Le Parti authenticité et modernité a présenté un programme articulé en cinq pactes, pour un coût de 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit environ 70 milliards par an. Il propose de ramener l’impôt sur le revenu de six à trois tranches et de plafonner son taux maximal à 20%. L’Union socialiste des forces populaires avance de son côté vingt engagements centrés sur la redistribution.
La précampagne entre dans sa phase de chiffrage. Deux formations ont rendu publics leurs engagements, avec des approches qui éclairent les lignes de fracture du débat qui s’ouvrira le 10 septembre.
Le programme du Parti authenticité et modernité, présenté le 1er septembre, s’organise autour de cinq pactes pour une enveloppe totale de 350 milliards de dirhams sur la législature 2027-2031. La ventilation par priorité place le pouvoir d’achat en tête, avec 150 milliards de dirhams, devant la citoyenneté à 100 milliards, la jeunesse et la sécurité stratégique à 50 milliards chacune.
Deux propositions y concentrent l’attention. La première porte sur la gratuité des factures d’électricité inférieures à 100 dirhams par mois, sans conditions, financée par une contribution de solidarité assise sur les ménages à consommation plus élevée. La seconde concerne la fiscalité : le nombre de tranches de l’impôt sur le revenu serait ramené de six à trois, et le taux marginal supérieur abaissé de 37% à 20%.
Sur l’emploi, le parti propose un programme national intégré ciblant les 2,9 millions de jeunes actuellement hors éducation, formation et emploi, en insistant sur des contrats formels assortis d’une couverture sociale.
Le schéma de financement repose sur trois blocs : 300 milliards de dirhams attendus des effets de croissance et de l’élargissement de l’assiette fiscale, 40 milliards de la contribution des collectivités territoriales et 10 milliards de la réallocation budgétaire et des gains d’efficience. L’ensemble suppose une croissance annuelle de 5% sur la période 2027-2031, contre 3,7% en moyenne antérieure.
Les autres engagements sectoriels portent sur six sociétés régionales de distribution pour la modernisation des circuits agricoles, un mix électrique renouvelable à 52% en 2031, 400 ouvrages hydrauliques et six stations de dessalement, ainsi que la formation de 5 000 spécialistes en intelligence artificielle.
L’Union socialiste des forces populaires a retenu une architecture différente. Ses vingt engagements, portés par le premier secrétaire Driss Lachgar, sont organisés autour de la notion de croissance équitable, avec un déplacement affiché de l’indicateur budgétaire vers l’indicateur d’impact : le revenu des ménages est présenté comme le critère d’évaluation des politiques publiques.
Le parti met en avant la justice territoriale, en proposant de réorienter l’investissement public vers les régions défavorisées, au motif que le lieu de résidence ne devrait pas déterminer l’accès à l’éducation, aux soins ou à l’emploi. Il avance également des mesures de gouvernance, dont la déclaration obligatoire de patrimoine, le renforcement de l’indépendance du Conseil de la concurrence, la revue périodique des exonérations fiscales et l’engagement des candidats à ne pas cumuler fonction publique et intérêts économiques liés.
Sur la participation des femmes, il part d’un constat statistique : quatre femmes marocaines en âge de travailler sur cinq demeurent hors du marché du travail.
La comparaison des deux offres fait apparaître un partage classique. L’une mise sur la croissance pour financer la redistribution, l’autre sur la redistribution comme condition de la croissance. Le débat portera sur la crédibilité des hypothèses macroéconomiques dans le premier cas, sur celle des mécanismes d’exécution dans le second.
LNT
