On savait qu’il allait y mettre du feu. Mais pas autant ! Faouzi Lekjaa, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a réussi en effet à mobiliser les foules, mais surtout à faire de cette campagne électorale un espace de règlements de comptes, de vérités accablantes, de reproches et d’accusations mutuelles. Les débats ont été houleux et agités. Aucun des partis en lice, même les ‘‘hizbicules’’, n’a voulu se laisser faire. A vrai dire, l’effet Lekjaa a fini par bousculer les calculs et chambouler les prévisions. Pour le PAM, ce fut sans aucun doute l’homme qu’il fallait pour mener à bon port le Tracteur face à un RNI qui s’est montré agressif et combattif.
Le patron du foot marocain, jusqu’alors également ministre délégué du Budget, est arrivé chez le Tracteur en juillet dernier. Très vite, l’homme a annoncé la couleur d’une campagne électorale aux allures intenses et tendues. Aux côtés des vedettes des meetings, des polémiques et des vérités crues, Faouzi Lekjaa est venu tenter sa chance pour y mettre son propre grain de sel.
Chez les partis politiques en lice, aussi bien de l’opposition que de la majorité gouvernementale, l’inquiétude monte d’un cran. Faouzi Lekjaa est un concurrent à ne jamais prendre à la légère. Abdelilah Benkirane, Nabil Benabdellah, Driss Lachgar, Nizar Baraka, Aziz Akhennouch, Nabila Mounib et autres Mohammed Auzzine devaient alors sortir leur grosse artillerie. La campagne n’allait certainement pas être une simple partie de plaisir. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard qu’un féru de la politique comme Benkirane lui a conseillé à maintes reprises de « rester loin de la politique et de se concentrer plutôt sur son foot » !
Les opportunistes, les carriéristes et autres Moulchekara, eux, ont vu en lui une valeur sûre pour s’assurer une carrière parlementaire confortable. Sans perdre trop de temps, beaucoup n’ont pas hésité à changer de casquette pour quitter leurs formations et s’installer au PAM.
Et ce n’est pas un emballement médiatique anodin. Loin de là. Depuis l’officialisation de son atterrissage au BP du Tracteur, les observateurs, les analystes, les éditorialistes et les chroniqueurs politiques se succèdent pour tenter d’expliquer les tenants et les aboutissants de la force réelle de Lekjaa. Sur les réseaux sociaux, le buzz a été bel et bien au rendez-vous.
Sur le terrain, l’homme était partout au Maroc. Ses rencontres avec l’électorat et ses meetings ont fait le plein. Sûr de lui, Lekjaa a bien voulu dire aux Marocains ce qu’ils avaient envie d’entendre. En effet, très suivi sur la Toile, dans les grandes villes, dans les patelins etc., il n’a cessé de répêter à tous ceux qui ont bien voulu le croire que le programme de son parti, estimé à quelques 390 MMDH sur cinq ans, n’est pas un « bluff ». Les promesses données et qui ambitionnent d’aller de l’avant sur le plan socio-économique, sont réalistes et réalisables, a souvent insisté Lekjaa.
À ce niveau, il est quand même important de constater que Lekjaa a placé la barre des promesses très haute. Beaucoup de citoyens, déçus et fatigués des réformes annoncées durant des années, veulent bien y croire. Fortement.
Quid maintenant du débat sur les Frakchias, El Fassad, le népotisme et autres formes de clientélisme, très cher à Benkirane, Baraka, Mounib, Lachgar et autres Benabdellah ? Là, Lekjaâ a très vite pris les devants par rapport à ses rivaux pour ouvrir le bal.
Décevant ses alliés de la majorité, particulièrement le RNI, l’homme, dès ses premières sorties publiques, n’a pas hésité un instant à reconnaître l’existence d’une bande de « Frankchias » au sein du Gouvernement et des parlementaires, qui ont bénéficié sans aucune retenue, des différents programmes et subventions destinés à faire face à la hausse du coût de la vie, soit plus de 280 MMDH qui sont partis en fumés.
Devant la foule, Lekjaâ, pourtant responsable n°1 du budget étatique, argumentait et plaidait pour son « innocence », tout en pointant du doigt les ministres rnsites. D’ailleurs et loin du traditionnel duel électoral RNI / PJD, Lekjaa a fini par recentrer cette dualité vers celui du PAM / RNI, deux amis d’hier devenus, le temps d’une campagne électorale, les principaux ennemis.
Comme on le voit donc, Lekjaa a réussi en deux mois seulement une véritable percée dans le débat public. A tort ou à raison, il s’est montré convaincant pour les uns, rassurant pour certains, mais surtout inquiétant pour beaucoup d’autres.
Mission accomplie, peut-on ainsi dire pour Lekjaa, qui a permis au PAM de s’imposer en tant que première force politique capable de dominer haut la main le scrutin du mercredi 23 septembre.
Certes et indiscutablement, Lekjaa a fait du bon travail pour le PAM, mais il est quand même question d’un constat, à savoir que pour beaucoup, le Tracteur, crée en 2009, reste peu rassurant dans la mesure où ses partisans, une partie en tout cas, sont impliqués dans des affaires de trafic de drogue, de corruption et de dilapidation de l’argent public. Pour d’autres, le PAM, sans idéologie ni école politique, illustre parfaitement la notion d’Al Fassad et représente ainsi un véritable danger pour la démocratie, l’égalité des chances, les services publics, la justice, les institutions étatiques… Tel est la grande interrogation qui inquiète bon nombre d’analystes de la chose politiques nationale.
Le prochain Gouvernement, qui aura la Coupe du Monde parmi ses principaux chantiers prioritaires, est de ce fait appelé à couper court et de la manière la plus ferme et catégorique avec toute les formes d’Al Fassad qui ne cessent de tirer le Maroc et les Marocains vers l’arrière, au profit d’une poignée de Frakchias qui ont une technique infaillible : opter pour des partis politiques en mesure de leur garantir le parapluie nécessaire pour manœuvrer dans l’ombre…
Hassan Zaatit