À une semaine du scrutin du 23 septembre, les pronostics sur le taux de participation divergent radicalement selon les formations. Le corps électoral compte 15,8 millions d’inscrits, dont 29% âgés de 60 ans ou plus et seulement 4% de jeunes de 18 à 24 ans, deux proportions qui pèsent sur toutes les projections.
La structure démographique du fichier constitue en elle-même une donnée politique. Les 35-44 ans et les 45-54 ans représentent chacun 21% des inscrits. La sous-représentation des primo-votants ne reflète pas la pyramide des âges du pays mais un défaut d’inscription, qui traduit à la fois une moindre appétence pour le vote et les limites des campagnes d’enrôlement. Elle oriente mécaniquement les programmes vers les préoccupations des tranches les plus âgées, retraites, santé, coût de la vie, au détriment des enjeux d’insertion professionnelle.
Les responsables interrogés se répartissent en deux camps. Du côté pessimiste, Jamal El Assri, du Parti socialiste unifié, juge les prévisions « guère encourageantes » et relève une contradiction entre le discours officiel sur la mobilisation et les pratiques constatées. Chaker Achahbar, du Parti de l’équité, va plus loin en soutenant que les mesures adoptées ces cinq dernières années ont eu pour effet de décourager le vote, facilitant l’influence des intermédiaires et l’achat de voix.
Les critiques formulées portent sur quatre points : le maintien de la supervision du processus par le ministère de l’Intérieur, les conflits ouverts au sein de la coalition sortante, la circulation de soupçons de corruption électorale, et l’absence de mécanismes efficaces de traitement des plaintes.
Du côté optimiste, Hicham Aïroued, du Parti authenticité et modernité, décrit une « dynamique sans précédent » autour des programmes, avec des offres assorties de budgets chiffrés et d’échéances. Il considère les affrontements entre partis comme normaux dans une campagne intense et estime que les contrôles en place garantissent l’intégrité du scrutin.
L’enjeu dépasse la statistique. Le taux de participation conditionne la légitimité du futur gouvernement dans la conduite de chantiers lourds, généralisation de la protection sociale, réforme fiscale, gestion de l’eau, dont le financement suppose des arbitrages impopulaires. Il détermine aussi, en pratique, le poids relatif des votes captifs et des bases militantes dans un scrutin de liste où les écarts se jouent souvent sur quelques centaines de voix par circonscription.
LNT
