À l’approche des élections législatives du 23 septembre, plusieurs organisations de la société civile environnementale de Casablanca-Settat organisent, jeudi 10 septembre à Casablanca, une rencontre avec les représentants des partis politiques, parlementaires et candidats. L’initiative entend placer la transition énergétique, l’eau, le climat, la biodiversité et le capital naturel dans le débat électoral, en demandant aux formations politiques de présenter des engagements chiffrés, assortis de calendriers et d’indicateurs de suivi.
L’Alliance Marocaine pour le Climat et le Développement Durable (AMCDD) dans la région Casablanca-Settat, en collaboration avec l’Association des Enseignants des Sciences de la Vie et de la Terre du Maroc (AESVT Maroc), ainsi que plusieurs associations, réseaux et experts, veut ouvrir le dialogue avec les forces politiques sur la place des enjeux environnementaux dans la prochaine législature.
La rencontre se tiendra le 10 septembre à partir de 15h00 à l’Hôtel Suisse, à Ain Diab, en présentiel et à distance. Elle vise notamment à interroger les programmes électoraux sur le climat, l’énergie, l’eau, l’alimentation et la biodiversité, mais aussi sur leur articulation avec le pouvoir d’achat, l’emploi, la compétitivité et la souveraineté nationale.
Les organisateurs souhaitent dépasser les déclarations générales en demandant aux partis de préciser les mesures qu’ils comptent mettre en œuvre, leur calendrier, les ressources mobilisées et les indicateurs permettant d’en évaluer les résultats.
La démarche doit notamment porter sur la transition énergétique, la mise en œuvre des lois existantes, l’autoproduction d’électricité, l’efficacité énergétique, les investissements dans les renouvelables et la Stratégie nationale bas carbone à l’horizon 2050.
Pour les organisations à l’origine de l’initiative, le Maroc dispose déjà de stratégies, de textes législatifs, d’institutions et d’un potentiel important. Elles considèrent que le principal enjeu réside désormais dans l’accélération de leur mise en œuvre et dans le renforcement des mécanismes d’évaluation et de reddition des comptes.
La note analytique accompagnant l’initiative consacre une large place à la transition énergétique. Selon les données qu’elle avance, les énergies renouvelables représentent environ 20% de la production effective d’électricité et autour de 5% de la consommation énergétique finale du pays, malgré l’objectif de porter leur part à 52% de la capacité électrique installée à l’horizon 2030.
Le document estime également la dépendance du Maroc aux importations de combustibles fossiles à environ 90%. La facture énergétique avait atteint 150 milliards de dirhams en 2022 et 107,6 milliards en 2025. Selon les chiffres repris dans la note, une hausse de 10 dollars du prix du baril de pétrole représenterait une charge supplémentaire de 6 à 8 milliards de dirhams pour les finances publiques.
Face à cette situation, les organisations interrogent les candidats sur les moyens d’élargir la transition au-delà de la seule production électrique, notamment à travers l’électrification des transports, de l’industrie et des usages thermiques. Elles leur demandent également de se prononcer sur une accélération des nouvelles capacités d’énergie propre.
Un autre volet concerne la possibilité pour les ménages et les entreprises de produire leur propre électricité. La société civile estime que la mise en œuvre de la loi 82.21 relative à l’autoproduction et de ses textes d’application demeure insuffisante.
Les partis sont notamment invités à présenter un calendrier pour faciliter le raccordement des ménages et des PME aux réseaux de distribution et permettre la valorisation de leurs surplus d’électricité.
L’efficacité énergétique constitue également l’un des principaux sujets soulevés. Selon la note, la consommation énergétique finale du Maroc se répartit approximativement entre le transport à hauteur de 38%, les bâtiments à 33% et l’industrie à 21%. Elle estime que seuls 6,58% de l’objectif national de réduction de 20% de la consommation énergétique à l’horizon 2030 auraient jusqu’ici été atteints.
Les organisations pointent notamment les retards dans l’application de la loi 47.09 relative à l’efficacité énergétique, dans la généralisation des audits obligatoires, dans la restructuration de l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE) et dans le déploiement des douze plans régionaux prévus dans ce domaine.
La note appelle par ailleurs les formations politiques à préciser leurs engagements concernant la Stratégie nationale bas carbone à l’horizon 2050. Selon les projections citées par le document, la transition nécessiterait des investissements compris entre 3,5 et 17,1 milliards de dollars par an, soit environ 35 à 171 milliards de dirhams.
Ces projections estiment que l’effort pourrait atteindre un coût net nul autour de 2038, avant de générer progressivement des économies. La transformation envisagée pourrait également contribuer, selon les estimations reprises dans la note, à une hausse du PIB comprise entre 4% et 15% et à la création de 100.000 à 350.000 emplois.
Les organisateurs demandent notamment aux candidats de se prononcer sur la publication de la version quantitative de la stratégie bas carbone, sur le financement de sa mise en œuvre, sur la sortie du charbon à l’horizon 2040 et sur le développement des capacités renouvelables.
À travers cette initiative, la société civile environnementale de Casablanca-Settat appelle les candidats à présenter des engagements assortis de calendriers, de responsabilités et d’indicateurs permettant d’en mesurer concrètement la réalisation.
LNT
