Depuis dimanche soir, le gasoil a pris 65 centimes par litre tandis que l’essence en a cédé 30. Le litre de diesel passe autour de 14,95 dirhams, l’essence à 14,94 — soit un croisement des courbes inédit. La divergence relance les interrogations sur la répartition des marges dans la filière.
Les automobilistes marocains ont découvert de nouveaux tarifs à la pompe dès dimanche 16 août, 23h50. Le gasoil 10 ppm a été majoré de 0,65 dirham par litre, portant son prix aux alentours de 14,95 dirhams, contre environ 14,30 précédemment. Dans le même temps, le super sans plomb a reculé de 0,30 dirham, à environ 14,94 dirhams — les prix variant selon les régions et les points de vente.
Un croisement des courbes rarement observé
Le fait marquant est là : pour la première fois depuis longtemps, le gasoil se retrouve pratiquement au même niveau que l’essence, voire légèrement au-dessus. Un renversement notable dans un pays où le diesel est traditionnellement resté le carburant le moins cher — et où il équipe la majorité du parc automobile, particulièrement dans le transport de marchandises et de voyageurs.
Pour le gasoil, il s’agit de la troisième hausse consécutive depuis la mi-juillet. La révision précédente, intervenue deux semaines plus tôt, avait vu les deux carburants augmenter d’un dirham par litre.
Une divergence qui s’explique par le raffiné, pas par le brut
La mécanique de cette divergence tient à la structure du marché international. Les prix à la pompe marocains sont indexés non sur le baril de brut mais sur les cotations internationales des produits raffinés — gasoil et essence formant deux marchés distincts, avec leurs propres équilibres offre-demande.
Or les tensions sur l’approvisionnement en distillats moyens, aggravées par le conflit au Moyen-Orient depuis février 2026, pèsent plus fortement sur le gasoil que sur l’essence. À quoi s’ajoutent les conditions d’approvisionnement nationales, le Maroc important l’intégralité de ses produits raffinés depuis l’arrêt de la raffinerie de Mohammedia.
Le débat sur les marges des distributeurs relancé
Chaque révision ravive une controverse ancienne : celle de la répartition de la valeur entre le prix international, les taxes et les marges des distributeurs. Depuis la libéralisation du secteur, la question de la transparence de la formation des prix revient régulièrement dans le débat public, portée par les associations de consommateurs et par une partie du champ politique.
Un poids direct sur le budget des ménages à la rentrée
L’arithmétique est brutale pour les ménages. Le gasoil constitue le carburant dominant du transport collectif et du fret : son renchérissement se diffuse mécaniquement aux prix des déplacements et à ceux des biens de consommation. Le calendrier n’aide pas — la séquence intervient à quelques semaines de la rentrée scolaire, période de dépenses incompressibles.
Le tout dans un contexte où l’inflation reste officiellement modérée — Bank Al-Maghrib prévoit 1,5% en moyenne en 2026 — mais où la consommation des ménages n’a progressé que de 1,2% l’an dernier, quand le PIB avançait de 4,9%. L’écart entre performance macroéconomique et pouvoir d’achat ressenti reste l’un des thèmes centraux de la campagne des législatives du 23 septembre.
