Un centre du Technopark a fermé, affectant une cinquantaine de salariés. Des enseignes ont été retirées, des baux non renouvelés. La Fédération nationale des centres d’appels évalue à 10 000 le nombre d’emplois concernés, sur un secteur de 150 000 personnes. Les grands opérateurs diversifiés rappellent que la prospection sortante ne pèse que moins de 15% de leur activité.
Trois semaines après l’entrée en vigueur, le 11 août, de la loi française interdisant le démarchage téléphonique sans consentement préalable, les premiers effets sont mesurables sur le tissu marocain de l’externalisation.
Un centre implanté au Technopark a cessé son activité, affectant une cinquantaine de salariés. Le secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appels, Ayoub Saoud, relève que certaines entreprises ont déjà retiré leurs enseignes, signe qu’il juge parlant, et que d’autres n’ont pas renouvelé leurs baux commerciaux.
Les estimations d’emplois affectés varient considérablement selon les sources. La fédération avance le chiffre de 10 000 postes concernés. Les évaluations antérieures, émanant du ministère de l’Inclusion économique, portaient sur 40 000 à 50 000 emplois menacés, sur un secteur employant environ 150 000 personnes.
Cette dispersion des chiffres n’est pas seulement statistique. Elle recouvre un désaccord d’appréciation entre acteurs du secteur.
Le président de la Fédération marocaine de l’externalisation de services, Youssef Chraibi, maintient que la mesure ne concerne que la prospection commerciale non sollicitée, laquelle représente selon lui moins de 15% de l’activité des centres de contact. Les grands opérateurs diversifiés, positionnés sur le service client, les appels entrants et le support technique, sont effectivement peu exposés.
Les petites structures mono-activité n’ont pas cette souplesse. Sans clientèle diversifiée ni réserves de trésorerie, elles ne peuvent absorber la perte d’un donneur d’ordre unique. S’y ajoute une vulnérabilité sociale spécifique : les salariés non déclarés ne bénéficient d’aucune protection lorsque leur employeur cesse son activité, ce qui rend le décompte officiel des pertes d’emploi structurellement incomplet.
Un élément de méthode complique la mesure. La loi est entrée en vigueur en pleine période de congés, moment où l’essentiel des plateaux de prospection est à l’arrêt. Les effets réels ne seront donc lisibles qu’avec la reprise complète de l’activité, dans les semaines à venir.
Deux dynamiques se superposent enfin. Le secteur connaissait déjà une rotation de personnel élevée, pouvant atteindre 50% par an, et l’adoption des agents conversationnels automatisés réduit indépendamment la demande d’opérateurs humains sur les tâches standardisées. La loi française accélère une contraction déjà engagée plutôt qu’elle ne la déclenche.
Aucune mesure spécifique d’accompagnement ou de reclassement n’a été annoncée à ce stade pour les salariés concernés.
LNT
