Europe

Espagne : Pedro Sánchez convoque des élections anticipées après un revers sur le logement

Par LNT
pedro-sanchez

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé, lundi 5 octobre, la tenue d’élections législatives anticipées le 29 novembre, plusieurs mois avant le terme prévu de la législature. La décision intervient trois jours après le rejet au Congrès de deux décrets consacrés au logement, sur fond de mobilisation contre la hausse des loyers et les expulsions. Le Parti populaire (PP), principale formation d’opposition, a accueilli favorablement la convocation du scrutin, son président Alberto Núñez Feijóo appelant à une « reconstruction nationale ».

L’Espagne retournera aux urnes plus tôt que prévu. Après un week-end de consultations au sein de son gouvernement et du Parti socialiste, Pedro Sánchez a choisi de mettre un terme à la législature et de convoquer des élections générales le 29 novembre 2026.

Le dirigeant socialiste, au pouvoir depuis 2018, a annoncé sa décision lors d’une déclaration institutionnelle au palais de la Moncloa.

« J’ai décidé de convoquer dès ce matin un Conseil des ministres extraordinaire afin de dissoudre les chambres et de convoquer des élections législatives qui se tiendront le dimanche 29 novembre », a-t-il déclaré.

Pedro Sánchez a justifié cette décision par la nécessité d’obtenir un soutien parlementaire plus large pour poursuivre les réformes de son gouvernement. Les élections étaient initialement attendues en 2027.

Le rejet des mesures sur le logement comme déclencheur

La convocation intervient trois jours après une importante défaite parlementaire pour le gouvernement de coalition.

Vendredi, le Congrès des députés a rejeté deux décrets consacrés au logement. Le PP, Vox et le parti indépendantiste catalan Junts ont notamment voté contre les textes, privant le gouvernement de la majorité nécessaire.

Les mesures proposées prévoyaient notamment de renforcer la protection de certains locataires vulnérables contre les expulsions et de prolonger des contrats de location. Leur rejet a une nouvelle fois illustré les difficultés du gouvernement minoritaire de Pedro Sánchez à réunir une majorité au Parlement.

La question du logement s’est imposée ces dernières semaines au centre du débat politique espagnol. Le cas de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans expulsée du logement qu’elle occupait depuis plusieurs décennies, a notamment provoqué une importante mobilisation.

Son appartement avait été acquis par une société d’investissement qui souhaitait fortement augmenter le loyer. L’affaire a suscité des manifestations dans plusieurs villes espagnoles et une mobilisation prolongée à la Puerta del Sol, dans le centre de Madrid.

Le gouvernement avait présenté ses décrets dans ce contexte de forte pression sociale.

Feijóo : « Enfin, les Espagnols décideront »

Le Parti populaire, qui demandait depuis plusieurs mois la convocation d’élections anticipées, a accueilli favorablement l’annonce.

« Si huit années n’ont pas suffi, pourquoi vouloir quatre ans de plus ? », a réagi Alberto Núñez Feijóo. Le dirigeant conservateur s’est réjoui que les Espagnols puissent « enfin » se prononcer dans les urnes.

Le chef du PP a cherché à élargir l’enjeu du scrutin au-delà du bilan du gouvernement. « Ce qui est en jeu lors des prochaines élections n’est plus la simple alternance. C’est la nécessité impérieuse d’engager une reconstruction nationale », a-t-il déclaré.

Alberto Núñez Feijóo a également présenté le scrutin comme un choix « entre la corruption et la décence, entre la décadence et la prospérité, entre un gouvernement qui aspire seulement à survivre et un pays qui pense à son avenir ».

Le PP aborde la campagne en position favorable dans les enquêtes d’opinion. Un baromètre 40dB publié lundi le crédite de 31,6% des intentions de vote, devant le PSOE, tandis que Vox progresse à 18,4%. Ces données ont toutefois été recueillies avant le rejet des décrets sur le logement et l’annonce des élections anticipées.

La question d’une majorité PP-Vox

Les enquêtes disponibles placent ainsi le Parti populaire en tête, sans garantir qu’il puisse disposer seul d’une majorité absolue.

La composition du futur gouvernement pourrait dès lors dépendre des rapports de force avec Vox, actuellement troisième force politique du pays. La campagne devrait également être marquée par la recomposition en cours à gauche du PSOE.

Du côté de Pedro Sánchez, la stratégie consiste notamment à mobiliser l’électorat progressiste autour des questions sociales et, en particulier, de la crise du logement.

Cette dernière est devenue l’un des principaux sujets de préoccupation en Espagne, où l’augmentation des prix immobiliers et des loyers alimente depuis plusieurs années les tensions, particulièrement dans les grandes villes et les zones touristiques.

Sánchez aborde le scrutin après huit ans au pouvoir

Les élections du 29 novembre interviendront également dans un contexte politique difficile pour le chef du gouvernement.

Outre sa fragilité parlementaire, Pedro Sánchez est confronté aux conséquences politiques de plusieurs affaires judiciaires touchant des personnalités de son entourage et du Parti socialiste. Son gouvernement fait également face aux critiques de l’opposition sur plusieurs dossiers, dont la gestion de la situation migratoire à Sebta après les arrivées massives enregistrées fin juillet.

La crise du logement devrait néanmoins occuper une place importante dans la campagne qui s’ouvre. Malgré la dissolution des chambres, le gouvernement prévoit d’ailleurs de présenter de nouveau les décrets rejetés afin qu’ils puissent être examinés par la Députation permanente du Congrès.

LNT avec AFP

Les articles Premium et les archives LNT en accès illimité
 et sans publicité