Le mouvement des avocats marocains contre le projet de loi 66.23 est entré dans son quatrième mois. La paralysie des tribunaux dépasse les cent jours. L’Association des barreaux du Maroc a convoqué une réunion extraordinaire le 5 septembre, dix-huit jours avant les législatives, et annonce un plan d’escalade.
C’est l’un des conflits sociaux les plus longs qu’ait connus le secteur de la justice au Maroc. La grève des avocats, engagée contre le projet de loi réformant leur profession, a franchi le cap des cent jours de paralysie des tribunaux, sans qu’aucune issue négociée ne se dessine.
Suspension totale, y compris de l’aide judiciaire
L’Association des barreaux du Maroc a confirmé le maintien de la suspension totale des services professionnels, aide judiciaire comprise. Cette dernière précision est lourde de conséquences : elle prive d’assistance les justiciables les moins solvables, ceux-là mêmes que le dispositif est censé protéger.
Quatre griefs contre le texte
Les avocats reprochent au gouvernement d’avoir écarté la profession d’une véritable concertation, violé des engagements antérieurs, porté atteinte à l’indépendance et à l’immunité des avocats, et empiété sur l’autorégulation professionnelle.
Le parcours parlementaire du texte a d’ailleurs été mouvementé. Adopté par la Chambre des représentants en mai, il a fait l’objet d’une seconde lecture, la Chambre rétablissant en juillet la limite d’âge de 45 ans pour l’accès à la profession, l’un des points les plus disputés du projet.
Une réunion extraordinaire calée juste avant le scrutin
L’Association a convoqué une réunion extraordinaire le 5 septembre 2026, en annonçant la mise en œuvre d’un plan d’escalade et l’activation de différentes formes de protestation. La date n’a rien d’anodin : elle place l’échéance dix-huit jours avant les législatives du 23 septembre, à un moment où la sensibilité politique du dossier est à son maximum.
Un ministre face à sa propre corporation
La séquence place Abdellatif Ouahbi dans une position singulière. Ministre de la Justice et lui-même avocat, il est investi par le PAM comme candidat au scrutin du 23 septembre. Le conflit l’oppose donc frontalement à la profession dont il est issu, à quelques semaines d’une échéance électorale.
L’argument de fond porté par le barreau
L’Association place volontairement le débat au-delà de la défense d’intérêts catégoriels : elle affirme que sa mobilisation relève de la défense de la place du barreau dans l’État de droit, présentée comme une garantie des droits des citoyens.
Un positionnement qui vise à contrer la lecture corporatiste du mouvement, mais qui se heurte à une réalité concrète soulignée par la Fédération marocaine des droits du consommateur : détenus et justiciables sont les victimes collatérales d’un blocage dont ils ne sont pas parties prenantes.
LNT