L’homme d’affaires marocain a bouclé début septembre un contrat dérivé de 355 millions d’euros arrangé par Morgan Stanley, portant sa participation directe dans le groupe français à 12,5%. La totalité des actions acquises a été gagée. Président du conseil d’administration depuis août 2024, il est le premier Marocain à diriger le conseil d’une société du CAC 40.
L’opération repose sur un mécanisme financier précis. Le groupe Saham a eu recours à un contrat d’échange sur rendement total, ou total return swap, arrangé par Morgan Stanley. Cet instrument procure une exposition économique à un titre sans acquisition immédiate en Bourse, ce qui permet de constituer une position progressivement, à l’abri des mouvements de marché que déclencherait un achat massif à découvert.
Le dénouement du contrat, pour un montant de 355 millions d’euros, s’est traduit début septembre par la conversion de cette exposition en détention directe, portant la participation à environ 12,5% du capital. La totalité des actions ainsi acquises a été donnée en gage, mécanisme habituel de financement d’acquisition dont la contrepartie est une exposition au cours du titre.
L’origine de cette position remonte à 2023. Saham avait cédé à Teleperformance sa participation dans Majorel, coentreprise d’externalisation détenue avec l’allemand Bertelsmann, et une partie du prix avait été réglée en titres du groupe français.
Moulay Hafid Elalamy préside le conseil d’administration de Teleperformance depuis août 2024. Il est le premier Marocain à diriger le conseil d’une société cotée au CAC 40. Saham avait indiqué, au lancement de l’opération, ne pas avoir l’intention de prendre le contrôle du groupe.
La séquence prend un relief particulier au regard de l’actualité du secteur au Maroc. Le Conseil de la concurrence examine actuellement le rachat de la société marocaine Unifitel par Majorel Africa, filiale du même groupe Teleperformance, opération dont le délai d’observations des tiers s’achève le 14 septembre. Dans le même temps, la loi française interdisant le démarchage téléphonique sans consentement préalable, entrée en vigueur le 11 août, a fait ses premières victimes parmi les petites structures marocaines, la fédération du secteur évaluant à 10 000 le nombre d’emplois concernés.
Les trois mouvements dessinent une même logique. Un choc réglementaire fragilise les opérateurs mono-activité ; les grands groupes diversifiés consolident le marché ; et un investisseur marocain renforce sa position au capital du premier d’entre eux. Le secteur marocain de l’externalisation en sort plus intégré à un ensemble international, avec un centre de décision situé à Paris mais un actionnaire de référence casablancais.
LNT