Un décret du 30 juillet crée une prime transitoire versée aux ménages qui perdent leur éligibilité à l’Aide sociale directe après avoir accédé à un emploi déclaré. Son montant équivaut à l’aide perçue jusque-là, pour une durée maximale de douze mois. Objectif : lever le frein qui poussait certains bénéficiaires à refuser la formalisation.
C’est une correction technique aux implications économiques considérables. Le décret n° 2.26.434, publié le 30 juillet 2026 et modifiant la loi n° 58.23 relative à l’Aide sociale directe (ASD), instaure une prime exceptionnelle destinée aux ménages qui sortent du dispositif parce que l’un de leurs membres a trouvé un emploi déclaré dans le secteur privé.
Le problème que la mesure entend résoudre
Le mécanisme corrige ce que les économistes appellent une trappe à inactivité. Jusqu’ici, un bénéficiaire de l’ASD qui acceptait un emploi formel perdait immédiatement son allocation — avec le risque, si le salaire s’avérait proche du montant de l’aide ou l’emploi précaire, de se retrouver perdant. La rationalité individuelle poussait donc soit à refuser l’emploi, soit à privilégier le travail non déclaré, contraire à l’objectif de formalisation de l’économie.
Le décret nomme explicitement ce frein : la « crainte de perdre immédiatement leur aide » constituait un obstacle à l’acceptation d’emplois déclarés.
Le dispositif : montant identique, douze mois maximum
La prime est calibrée simplement : son montant correspond exactement à l’aide sociale directe perçue précédemment. Elle peut être maintenue pendant douze mois au maximum, sur des périodes consécutives ou discontinues.
Les conditions d’éligibilité sont resserrées : le chef de ménage ou l’un des conjoints doit être déclaré au régime de sécurité sociale du secteur privé, et la prime n’est accordée qu’une seule fois. En contrepartie, un filet de sécurité est prévu : en cas de perte involontaire d’emploi, le ménage est directement réintégré au dispositif de l’ASD, sans nouvelle procédure d’instruction.
Les demandes s’effectuent via la plateforme en ligne www.asd.ma.
Un dispositif à l’échelle de 12,5 millions de bénéficiaires
L’ampleur du programme donne la mesure de l’enjeu. L’Aide sociale directe couvre 12,5 millions de bénéficiaires pour un budget de 51 milliards de dirhams — l’un des plus vastes dispositifs de transferts sociaux jamais déployés au Maroc, pilier de la généralisation de la protection sociale engagée depuis 2021.
Sur une telle base, même un effet marginal sur les transitions vers l’emploi formel se traduirait par des volumes significatifs : élargissement de l’assiette des cotisations sociales, réduction du travail informel, et à terme allègement de la charge du dispositif lui-même.
Une pièce du puzzle emploi
La mesure s’inscrit dans un contexte où la question de l’emploi domine l’agenda. Elle intervient alors que les partis en campagne pour les législatives du 23 septembre font de l’emploi des jeunes l’une de leurs priorités affichées, et que l’Organisation internationale du travail situe le chômage des jeunes en Afrique du Nord à 22,6% — deuxième taux régional mondial. Reste à mesurer, dans les prochains mois, si le dispositif produit réellement les transitions attendues : c’est l’évaluation, plus que le décret, qui dira si la trappe a été refermée.
LNT
