Le déficit commercial marocain s’est creusé de 23,5% à fin juin 2026, sous l’effet d’importations qui progressent près de deux fois plus vite que les exportations. Le taux de couverture recule à 56,8%, contre 59,6% un an plus tôt.
Les derniers chiffres de l’Office des changes confirment une tendance qui inquiète depuis plusieurs mois les observateurs de l’économie marocaine : le déséquilibre des échanges extérieurs s’accentue. Au premier semestre 2026, le déficit commercial a atteint 198,38 milliards de dirhams (MMDH), contre 160,58 MMDH un an auparavant, soit une dégradation de 23,5%.
En cause, un effet ciseau classique mais marqué : les importations ont bondi de 15,3% pour s’établir à 458,77 MMDH, tandis que les exportations n’ont progressé que de 9,7%, à 260,39 MMDH. Résultat, le taux de couverture — c’est-à-dire la part des importations financée par les recettes d’exportation — recule à 56,8%, son niveau le plus faible depuis 2018.
Une facture énergétique et d’équipement qui s’alourdit
Le détail des importations montre que la facture énergétique reste le principal facteur de tension : les achats d’énergie et de lubrifiants ont grimpé de 28,9%, pour atteindre 68,58 MMDH. Les biens d’équipement, souvent liés aux grands projets d’investissement en cours dans le Royaume, progressent eux aussi fortement (+21,2%, à 112,34 MMDH), tandis que les produits bruts s’envolent de 37,7%. Les produits finis de consommation suivent la même dynamique haussière (+14,2%, à 111 MMDH).
Des exportations tirées par l’automobile et l’aéronautique, mais des filières en repli
Côté exportations, les secteurs à forte valeur ajoutée continuent de porter la croissance : l’automobile, premier secteur exportateur du Royaume, affiche des ventes de 93,65 MMDH (+17,4%), et l’aéronautique poursuit sa progression (+19,3%, à 17,32 MMDH). L’agriculture et l’agroalimentaire suivent une trajectoire plus modérée (+5,7%, à 52,38 MMDH).
En revanche, deux piliers traditionnels marquent le pas. Les phosphates et dérivés, longtemps moteur des recettes extérieures, reculent de 2,3% à 45,42 MMDH, pénalisés par la volatilité des cours mondiaux. Le textile et le cuir accusent, eux, un repli plus marqué de 6,5%, à 21,6 MMDH, signe des difficultés persistantes de la filière face à la concurrence internationale.
Un déficit à surveiller à l’approche de la loi de finances 2027
Cette dégradation du solde commercial intervient alors que le gouvernement prépare ses arbitrages budgétaires pour 2027, dans un contexte déjà marqué par la fin annoncée des mécanismes de financement innovants. Si la résilience de l’automobile et de l’aéronautique confirme la montée en gamme de l’appareil exportateur marocain, la dépendance persistante aux importations énergétiques et d’équipement continuera de peser sur la balance commerciale, sauf accélération sensible des exportations dans les mois à venir.
LNT
