publique ramenée autour de 65 % du PIB en 2027, avec une trajectoire vers 63 % à l’horizon 2029.

Le cadrage prévoit de contenir les dépenses de fonctionnement, de limiter les créations de postes et de donner la priorité aux investissements considérés comme stratégiques. C’est là que se trouve le paradoxe du prochain gouvernement. Il peut vouloir changer de politique, mais il ne dispose pas d’une enveloppe budgétaire infinie pour le faire. S’il souhaite financer de nouvelles mesures, augmenter certaines dépenses publiques ou lancer de nouveaux programmes, il lui faudra trouver les recettes correspondantes ou réduire d’autres dépenses.

La marge de manœuvre politique est donc nécessairement plus étroite que la marge de manœuvre déclarative. La réalité que la politique budgétaire ne peut pas ignorer est que certains investissements dépassent largement la durée d’un mandat. Le Maroc poursuit notamment ses investissements dans l’eau, les infrastructures de transport, l’industrie, l’énergie et les infrastructures liées à l’échéance de 2030. L’extension de la LGV entre Kénitra et Marrakech porte sur environ 430 kilomètres, avec des connexions prévues avec plusieurs infrastructures stratégiques, notamment les aéroports et les stades. Ces programmes ont une caractéristique commune, leur calendrier ne correspond pas au calendrier électoral.

En définitive, les chiffres racontent une réalité assez simple, en 2027, une grande partie de la dépense publique sera déjà la conséquence de décisions prises avant le changement de gouvernement. L’alternance politique ne signifie donc pas nécessairement une alternance budgétaire immédiate.

 

Afifa Dassouli


Les chiffres qui rendent la rupture budgétaire plus difficile

 

IndicateurSituation / objectif
Croissance prévue en 20274,1 %
Déficit cible3 % du PIB
Dette publique visée en 2027≈ 65 % du PIB
Programmes territoriaux210 MMDH sur 8 ans
Transferts aux régions≥ 12 MMDH/an dès 2027
Aide sociale directe≈ 4 millions de ménages
Coût mensuel de l’aide sociale directe≈ 2,2 MMDH
Coût annuel des mesures sociales issues du dialogue social49,7 MMDH en 2027
Couverture AMO> 87 %
Centres de santé à réhabiliter1 600
Extension LGV Kénitra-Marrakech≈ 430 km
Eau dessalée visée à horizon 20301,7 milliard m³/an

 

Consultez librement toutes nos parutions hebdomadaires, nos hors-série et toutes les communications financières