Climat : le Maroc affiche l’anomalie d’humidité des sols la plus sévère d’Afrique

Par LNT
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Un rapport conjoint de l’OCDE, du Global Green Growth Institute et de la Banque mondiale place le Royaume au premier rang des vingt-huit pays africains étudiés pour la sévérité du déficit d’humidité des sols agricoles. Le paradoxe est frappant : les réserves des barrages restent au double de leur niveau de l’an dernier, à 67,5% de remplissage au 1er septembre.

Le rapport, publié le 2 septembre, porte sur vingt-huit pays africains représentant environ 73% des émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie sur le continent. Il compare l’humidité de surface des sols agricoles mesurée entre 2020 et 2024 à la période de référence 1981-2010.

Sur cet indicateur, le Maroc présente l’anomalie la plus sévère de l’échantillon. Le Royaume affiche en revanche un profil favorable sur les autres métriques climatiques retenues : il compte moins de journées de stress thermique extrême que les pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, et une progression des précipitations extrêmes projetée à l’horizon du siècle plus modérée, ce qui le situe aux côtés de l’Égypte et de l’Afrique du Sud parmi les économies les plus résilientes sur ce plan. Il est par ailleurs cité comme référence en matière d’action climatique en Afrique du Nord.

La coexistence de ces deux constats mérite d’être explicitée, car elle est au cœur de la politique de l’eau du Royaume.

L’humidité des sols et le remplissage des barrages ne mesurent pas la même chose. Les retenues emmagasinent les écoulements de surface issus des précipitations hivernales, dans les bassins du Nord principalement. L’humidité des sols agricoles dépend, elle, de la répartition des pluies dans le temps, de la température et de l’évapotranspiration. Une année pluvieuse concentrée sur quelques épisodes remplit les barrages sans reconstituer durablement la réserve utile des sols, en particulier lorsque les températures estivales accélèrent l’évaporation.

L’état des stocks au 1er septembre illustre cette mécanique. Les réserves nationales s’élèvent à 11,49 milliards de mètres cubes, pour un taux de remplissage de 67,5%. Le repli depuis la mi-mai atteint 1,46 milliard de mètres cubes, le taux étant passé de 76% à 67,5%, avec un prélèvement mensuel supérieur à 400 millions de mètres cubes au titre de l’irrigation, de l’eau potable et de l’évaporation.

Le stock cumulé demeure néanmoins exactement au double de son niveau à la même date en 2025, ce qui offre une marge de sécurité inédite pour la campagne agricole qui s’ouvre et pour l’automne.

Les bassins les plus sollicités sont la Moulouya, passée de 73,7% à 56,46%, et le Tensift, qui perd quinze points, de 95% à 79,91%. Les deux principales retenues du pays ont mieux résisté : Al Wahda reste à 84,32% et Al Massira à 40,21%.

La conclusion opérationnelle du rapport ne porte pas sur le produit intérieur brut. Il fait dépendre la capacité d’adaptation des pays africains de la solidité institutionnelle, de l’accès aux données climatiques et du financement, trois domaines où le Maroc dispose d’une avance relative sur la région, mais où la qualité de l’information sur l’état réel des sols et des nappes reste le maillon le moins documenté.

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