Le président américain a écrit lundi sur son réseau social qu’il n’y aurait plus de vente de Bombardier aux États-Unis, en exigeant que l’avionneur canadien relocalise sa production. L’annonce précède d’un jour l’entrée en vigueur des droits de douane canadiens de rétorsion. Le groupe réalise plus de la moitié de son chiffre d’affaires sur le marché américain.
Le message a été publié le 7 septembre. Donald Trump y a écrit qu’il n’y aurait plus de vente de Bombardier aux États-Unis, en ajoutant que les produits du groupe n’étaient pas assez bons, et en exigeant que le constructeur canadien transfère sa production sur le sol américain sous peine de perdre l’accès au marché.
La séquence commerciale dans laquelle s’inscrit cette déclaration est établie. Les États-Unis ont imposé le 22 août des droits de douane de 50% sur vingt milliards de dollars de marchandises canadiennes. Les droits de rétorsion canadiens sont entrés en vigueur le 8 septembre, soit le lendemain de l’annonce présidentielle.
L’exposition du groupe est considérable. Bombardier réalise plus de 50% de son chiffre d’affaires sur le marché américain. Le constructeur a répondu en soulignant son intégration à l’industrie des États-Unis : 3 500 salariés sur le sol américain, des relations avec 2 800 fournisseurs répartis dans 47 États, et plus de 2,5 milliards de dollars de dépenses annuelles aux États-Unis, ses appareils comportant des composants américains et ses activités s’étendant au Texas, en Arizona et au Kansas.
Cet argumentaire désigne la principale faiblesse de la menace. Une chaîne de valeur aéronautique est intégrée à l’échelle continentale : interdire la vente d’un appareil assemblé au Canada revient à pénaliser les fournisseurs américains qui en produisent les composants.
Une limite juridique s’ajoute à cette limite économique. La certification des aéronefs pour le marché américain relève de l’administration fédérale de l’aviation, non de la Maison Blanche. Les modalités d’exécution d’une telle interdiction demeurent de ce fait indéterminées.
La réaction canadienne a été immédiate. La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a déclaré que son gouvernement n’accepterait pas qu’un pays tiers dicte le lieu de production des entreprises comme condition d’accès à son marché.
L’épisode s’inscrit dans une escalade commerciale entre deux économies dont l’intégration est parmi les plus poussées au monde, et dont l’issue intéresse au-delà de l’Amérique du Nord : elle constitue un précédent sur la capacité d’un État à conditionner l’accès à son marché à la localisation de la production, question que les partenaires commerciaux des États-Unis, dont le Maroc au titre de l’accord de libre-échange de 2006, suivent avec attention.
LNT