Agriculture de conservation: 85 000 hectares sur le million visé pour 2030

Par LNT
agriculture de conservation

Le Maroc visait un million d’hectares en agriculture de conservation à l’horizon 2030. Une étude portant sur 3 589 exploitations dans neuf régions établit que le pays reste très loin de cette trajectoire. Le frein principal n’est ni le climat ni la géographie, mais l’accès aux semoirs et au financement.

Lancé dans le cadre de la stratégie Génération Green, l’objectif était clair : convertir un million d’hectares de céréaliculture au semis direct d’ici 2030, avec un palier intermédiaire de 200 000 hectares en 2025. La réalité du terrain est nettement en retrait. En 2022-2023, les surfaces effectivement conduites en semis direct s’établissaient à environ 85 000 hectares.

Une étude de terrain sur près de 3 600 exploitations

Le diagnostic provient d’une recherche conjointe conduite par le CIHEAM-IAMM, l’ICARDA et l’Institut Hassan II, associés à des partenaires internationaux. Le travail a porté sur 3 589 exploitations agricoles réparties sur neuf régions du Royaume, un échantillon suffisamment large pour établir une typologie fine des situations.

Quatre profils d’exploitations, des capacités très inégales

L’étude distingue quatre catégories. Les céréaliculteurs équipés en irrigation localisée constituent le groupe le plus nombreux, à 30,4% de l’échantillon, suivis des petites exploitations de subsistance (30,2%), des exploitations diversifiées (21,6%) et des céréaliculteurs spécialisés (17,7%).

L’indice de préparation à l’adoption du semis direct varie considérablement d’un profil à l’autre : 49,8% pour les céréaliculteurs irrigués, 32,4% pour les diversifiés, 28,8% pour les petites exploitations de subsistance et seulement 10,6% pour les céréaliculteurs spécialisés. Autrement dit, le groupe théoriquement le plus concerné par la technique est aussi le moins prêt à l’adopter.

Le matériel, obstacle cité par 99% des exploitants diversifiés

Le verdict de l’étude est sans ambiguïté sur la nature du blocage. Le manque de matériel adapté est cité comme contrainte dominante par 99% des exploitants d’exploitations diversifiées. La disponibilité des semoirs de semis direct et l’accès au crédit pèsent davantage que les paramètres agroclimatiques dans la décision d’adopter ou non la technique.

Un constat qui déplace le débat : le semis direct n’échoue pas parce qu’il serait inadapté aux conditions marocaines, mais parce que les petits producteurs n’ont pas les moyens de s’équiper.

L’écart le plus troublant : savoir sans savoir faire

Une donnée résume à elle seule la difficulté. Au sein du groupe le mieux préparé, 77,5% des exploitants déclarent connaître les principes de l’agriculture climato-intelligente. Mais seuls 1,9% possèdent une connaissance pratique des techniques de conservation.

Un écart de près de 76 points entre la notoriété du concept et la maîtrise du geste, qui pointe une défaillance de l’accompagnement technique plutôt qu’un déficit de sensibilisation.

Un enjeu qui dépasse la seule productivité

Le semis direct présente un triple intérêt dans le contexte marocain : réduction du travail du sol donc de la consommation de carburant, meilleure conservation de l’humidité dans les sols, et limitation de l’érosion. Autant de bénéfices déterminants dans un pays où la valeur ajoutée agricole conditionne encore directement le taux de croissance national, attendu à 5,2% en 2026 grâce à un rebond agricole de 16%, avant un retour à 3,1% en 2027.

Les recommandations de l’étude convergent vers trois leviers : des mécanismes de financement de l’équipement, un accès mutualisé aux machines, et des schémas de crédit conçus pour les petites exploitations.

 

LNT

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