Argent de la drogue et élections : le parquet de Kénitra ouvre une enquête sur les propos d’un candidat

Par LNT
Présidence du ministère public 2

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, une phrase sur « 270 tonnes de drogue » capables d’acheter « le Parlement et le gouvernement », et une enquête judiciaire ouverte à trois semaines du scrutin.

Le Procureur général du Roi près la Cour d’appel de Kénitra a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une déclaration attribuée à un candidat aux prochaines élections législatives. Lors d’un rassemblement partisan, celui-ci aurait évoqué l’utilisation de fonds provenant d’une importante quantité de drogue pour influencer les opérations électorales.

Dans un communiqué, le parquet indique que le ministère public a ordonné cette enquête « dans le cadre des missions qui lui sont dévolues pour veiller au bon déroulement du scrutin », afin d’« élucider les circonstances de cette déclaration et de prendre les mesures juridiques qui s’imposent ». Objectif affiché : « garantir la bonne application de la loi et préserver l’intégrité du processus électoral ».

Une phrase devenue virale

Selon les extraits qui ont circulé, le candidat aurait affirmé, en référence à une saisie de 270 tonnes de drogue, que celui qui aurait écoulé une telle quantité pourrait acheter « non seulement une urne ou une commune rurale, mais l’urne, la commune, le Parlement et le gouvernement ». Une formule à la fois imagée et explosive, dont la portée exacte — dénonciation générale ou accusation visant des acteurs identifiés — fait précisément partie de ce que l’enquête devra établir.

Plusieurs médias ont attribué ces propos à un candidat d’une formation de l’opposition dans la circonscription de Kénitra. À ce stade, aucune source officielle n’a confirmé d’identité, et aucune poursuite n’a été engagée : l’intéressé demeure présumé innocent.

Le ministère public en première ligne du scrutin

L’initiative s’inscrit dans le dispositif de veille électorale que la justice déploie traditionnellement à l’approche des échéances. Le ministère public dispose d’un arsenal étendu en matière électorale : achat de voix, distribution de fonds ou de biens aux électeurs, financement occulte des campagnes, ou encore diffusion de fausses informations de nature à altérer la sincérité du scrutin — autant d’infractions relevant du code électoral et du code pénal.

Deux lectures sont possibles, et l’enquête devra trancher entre elles. Si les propos décrivent des faits réels, ils constitueraient un signalement d’une gravité majeure sur la pénétration de l’argent du trafic dans le jeu politique. S’ils relèvent de l’outrance de meeting, ils pourraient exposer leur auteur à des poursuites pour des déclarations mettant en cause l’intégrité du processus électoral sans fondement établi.

Un thème récurrent, une saison sensible

La question de l’argent sale dans les campagnes revient à chaque cycle électoral marocain, alimentée par les régions frontalières du Nord et par la persistance d’un financement politique difficile à tracer. Elle s’est cette fois invitée dans le débat par la voie la plus imprévisible : celle d’un candidat lui-même, filmé par un téléphone dans une salle de meeting.

L’enquête suit son cours. Ses conclusions, quelles qu’elles soient, seront scrutées bien au-delà de Kénitra.

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