La cour d’assises d’appel du Val-de-Marne, siégeant à Créteil, a porté samedi à dix ans de réclusion criminelle la peine prononcée contre le chanteur marocain pour viol aggravé, contre six ans en première instance, et l’a placé en détention à l’issue de l’audience.
L’arrêt intervient au terme d’un procès ouvert le 17 septembre et tenu à huis clos, à la demande de la plaignante. L’avocat général avait requis huit ans. La cour a retenu la qualification de viol aggravé et ordonné l’inscription du condamné au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Le mandat de dépôt prononcé à l’audience a conduit à son incarcération immédiate, alors qu’il comparaissait libre sous contrôle judiciaire.
Les faits remontent à octobre 2016. L’artiste, alors âgé de 31 ans, avait rencontré dans une discothèque parisienne une jeune femme de 20 ans, avec laquelle il s’était rendu dans une chambre d’hôtel. Il a reconnu une altercation, mais a contesté tout rapport sexuel non consenti. La cour d’assises de Paris l’avait condamné à six ans de réclusion en février 2023, décision dont il avait fait appel.
Son avocate, Marie Burguburu, a annoncé un pourvoi en cassation. La condamnation n’est donc pas définitive, la Cour de cassation n’examinant toutefois que la régularité de la procédure et l’application du droit, et non les faits eux-mêmes. En cas de cassation, l’affaire serait renvoyée devant une autre cour d’assises d’appel.
Une seconde procédure reste pendante. Le 15 mai, la cour d’assises du Var, à Draguignan, l’avait condamné à cinq ans de prison pour des faits survenus en 2018 près de Saint-Tropez, verdict également frappé d’appel. Il devra comparaître dans ce second procès depuis la détention.
En avril, cinq personnes avaient par ailleurs été condamnées à des peines allant de six mois à deux ans avec sursis pour tentative d’extorsion : elles réclamaient trois millions d’euros au chanteur en échange du retrait de la plainte parisienne et de l’absence de la plaignante au procès.
Au Maroc, la décision a immédiatement relancé une controverse installée depuis dix ans. Son père, le chanteur Bachir Abdou, a publié samedi un message sur les réseaux sociaux affirmant que son fils est « victime d’une terrible injustice, dans tous les sens du terme » et dénonçant « un jugement injuste malgré toutes les preuves claires présentées par la défense ». Le même registre avait accompagné la condamnation de 2023, où plusieurs figures du spectacle avaient exprimé leur solidarité tandis que d’autres soutenaient publiquement la plaignante, ouvrant une séquence de polémiques sur les réseaux sociaux.
La controverse s’est aussi déplacée sur le terrain des scènes marocaines. En mai 2024, plus de vingt organisations et environ quatre-vingt-dix personnalités avaient signé une pétition demandant le retrait d’un trophée décerné au chanteur, estimant qu’honorer une personnalité condamnée pour violences sexuelles « envoie un signal dangereux » et normalise l’impunité. Les signataires reprochaient également aux organisateurs d’avoir supprimé les commentaires critiques, et appelaient les médias à ouvrir un débat sur la responsabilité des industries culturelles.
Le chanteur était malgré tout revenu se produire au Maroc, notamment à El Jadida en juillet 2025, après plusieurs années d’absence des scènes du Royaume, puis dans d’autres villes. Ses engagements sont désormais suspendus. Âgé de 41 ans, il compte parmi les artistes marocains les plus suivis du monde arabe, avec plus de 15 millions d’abonnés sur Instagram et près de 16 millions sur YouTube, audience qui explique l’ampleur prise par chaque étape de la procédure dans le débat public marocain.
LNT