CPI : l’ONU, l’UE et le Japon montent au créneau contre Washington

Par LNT
CPI

Vingt-quatre heures après les sanctions américaines visant Tomoko Akane, présidente de la Cour pénale internationale, le Haut-Commissariat de l’ONU en réclame la levée. Ursula von der Leyen et Antonio Costa expriment un soutien « ferme » à la magistrate. Tokyo, dont elle est ressortissante, juge la décision « très regrettable ».

La riposte diplomatique aux sanctions américaines contre la présidence de la Cour pénale internationale s’est organisée en moins d’une journée. Trois pôles, l’ONU, l’Union européenne et le Japon, ont pris publiquement position mercredi en faveur de Tomoko Akane, magistrate japonaise placée sous sanctions par Washington avec le substitut du procureur Abdoulaye Seye.

L’ONU demande la levée pure et simple

Le Haut-Commissariat des Nations unies a été le plus direct : « Les nouvelles sanctions inacceptables imposées par les États-Unis doivent être levées. » L’institution a appelé les États à défendre les institutions de défense des droits humains qu’ils ont eux-mêmes créées, formule qui vise moins Washington que les capitales tentées par le silence.

Bruxelles au plus haut niveau

Du côté européen, la réaction est venue des deux présidences. Ursula von der Leyen, à la tête de la Commission, et Antonio Costa, président du Conseil européen, ont exprimé un soutien « ferme » à Tomoko Akane, en insistant sur la nécessité pour elle d’agir « en toute indépendance et sans pression extérieure ».

L’Allemagne a de son côté réaffirmé l’importance de « défendre et protéger la CPI en tant qu’institution indépendante ». Aucune mesure de blocage européen, qui viserait à neutraliser les effets extraterritoriaux des sanctions américaines sur les acteurs européens, n’a en revanche été annoncée à ce stade.

Tokyo contraint de désavouer son allié

La position japonaise est la plus délicate. Tokyo a qualifié les sanctions de « très regrettables », en rappelant son soutien constant à la CPI pour la poursuite des crimes graves et le renforcement de l’État de droit. Une formulation diplomatiquement contenue, mais dont la publicité même signale l’inconfort d’un pays contraint de critiquer publiquement son principal partenaire de sécurité.

Le mobile reste israélien

Les sanctions font suite aux procédures engagées par la Cour contre des responsables israéliens, et notamment au mandat d’arrêt émis en 2024 contre le Premier ministre Benyamin Netanyahu pour crimes de guerre à Gaza. Le secrétaire d’État Marco Rubio a justifié la décision en qualifiant la CPI de « juridiction corrompue » ayant « abusé de son autorité ».

Un test pour le multilatéralisme judiciaire

L’épisode dépasse le cas individuel de deux magistrats. En frappant la présidence d’une juridiction à laquelle 125 États sont parties, Washington teste la capacité de ces derniers à défendre un édifice qu’ils ont construit.

Les déclarations de soutien, si fermes soient-elles, ne modifient pas la réalité opérationnelle : les personnes sanctionnées restent privées d’accès au système financier américain et au territoire des États-Unis. La question qui suivra est celle des moyens concrets que l’Union européenne et les États parties sont prêts à mobiliser au-delà du communiqué.

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