Le baril de Brent s’échangeait autour de 108,31 dollars ce lundi, en hausse de 3,54% sur la séance, portant son gain à plus de 19% sur un mois et à environ 60% sur un an. Le marché réagit à l’arrêt du pipeline saoudien Est-Ouest et à l’enlisement des tentatives d’ouverture d’un corridor maritime dans le détroit d’Ormuz.
L’oléoduc Est-Ouest, long de 1 200 kilomètres, relie les champs d’Abqaiq, dans l’est du Royaume saoudien, au terminal de Yanbu sur la mer Rouge. Il acheminait, selon les évaluations disponibles, entre 4 et 5 millions de barils par jour, soit l’équivalent de 4 à 5% de l’offre mondiale. Il a été visé le 12 septembre par des frappes de drones dans les régions de Riyad et de Médine, provenant selon les analyses de la province irakienne de Maysan. Des images satellitaires ont montré de la fumée et des signatures thermiques au sud de Médine, ainsi que des dommages aux équipements de pompage. Aucune revendication n’a été formulée.
L’infrastructure constituait la principale voie de contournement d’Ormuz pour les exportations saoudiennes. Sa mise à l’arrêt prive donc le marché de la soupape que les opérateurs considéraient comme l’ultime amortisseur en cas de blocage prolongé du détroit. Riyad n’a pas annoncé de riposte immédiate tout en se réservant le droit de répondre, et pourrait réorienter une partie de ses flux vers le canal de Suez et l’oléoduc Sumed.
Les efforts diplomatiques marquent le pas. Une réunion régionale destinée à examiner l’établissement d’un couloir temporaire de navigation dans Ormuz a été reportée, l’Arabie saoudite et Bahreïn ayant exprimé des réserves, selon le ministre omanais des Affaires étrangères. Le président chinois Xi Jinping a pour sa part appelé à la stabilité des chaînes d’approvisionnement face aux perturbations du détroit. Aux États-Unis, les prix du gazole ont atteint des niveaux inédits.
Pour le Maroc, importateur net d’hydrocarbures, l’effet est direct et rapide. Les prix des carburants sont révisés deux fois par mois, le 1er et le 16, et la prochaine actualisation intervient donc mercredi. Au début du mois, le gasoil se négociait autour de 14,93 dirhams le litre et l’essence à 14,90 dirhams, le premier ayant déjà progressé de 6 centimes lors de la précédente révision. Le gasoil représente entre 75 et 80% de la consommation nationale de carburants, en raison du poids de la route dans le transport de marchandises et de la place des taxis collectifs dans la mobilité.
La transmission s’opère par deux canaux. Le coût du produit raffiné importé suit les cotations internationales, majorées d’un fret maritime lui-même renchéri par le prix des soutes. La parité dirham-dollar amplifie ou atténue ensuite le mouvement. Le renchérissement pèse également sur la facture énergétique de la production électrique et sur le coût du butane, dont la subvention est adossée au budget de l’État, à quelques semaines de la préparation de la prochaine loi de finances.
LNT