Climat : incendies et canicules aggravent la pollution de l’air et les risques sanitaires

Par LNT
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Crédits photo : AFP

La multiplication des incendies de forêt et l’intensification des vagues de chaleur menacent les progrès réalisés en matière de qualité de l’air, alerte l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Dans son bulletin annuel, l’agence des Nations unies pointe notamment l’exposition croissante aux particules fines issues des incendies et la formation accrue d’ozone lors des épisodes de chaleur, deux phénomènes susceptibles d’avoir des conséquences importantes sur la santé.

Le réchauffement climatique pourrait rendre plus difficile l’amélioration de la qualité de l’air au cours des prochaines années. L’Organisation météorologique mondiale met en garde contre les effets conjugués des incendies de forêt et des canicules, dont la fréquence et l’intensité augmentent avec la hausse des températures.

Dans son nouveau bulletin annuel consacré à la qualité de l’air, l’OMM s’intéresse particulièrement aux particules fines PM2,5 et à l’ozone troposphérique. Le document examine également d’autres polluants et aérosols, parmi lesquels le carbone noir et les microplastiques présents dans l’atmosphère.

« La qualité de l’air et le changement climatique ne doivent pas être traités comme des sujets séparés. Si l’un se dégrade, l’autre se dégrade en même temps », explique Lorenzo Labrador, scientifique du réseau de Veille de l’atmosphère de l’OMM.

Des particules fines particulièrement toxiques

Les PM2,5 sont des particules dont le diamètre ne dépasse pas 2,5 microns. Leur petite taille leur permet de pénétrer profondément dans les poumons et, dans certains cas, de rejoindre la circulation sanguine.

L’OMM a comparé leur concentration en 2025 avec les niveaux observés sur la période 2003-2024. Si les réglementations adoptées notamment en Europe et en Amérique du Nord ont permis de réduire les émissions provenant de l’industrie et des transports, l’exposition aux particules fines générées par les incendies a, à l’inverse, augmenté.

« Là où il y a des feux de forêt qui sont assez forts, on y trouve qu’il y a pas mal de pollution de particules fines », relève Lorenzo Labrador.

Selon le scientifique, les particules produites par la combustion de la végétation lors des incendies de forêt seraient « beaucoup plus toxiques » que celles émises, par exemple, par les véhicules.

Le problème dépasse par ailleurs largement les zones directement touchées par les flammes. Transportées par les vents, les fumées peuvent dégrader la qualité de l’air à plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres des incendies et exposer des populations éloignées des foyers.

Une mortalité potentiellement sous-estimée

L’OMM estime que les méthodes actuelles d’évaluation des risques pourraient ne pas suffisamment prendre en compte la toxicité spécifique des fumées produites par les incendies.

Une étude épidémiologique citée dans le rapport montre ainsi que les modèles classiques reposant sur les seules concentrations de PM2,5 pourraient sous-estimer jusqu’à 93% la mortalité attribuable aux incendies.

L’organisation prévient également qu’il pourrait devenir « de plus en plus difficile » de respecter les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé sur la qualité de l’air à mesure que les conditions météorologiques favorables aux incendies extrêmes s’intensifieront.

Les canicules favorisent la formation d’ozone

Les incendies ne constituent pas la seule menace identifiée. L’OMM attire également l’attention sur l’ozone troposphérique, c’est-à-dire l’ozone présent au niveau du sol.

Contrairement à l’ozone de la haute atmosphère, qui protège la Terre d’une partie des rayonnements ultraviolets, l’ozone troposphérique constitue un polluant présentant des risques sanitaires.

Les vagues de chaleur favorisent sa formation. La hausse des températures, un fort rayonnement solaire et la stagnation de l’air créent des conditions propices à l’augmentation de sa concentration. Ce phénomène a notamment été observé lors des épisodes de chaleur récents en Europe.

Des études menées dans le sud-est des États-Unis, en Europe et en Chine mettent également en évidence cette relation entre fortes températures et concentrations d’ozone au niveau du sol.

Une exposition prolongée à ce polluant est associée à une augmentation de la mortalité, notamment en raison de maladies respiratoires. Selon l’OMM, l’accroissement de l’exposition pourrait entraîner des dizaines de milliers de décès supplémentaires.

Microplastiques et carbone noir également surveillés

Le rapport s’intéresse enfin aux microplastiques présents dans l’atmosphère. Leur concentration et leurs effets sanitaires restent toutefois difficiles à quantifier avec précision.

L’OMM souligne également le rôle du carbone noir, ou suie, notamment produit par les incendies. Une fois transportées dans l’atmosphère, ces particules peuvent se déposer sur les surfaces enneigées et glacées.

En assombrissant ces surfaces, elles diminuent leur capacité à réfléchir le rayonnement solaire et peuvent ainsi contribuer à leur réchauffement.

Pour l’OMM, l’évolution de la qualité de l’air apparaît donc de plus en plus liée à celle du climat : l’intensification des incendies augmente l’exposition aux particules fines, tandis que les épisodes de chaleur favorisent la formation d’ozone, renforçant parallèlement les risques pour la santé des populations.

LNT avec AFP

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