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Législatives : Anciens visages, nouvelles promesses !

Législatives élections maroc

Abdelilah Benkirane, Rachid Talbi Alami, Abdellatif Ouahbi, Nizar Baraka, Mohamed Ouzzine, Aziz Akhannouch, Driss Lachgar, Nabil Benabdellah et autres Fouzi Lekjaa mènent depuis quelques semaines déjà une course acharnée pour convaincre. Épaulés par des membres des précédents gouvernements, souvent critiqués et pointés du doigt pour des engagements non tenus, ils refont surface avec de nouvelles promesses électorales encore plus attirantes. Néanmoins, leur retour ravive le débat sur leur capacité à tenir leurs promesses et engagements. Certains veulent bien y croire. D’autres n’ont ni l’envie, ni la force de se fier à toutes ces promesses lancées ça et là, mais au final sans véritable impact sur leur quotidien de plus en plus difficile.

Le pouvoir d’achat et l’emploi s’imposent sans surprise comme les principaux terrains de convergence. Le relèvement du salaire minimum, le soutien aux ménages et aux petites entreprises, ainsi que la réduction du chômage occupent une place centrale dans plusieurs programmes. Mais la compétition électorale se joue également sur les chiffres. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) évalue à 224 milliards de dirhams l’enveloppe additionnelle nécessaire à son programme sur cinq ans, tandis que le Parti authenticité et modernité (PAM) avance 350 milliards. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) va plus loin, avec 575 milliards de dirhams de dépenses supplémentaires, auxquels il oppose 622 milliards de recettes additionnelles. À l’inverse, le Parti de la justice et du développement (PJD) refuse de fixer des objectifs chiffrés en matière de croissance, de salaires ou de créations d’emplois.

Le RNI mise sur un « bouclier social »

Pour le RNI, qui se présente devant les électeurs après avoir dirigé la coalition gouvernementale depuis 2021, l’enjeu consiste à défendre une forme de continuité tout en proposant de nouveaux dispositifs. Son programme repose sur trois engagements majeurs et douze mesures opérationnelles, autour du pouvoir d’achat, des services publics et de l’inclusion économique.

Le premier axe prévoit la création d’un « bouclier social contre la vie chère ». L’aide sociale directe serait institutionnalisée et indexée sur l’inflation, avec un ajustement automatique lorsque celle-ci franchirait un certain seuil. Environ quatre millions de familles, représentant près de 12 millions de citoyens, seraient concernées.

Le parti propose parallèlement de porter progressivement le salaire minimum à 5 000 dirhams par mois, d’améliorer les pensions de retraite et de réduire l’écart entre le SMIG agricole et celui des autres secteurs. Pour les classes moyennes, une déduction fiscale pouvant atteindre 5 000 dirhams par an et par enfant est envisagée afin d’alléger les dépenses de scolarisation.

Les services publics constituent le deuxième pilier. Dans l’éducation, le RNI promet la généralisation des écoles et collèges « pionniers » d’ici 2028, puis des lycées pionniers d’ici 2031, ainsi qu’une réduction d’au moins 50 % de la déperdition scolaire. Le nombre d’universités passerait de 12 à 27. Dans la santé, le parti vise une densité de 45 professionnels pour 10 000 habitants en 2030 et prévoit la mise à niveau de 1 600 établissements de soins primaires, complétée par 200 nouvelles structures.

Sur l’emploi, l’objectif affiché est de ramener le chômage sous 9 % à l’horizon 2030, avec environ 250 000 insertions professionnelles par an. L’industrie, le tourisme, l’agriculture, le numérique, l’artisanat et les chantiers liés à la Coupe du monde 2030 sont identifiés comme les principaux moteurs.

Le PAM place le pouvoir d’achat au centre

Partenaire du RNI au sein de la majorité sortante, le PAM présente une offre sensiblement différente. Son programme est articulé autour de cinq « pactes » et chiffré à 350 milliards de dirhams sur cinq ans, dont 150 milliards consacrés au pouvoir d’achat, 100 milliards à la citoyenneté et 50 milliards respectivement à la jeunesse et à la sécurité stratégique.

Parmi les mesures les plus marquantes figure la gratuité des factures d’électricité inférieures à 100 dirhams par mois. Celle-ci serait financée par une contribution de solidarité prélevée sur les ménages consommant davantage. Le PAM propose également une importante réforme de l’impôt sur le revenu : le nombre de tranches passerait de six à trois et le taux marginal supérieur serait ramené de 37 % à 20 %.

Comme le RNI, le parti rejoint l’objectif d’un salaire minimum à 5 000 dirhams et avance celui d’un million d’emplois créés. Pour les 2,9 millions de jeunes actuellement hors emploi, éducation et formation, il propose un programme national intégré privilégiant les contrats formels assortis d’une couverture sociale.

Le financement constitue ici l’un des principaux enjeux. Sur les 350 milliards annoncés, 300 milliards proviendraient des effets de la croissance et de l’élargissement de l’assiette fiscale, 40 milliards des collectivités territoriales et 10 milliards de réallocations budgétaires et de gains d’efficience. Cette architecture repose notamment sur une hypothèse de croissance annuelle de 5 % entre 2027 et 2031.

L’Istiqlal privilégie souveraineté et confiance

L’Istiqlal construit pour sa part son programme autour de cinq engagements et d’un diagnostic plus large : celui d’un environnement international devenu durablement instable. Crises sanitaires, guerres, perturbations des chaînes d’approvisionnement, changement climatique, intelligence artificielle et protectionnisme conduisent le parti à placer la souveraineté et la résilience au centre de son offre.

Son premier engagement concerne la cohésion des familles, avec notamment une aide pouvant atteindre 5 000 dirhams pour les jeunes en instance de mariage, un congé parental flexible et rémunéré et des déductions fiscales liées aux frais de scolarité.

Le deuxième porte sur la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts, à travers une loi dédiée, le renforcement de la déclaration de patrimoine et des prérogatives du Conseil de la concurrence.

Sur le pouvoir d’achat, l’Istiqlal propose un mécanisme de suivi des marges sur les produits de consommation courante, le relèvement progressif du salaire minimum et des retraites ainsi qu’un dispositif de financement du premier logement destiné aux jeunes et à la classe moyenne.

Le quatrième engagement porte sur le renforcement de l’école et de l’hôpital publics. Le cinquième est consacré à la souveraineté stratégique. Le parti veut créer une « boussole souveraine nationale » permettant d’identifier les dépendances du Royaume et propose une loi-cadre sur le stockage stratégique. Il entend également favoriser la valeur produite au Maroc dans la commande publique et renforcer les capacités nationales dans la défense, la cybersécurité et l’alimentation.

Le PJD refuse la course aux chiffres

Le PJD adopte une démarche différente. Présenté le 7 septembre, son programme s’articule autour de cinq axes, mais refuse explicitement la compétition des objectifs quantifiés. Pas de cible annoncée en matière de croissance, de salaire minimum ou de nombre d’emplois à créer. Le parti justifie ce choix par sa volonté de ne pas formuler de « fausses promesses ».

L’emploi des jeunes est néanmoins placé au centre du projet. Le PJD propose de renforcer la formation professionnelle, de soutenir l’entrepreneuriat et d’accélérer le développement des filières vertes et numériques. Pour les très petites et petites entreprises, il préconise un accès facilité à la commande publique et au financement, ainsi que des réductions fiscales conditionnées à la création d’emplois.

Le programme met également l’accent sur la concurrence et le pouvoir d’achat. Il prévoit de renforcer les règles encadrant les relations entre entreprises publiques et privées, de durcir le contrôle des prix des produits alimentaires de base et de réformer les marchés de gros pour lutter contre la spéculation.

Cette stratégie permet au PJD de déplacer la discussion de l’ampleur des promesses vers leur crédibilité. Elle présente toutefois une limite : en l’absence d’objectifs quantifiés, l’évaluation future de l’exécution du programme devient également plus difficile.

Le PPS présente le programme le plus chiffré

À l’autre extrémité du spectre méthodologique se trouve le PPS. Sous le slogan « Osons ensemble », le parti présente 220 engagements répartis entre développement humain, économie et écologie, démocratie et géopolitique.

Son programme prévoit 575 milliards de dirhams de dépenses publiques supplémentaires sur cinq ans et 622 milliards de recettes additionnelles. Sur les dépenses annoncées, près de 324 milliards iraient à la santé, à l’éducation, à la solidarité, à l’emploi, à la culture et au sport.

Dans la santé, 47 milliards de dirhams supplémentaires permettraient, selon le programme, d’ajouter 9 000 lits publics, 15 000 médecins et 33 500 infirmiers et techniciens. L’éducation mobiliserait 117 milliards supplémentaires, tandis que la solidarité et l’emploi représenteraient 124,5 milliards.

Le PPS vise également un million d’emplois sur cinq ans. Dans l’industrie, il veut porter la contribution du secteur au PIB de 15,3 % à 20 %, créer 500 000 emplois industriels nets et réduire de moitié le déficit commercial. Pour le numérique, la cible est une contribution de 10 % au PIB et 300 000 emplois en 2031.

Cette précision rend le programme plus facilement évaluable, mais expose aussi davantage ses hypothèses à la critique. Son financement suppose notamment une croissance réelle de 5 % par an et une augmentation de la pression fiscale. Une partie des recettes annoncées proviendrait par ailleurs de l’accroissement naturel des recettes fiscales lié à la croissance, ce qui pose la question de leur disponibilité réelle pour financer de nouvelles dépenses.

USFP et Mouvement populaire : redistribution et mesures ciblées

L’USFP place pour sa part la « croissance équitable » au centre de ses vingt engagements. Le parti entend mesurer davantage l’efficacité de l’action publique à travers son impact sur le revenu des ménages et propose de réorienter l’investissement public vers les territoires les plus défavorisés.

Son programme comporte également un important volet de gouvernance : déclaration obligatoire de patrimoine, renforcement de l’indépendance du Conseil de la concurrence, réexamen périodique des exonérations fiscales et encadrement des conflits entre responsabilités publiques et intérêts économiques. La participation économique des femmes constitue aussi une priorité, le parti partant du constat que quatre Marocaines en âge de travailler sur cinq restent hors du marché du travail.

Le Mouvement populaire privilégie, de son côté, une accumulation de mesures ciblées. Son « contrat haraki » comprend 14 axes et 70 mesures. Il prévoit notamment un « compte fiscal social » permettant de déduire jusqu’à 500 dirhams par mois et par famille de certaines dépenses d’éducation, ainsi qu’une aide pouvant atteindre 500 dirhams pour la scolarisation des enfants des ménages démunis.

Pour l’emploi, le MP propose des exonérations fiscales pour les très petites entreprises au capital inférieur ou égal à 500 000 dirhams lorsqu’elles créent au moins trois emplois. Il veut également remplacer le modèle actuel d’intermédiation de l’Anapec par une plateforme numérique s’appuyant notamment sur l’intelligence artificielle.

Sur le commerce extérieur, le parti affiche une orientation plus interventionniste : il propose de doubler le nombre d’entreprises exportatrices pour atteindre 12 000, mais aussi de pouvoir suspendre temporairement certaines exportations agricoles lorsque le marché intérieur connaît une pénurie ou une hausse anormale des prix.

Comme on peut le constater, ce sont de nouvelles promesses où l’on se veut généreux et compréhensible de la situation socio-économique des Marocains. Parallèlement, l’expérience ne cesse de démontrer jusqu’à présent cet écart persistant entre les annonces officielles et les attentes des citoyens. Plusieurs réformes et projets, présentés comme des leviers de transformation, peinent encore à se concrétiser. Cette lenteur a fini par nourrir un climat de défiance, dans lequel la capacité des responsables à produire des résultats tangibles, est régulièrement questionnée. C’est dire qu’aujourd’hui plus que jamais, l’échéance de septembre 2026 s’impose comme une étape charnière, où la crédibilité des engagements politiques sera mise à l’épreuve de la réalité économique et sociale…

HZ

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