Berlin a formellement attribué à la Russie la découverte d’un drone porteur d’explosifs près de l’aéroport de Leipzig et ferme le consulat russe de Bonn. Réunis à Wicklow, en Irlande, les ministres des Affaires étrangères de l’Union ont exprimé un large soutien à une interdiction de visas visant les militaires russes engagés depuis le début de la guerre en Ukraine.
Les deux séquences sont liées. Dans la nuit du 4 au 5 août, un drone porteur d’explosifs a été découvert près de l’aéroport de Leipzig-Halle, dans l’est de l’Allemagne, à proximité immédiate d’un avion cargo ukrainien. La police a fait intervenir un robot pour neutraliser l’engin. Un second appareil portant des traces d’explosifs a été retrouvé quelques semaines plus tard au même endroit.
Le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a indiqué que l’incident correspondait au schéma connu des opérations hybrides russes en Europe. Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a annoncé que Berlin agirait contre la Russie en tant qu’auteur de l’attaque hybride de Leipzig.
Les mesures annoncées sont graduées. Le consulat russe de Bonn sera fermé d’ici au 18 septembre et le centre culturel russe de Berlin cessera ses activités. Les contrôles frontaliers sur les ressortissants russes sont renforcés, la pression sur la flotte fantôme accentuée, et le dossier porté devant l’Alliance atlantique.
L’ambassade de Russie a rejeté catégoriquement des accusations qualifiées d’infondées, absurdes et contraires au bon sens, et averti que ces mesures représentaient une escalade sans précédent aux conséquences non précisées.
C’est dans ce contexte que les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept, réunis en format informel mercredi à Wicklow, en Irlande, ont abordé le dossier des visas. La haute représentante Kaja Kallas a fait état d’un large soutien à une interdiction d’entrée dans l’Union pour les anciens combattants russes et à un durcissement des restrictions de visas pour les touristes russes, en estimant qu’il n’est pas acceptable que des ressortissants russes bénéficient de l’hospitalité des pays européens pendant que leur pays mène des opérations militaires.
Le dispositif viserait les membres actuels et anciens des forces armées russes ayant servi depuis le début de la guerre en Ukraine. Onze États européens poussaient de longue date en ce sens, tandis que la France et l’Italie avaient objecté lors de négociations antérieures, faisant valoir qu’un examen au cas par cas surchargerait les consulats et ouvrirait la voie aux contentieux.
Le vingt et unième paquet de sanctions, adopté en juillet, avait posé la base juridique de cette interdiction, dont l’application avait été délibérément différée. La Commission européenne prévoit de présenter les mesures d’exécution en octobre.
L’épisode de Leipzig a donné une actualité pratique à ce débat : selon des informations de presse, l’un des suspects serait entré dans l’espace Schengen muni d’un visa italien, alors qu’il faisait l’objet d’un casier judiciaire dans des États baltes. La question posée n’est donc pas seulement politique mais administrative, celle du partage d’information entre consulats et services de police au sein d’un espace de libre circulation.
LNT
