Pour replacer dans leur contexte les phénomènes spéculatifs et la recrudescence des plateformes frauduleuses, il faut rappeler que la Bourse de Casablanca a connu des années fastes. Elle a ainsi suscité un appétit inédit chez les investisseurs, notamment les petits porteurs, dont le nombre a atteint un record de plus de 60 000.
En effet, le MASI, principal indice boursier, s’est apprécié de 12,8 % en 2023, de 22,2 % en 2024 et de 27,6 % en 2025, portant la capitalisation au-delà de 1 000 milliards de dirhams. Ce niveau de performance inédit s’est toutefois révélé intenable comme en témoigne la correction continue qui est à l’œuvre depuis début septembre. La Bourse enchaîne ainsi sa cinquième semaine de baisse, avec un MASI passé sous la barre des 18 000 points, à 17 592.
Certes, les prises de bénéfices des institutionnels, après une hausse cumulée de 75 %, en sont l’une des causes. Mais la remontée des taux obligataires en est une autre. Lorsque le rendement du Bon du Trésor à 10 ans progresse, les actions deviennent moins attractives, leur prime de risque se réduisant d’autant.
À cela s’ajoutent le risque géopolitique, avec une hausse des prix de l’énergie qui alimente l’inflation à moyen terme, et le rééquilibrage opéré fin août par Morgan Stanley Capital International (MSCI), qui a provoqué des sorties de capitaux étrangers.
MSCI est le premier fournisseur d’indices boursiers au monde. C’est lui qui détermine quelles places et quelles valeurs intègrent les paniers dans lesquels investissent les fonds étrangers. Pour la Bourse de Casablanca, l’enjeu est donc vital. Le Maroc figure dans la catégorie MSCI Frontier Markets, et non dans celle des Emerging Markets, et dispose de son propre indice, le MSCI Morocco.
Lors de chaque rééquilibrage trimestriel (février, mai, août et novembre), si MSCI augmente le poids du Maroc, des milliards de dollars de fonds passifs achètent automatiquement des titres comme Attijariwafa bank, BCP, Maroc Telecom ou LafargeHolcim. À l’inverse, s’il réduit ce poids ou retire une valeur marocaine de ses indices, ces mêmes fonds vendent mécaniquement.
C’est précisément ce qui s’est produit fin août 2026, MSCI a réduit le poids de certaines grandes capitalisations marocaines dans son indice Frontier. Il en a résulté des ventes automatiques de la part des investisseurs étrangers, à l’origine d’une partie de la correction de 6,6 % intervenue par la suite.
D’où l’ambition de la Bourse de Casablanca d’accéder au statut de marché émergent (« Emerging Markets »), qui lui permettrait d’attirer dix fois plus de flux étrangers qu’en catégorie Frontier. Les petits porteurs l’ont bien compris, lorsque le poids du Maroc augmente dans les indices MSCI, les étrangers achètent. Dans le cas contraire, ils vendent, même si les résultats des entreprises sont bons.
La bonne nouvelle pour les petits porteurs, c’est qu’avec la correction, les valorisations se détendent. Le PER moyen est passé de 20,9x en janvier à 18,8x début juillet. Et les résultats restent solides puisque les sociétés cotées affichent une hausse de 10,7 % de leur chiffre d’affaires au premier semestre 2026.
C’est précisément dans ce climat d’incertitude, où des petits porteurs habitués à des gains records voient leur portefeuille fondre semaine après semaine, que prospèrent les spéculateurs fraudeurs, prompts à promettre sur les réseaux sociaux des rendements garantis que le marché ne leur offre plus.
Afifa Dassouli