Le président chinois a entamé mardi sa première visite en Égypte depuis 2016, à l’occasion des soixante-dix ans des relations diplomatiques entre les deux pays. Les investissements chinois cumulés atteignent environ 4,7 milliards de dollars et les échanges bilatéraux 11,3 milliards sur le premier semestre, en hausse de 21,5%. Un exercice aérien conjoint se déroule en parallèle.
La visite intervient dans un contexte régional dominé par la guerre au Moyen-Orient et par les mesures commerciales américaines. Elle marque le premier déplacement du président chinois en Égypte depuis dix ans.
L’empreinte physique de la Chine dans le pays est considérable et mesurable. La China State Construction Engineering Corporation a bâti le quartier des affaires de la nouvelle capitale administrative, comprenant vingt gratte-ciel, dont l’Iconic Tower, plus haute tour d’Afrique avec 385,8 mètres. Un métro léger relie l’est du Caire aux nouvelles agglomérations. Plus de deux cents entreprises opèrent dans la zone industrielle adossée au canal de Suez, où elles emploient plus de dix mille personnes directement.
Le volume des échanges progresse rapidement mais dans un déséquilibre marqué. Sur le premier semestre 2026, le commerce bilatéral atteint 11,3 milliards de dollars, en hausse de 21,5% sur un an. Les exportations égyptiennes vers la Chine s’élèvent à 840,8 millions de dollars, essentiellement des combustibles, des minerais, des fruits et du coton. Les importations depuis la Chine atteignent 10,4 milliards, composées de machines, de véhicules, d’acier et de produits chimiques.
Ce rapport de un à douze constitue la caractéristique structurelle de la relation. Il correspond au schéma que l’on retrouve dans la plupart des partenariats sino-africains : des investissements d’infrastructure financés par endettement, une position de fournisseur de biens manufacturés, et des exportations locales concentrées sur les matières premières et les produits agricoles.
Le volet militaire constitue l’élément nouveau de la séquence. La deuxième édition de l’exercice aérien conjoint dénommé Aigles de la civilisation se déroule sur des bases égyptiennes jusqu’au début septembre, avec des entraînements aux tactiques de combat, aux opérations de supériorité aérienne et aux missions de sauvetage. La coopération de défense entre Pékin et un allié historique de Washington au Moyen-Orient marque un déplacement d’équilibre que les capitales occidentales suivent avec attention.
Les priorités affichées pour la période 2024-2028 portent sur le transfert de technologies dans les véhicules électriques, l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables, les télécommunications et les sciences spatiales.
Le président chinois a par ailleurs appelé à combattre les ingérences au Moyen-Orient, formule qui vise sans les nommer les opérations militaires américaines dans la région et qui prolonge le positionnement de Pékin comme partenaire économique se tenant à l’écart des interventions armées.
Pour les pays du Maghreb, la séquence égyptienne fournit un point de comparaison utile. Elle illustre le modèle que la Chine propose aux économies africaines de taille intermédiaire, ainsi que ses limites, la balance commerciale constituant le paramètre à surveiller dans toute négociation de cette nature.
LNT
