Financements innovants : après 109 milliards de dirhams mobilisés, l’État prépare la sortie

Par LNT
MEF

Le ministère des Finances construira le projet de loi de finances 2027 sans recourir aux financements innovants, un an avant l’échéance annoncée. Un mécanisme qui aura permis de lever plus de 109 milliards de dirhams depuis 2019, mais dont le coût locatif commence à peser sur le budget.

C’est l’un des dossiers les plus scrutés de la prochaine construction budgétaire. Le gouvernement s’apprête à bâtir le PLF 2027 sans s’appuyer sur les financements innovants, ce mécanisme devenu en quelques années un pilier discret mais central du financement de l’investissement public au Maroc. L’extinction, initialement programmée à l’horizon 2028, interviendrait ainsi avec un an d’avance.

Un montage inspiré du lease-back sur les actifs de l’État

Le principe est simple dans son architecture, complexe dans ses implications. L’État cède temporairement des actifs publics — hôpitaux, universités, tribunaux, bâtiments administratifs — à des investisseurs institutionnels, avant de les reprendre en location longue durée. Les acquéreurs sont pour l’essentiel des institutions publiques ou parapubliques : la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), la Caisse marocaine des retraites (CMR) et, depuis 2024, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), chacune opérant via un organisme de placement collectif immobilier (OPCI).

Conformément aux normes du FMI, ces opérations sont comptabilisées comme des recettes et non comme du financement, ce qui a permis d’améliorer optiquement les soldes budgétaires successifs — un point régulièrement soulevé par les analystes.

Une montée en puissance spectaculaire, puis le reflux

Les montants mobilisés racontent la trajectoire du dispositif. En 2023, les financements innovants avaient rapporté 25,4 milliards de dirhams portant sur 175 bâtiments. L’année suivante, le montant grimpait à 35,3 milliards de dirhams pour 592 bâtiments, un record. Au total, plus de 109 milliards de dirhams ont été levés depuis 2019.

Les prévisions pour 2025 et 2026 tablaient encore sur environ 35 milliards de dirhams par an, avant un reflux attendu à 25 milliards en 2027. C’est cette trajectoire descendante que le ministère des Finances entend désormais anticiper.

Le coût locatif, revers de la médaille

Car le mécanisme a un prix. Les charges locatives supportées par l’État au titre de ces actifs cédés puis reloués atteignaient environ 7 milliards de dirhams en 2025 — un montant appelé à s’inscrire durablement dans les dépenses de fonctionnement, alors même que les recettes exceptionnelles, elles, sont vouées à disparaître.

Le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, avait alerté sur cette équation : « Dans la programmation budgétaire triennale 2026-2028, ce montant devra diminuer. » Un avertissement désormais pris en compte.

Un PLF 2027 sous contrainte

Le PLF 2027 devra donc trouver ailleurs les marges de manœuvre perdues. La circulaire adressée aux ministres fixe un cap exigeant : un déficit budgétaire ramené à 3% du PIB et une dette publique contenue à 65%. Le gouvernement mise sur un resserrement des dépenses de fonctionnement, la préservation de l’effort d’investissement et, sur le volet fiscal, sur l’amélioration du rendement de l’impôt sans relèvement des taux. Un exercice d’équilibriste, dans un contexte où le déficit commercial s’est par ailleurs creusé de 23,5% au premier semestre.

 

LNT

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