Le 16 septembre dernier, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a tiré la sonnette d’alarme pour la seconde fois, en faisant état dans un communiqué d’une recrudescence des offres boursières frauduleuses diffusées sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie instantanée.
Le régulateur remet ainsi au centre du débat la question de la fiabilité des conseils boursiers diffusés sur Internet, par des plateformes, comptes spécialisés et groupes privés qui promettent des gains rapides. Ces spéculateurs font diverger les investisseurs des différentes sources officielles ou professionnelles pour s’informer, dans l’optique d’investir ou de placer leur argent à la Bourse.
De fait, investir en Bourse n’a jamais été aussi accessible. Quelques clics suffisent aujourd’hui pour consulter un cours, suivre une action, constituer un portefeuille virtuel ou encore rejoindre une communauté d’investisseurs sur les réseaux sociaux. Toutefois, cette démocratisation de l’accès à l’information a un revers, celui de la multiplication des conseils non vérifiés et, plus grave encore, de l’intrusion de plateformes frauduleuses qui se présentent comme des intermédiaires légitimes. Certaines vont jusqu’à usurper l’identité de l’AMMC en utilisant son logo, des cachets ou de faux certificats d’agrément pour donner une apparence officielle à leurs offres, créant ainsi un terrain à risque : celui de WhatsApp, de Telegram et des réseaux sociaux en général.
Leur démarche consiste à écarter l’investisseur des sources d’information vérifiables en lui faisant des recommandations appuyées par une diffusion de groupes dont l’identité et le statut ne sont pas clairement établis. Le scénario décrit par l’AMMC est d’ailleurs particulièrement révélateur.
« Tout commence par une publicité sur un réseau social. L’internaute est ensuite invité à rejoindre un groupe WhatsApp ou Telegram présenté comme un espace d’apprentissage, de conseil ou d’échange entre investisseurs. Une fois intégré au groupe, il est incité à effectuer un premier versement. »
Les escrocs peuvent ensuite afficher de prétendus gains ou performances afin de convaincre la victime d’augmenter son investissement. Le piège apparaît souvent au moment du retrait. L’investisseur découvre que son argent est bloqué et qu’il doit parfois payer des « frais » ou une « commission » supplémentaire pour récupérer ses fonds. Selon l’AMMC, ce mécanisme fait partie des pratiques courantes observées dans ces escroqueries, le faux agrément étant au cœur du piège qui leur est tendu. En effet, le plus dangereux réside dans la sophistication de certaines arnaques par leur apparence, une plateforme frauduleuse peut aller jusqu’à utiliser le logo de l’AMMC, présenter un prétendu certificat d’agrément ou reproduire des éléments visuels destinés à rassurer l’investisseur. À ce titre, l’AMMC recommande de vérifier systématiquement l’identité et le statut de l’entité proposant l’investissement et de s’assurer qu’elle est dûment habilitée en consultant les listes des intervenants et entités habilités accessibles sur le site du régulateur.
Mais, c’est surtout la promesse de rendement garanti qui ne laisse aucun discernement à l’investisseur, alors qu’elle constitue en soi un signal d’alerte. À juste titre, dans son communiqué du 16 septembre, l’AMMC recommande explicitement au public de se méfier de toute promesse de rendement élevé ou garanti et de ne pas verser de fonds avant d’avoir vérifié l’identité et le statut de l’interlocuteur. Ce principe est d’autant plus important que les réseaux sociaux brouillent parfois la frontière entre information, opinion et conseil en investissement.
Car un influenceur peut présenter une action en Bourse, expliquer le comportement de son cours ou commenter l’évolution du MASI, sans qu’il s’agisse d’un conseil professionnel surtout qu’il ne dispose pas d’une habilitation pour exercer une activité réglementée.
Or, malheureusement, on constate que « les influenceurs financiers » se multiplient avec la montée en puissance des réseaux sociaux. Une nouvelle catégorie d’intermédiaires dans l’univers boursier se développe à grande vitesse, les créateurs de contenu financier sur YouTube, Instagram ou d’autres plateformes, et consacre leurs contenus à l’analyse de sociétés cotées, à la lecture des résultats financiers ou à la vulgarisation de la Bourse de Casablanca.
Mais attention, un contenu pédagogique n’est pas une recommandation d’investissement, et une recommandation trouvée sur les réseaux sociaux ne remplace pas la vérification de l’identité et du statut de celui qui la diffuse.
L’AMMC identifie donc les réseaux sociaux et les groupes privés de messagerie comme des zones nécessitant une vigilance particulière. Dans ses priorités d’action 2026, elle souligne notamment « les risques liés aux plateformes de trading frauduleuses et aux conseils diffusés sur les réseaux sociaux ou les groupes privés ». Pour se prémunir des méfaits des tricheurs et autres spéculateurs boursiers dont il s’agit, le grand public dispose de trois niveaux pour s’informer sur la Bourse.
À travers les plateformes officielles, qui permettent d’apprendre avant d’investir, comme sur le site de la Bourse de Casablanca qui permet notamment de consulter les informations relatives au marché, les cours et les publications des sociétés cotées. La Bourse propose d’ailleurs également une rubrique dédiée à l’éducation financière ou encore l’outil e-Bourse, une plateforme de simulation de trading. Elle permet d’acheter et de vendre des actions virtuelles, de gérer un portefeuille fictif et de suivre des données issues du marché réel, sans engager d’argent réel. L’objectif est précisément de permettre aux utilisateurs de se familiariser avec les mécanismes boursiers et de tester des stratégies dans un environnement pédagogique.
Pour un débutant, cette étape est essentielle, comprendre le fonctionnement du marché avant de risquer son épargne.
Ensuite, les internautes peuvent accéder à des plateformes d’analyse, des sources institutionnelles qui donnent des recommandations d’investissement, une nouvelle génération de plateformes marocaines d’analyse financière. L’intérêt de ce type d’outil est différent de celui d’un conseiller en investissement car il s’agit avant tout de mettre les données à disposition de l’investisseur afin qu’il puisse effectuer sa propre analyse.
Enfin, les professionnels dont l’analyse devient une recommandation par les sociétés de Bourse et leurs départements de recherche. Les investisseurs peuvent notamment retrouver des analyses produites par les équipes de recherche de plusieurs établissements actifs sur le marché marocain. Ces publications peuvent contenir des analyses financières, des objectifs de cours ou encore des recommandations telles que « Achat », « Conserver » ou « Vendre ».
La différence avec une simple publication sur un réseau social est importante, il faut toujours vérifier qui est à l’origine du conseil et dans quel cadre il est délivré.
C’est précisément sur cette question de l’habilitation que l’AMMC insiste et dénonce qu’une vidéo YouTube, un groupe WhatsApp, une plateforme de données, une publication d’une société cotée et une note de recherche d’un professionnel ne répondent pas au même objectif et ne présentent pas nécessairement les mêmes garanties.
L’Autorité rappelle également que les faits susceptibles de constituer des infractions pénales relèvent des autorités judiciaires et invite les personnes confrontées à ce type de pratiques à les signaler à l’AMMC et, lorsque cela est nécessaire, à déposer plainte auprès des autorités compétentes. Sachant que des arrestations pour fraude sur le marché financier causant des pertes pour les victimes ont été identifiées et condamnées… En somme, la prudence est cardinale face à la recrudescence de ces phénomènes de fraude de plus en plus sophistiquées, au risque d’y perdre plus que des plumes.
Afifa Dassouli
