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Stabilité financière : un système résilient face à des risques en mutation

Par LNT
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Les autorités financières marocaines, étaient réunies pour la première fois devant la presse pour présenter leur dernier rapport, globalement rassurant, sur la stabilité du système financier national. Banques, assurances et marchés de capitaux ont continué de renforcer leur solidité en 2025, dans un contexte marqué par une reprise de la croissance, une inflation maîtrisée et un environnement monétaire plus favorable. Les responsables de Bank Al-Maghrib (BAM), de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) soulignent toutefois que les tensions géopolitiques, les déséquilibres des régimes de retraite et l’émergence de nouveaux risques, notamment liés à l’intelligence artificielle, imposent de maintenir une vigilance élevée.

Treizième édition d’un exercice conduit conjointement par Bank Al-Maghrib, l’ACAPS et l’AMMC, le Rapport sur la stabilité financière a été présenté lors d’une conférence de presse réunissant Touria Dahani, directrice de la Surveillance macroprudentielle à Bank Al-Maghrib, Amal Souifi, directrice de la Régulation et de la Normalisation des assurances à l’ACAPS, Mimoun Zbayer, directeur de la Prévoyance sociale à l’ACAPS, et Ikhlas Mettioui, directrice de la Gestion d’actifs et de la Protection de l’épargne à l’AMMC, le document offre une photographie détaillée de la résilience du système financier national.

Au-delà du diagnostic annuel, les trois autorités ont également présenté les évolutions de leur dispositif de coopération. Celui-ci s’appuie sur le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques (CCSRS), institué par la loi bancaire, qui assure la coordination entre les différentes autorités de supervision. Cette architecture a été renforcée par une feuille de route commune couvrant la période 2026-2030, destinée à améliorer les capacités d’anticipation, de partage d’informations, de gestion des crises et de développement des outils macroprudentiels.

Un contexte économique plus favorable malgré les incertitudes internationales

L’analyse macroéconomique fait apparaître une amélioration sensible de l’environnement national en 2025. Après plusieurs années marquées par les chocs inflationnistes, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les effets des sécheresses successives, l’économie marocaine bénéficie d’un redressement de l’activité, soutenu par une reprise agricole significative, une progression des investissements et une consommation intérieure plus dynamique.

Cette évolution intervient toutefois dans un environnement international qui demeure incertain. Les perspectives de croissance mondiale restent modérées, tandis que les tensions géopolitiques, les conflits régionaux et les risques liés au commerce international continuent d’alimenter l’incertitude sur les marchés financiers et les flux de capitaux. Les autorités estiment néanmoins que ces facteurs n’ont pas remis en cause, à ce stade, les fondamentaux du système financier marocain.

Selon Touria Dahani, l’approche macroprudentielle consiste précisément à détecter ces vulnérabilités avant qu’elles ne deviennent systémiques. Elle rappelle que les travaux menés conjointement par les trois autorités reposent désormais sur des échanges de données renforcés, des exercices réguliers de stress tests et une amélioration continue des outils de modélisation des risques.

Des banques qui confortent leur solidité

L’un des principaux enseignements du rapport concerne la robustesse du secteur bancaire marocain. Les indicateurs prudentiels demeurent largement supérieurs aux exigences réglementaires, tandis que les banques ont continué d’améliorer leur rentabilité au cours de l’exercice 2025.

Cette amélioration s’explique notamment par la progression du produit net bancaire, la normalisation progressive du coût du risque et la poursuite du développement du crédit. Les ratios de solvabilité et de liquidité restent confortables, permettant au secteur bancaire d’absorber d’éventuels chocs économiques.

Les autorités soulignent également que les établissements poursuivent leurs efforts d’adaptation aux nouvelles exigences prudentielles internationales, tout en intégrant progressivement les risques liés au changement climatique et à la cybersécurité dans leurs dispositifs de gestion.

Cette situation permet au système bancaire de continuer à financer l’économie tout en conservant des marges de sécurité importantes, élément jugé essentiel dans un contexte où les risques internationaux demeurent élevés.

Une gouvernance macroprudentielle renforcée

Au-delà de la seule surveillance bancaire, le rapport met en avant le renforcement continu du dispositif institutionnel marocain en matière de stabilité financière.

Le CCSRS, dont le secrétariat est assuré par Bank Al-Maghrib, coordonne les travaux de BAM, de l’ACAPS et de l’AMMC autour de plusieurs missions : analyse des risques systémiques, supervision des institutions d’importance systémique, coordination des actions de résolution de crise et développement des outils macroprudentiels.

La nouvelle feuille de route interautorités 2026-2030 prévoit notamment le développement d’un cadre analytique commun, le renforcement du partage sécurisé des données financières ainsi qu’une amélioration des dispositifs de communication et de sensibilisation autour des questions de stabilité financière.

Des risques nouveaux à surveiller

Si le constat général demeure favorable, les autorités insistent sur l’apparition de nouveaux facteurs de risque.

Interrogée lors de la conférence de presse sur les conséquences de l’essor de l’intelligence artificielle sur les marchés financiers, Ikhlas Mettioui a expliqué que cette thématique figure désormais parmi les préoccupations des régulateurs internationaux.

Elle rappelle que l’Organisation internationale des commissions de valeurs (IOSCO) considère désormais les valorisations liées aux entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle comme un risque émergent.

Selon elle, les montants considérables investis dans certaines sociétés technologiques peuvent favoriser des phénomènes de concentration et la formation de bulles spéculatives susceptibles de provoquer des corrections brutales sur les marchés internationaux.

« Le marché marocain aujourd’hui est protégé de ces phénomènes », a-t-elle indiqué, tout en soulignant que les perturbations observées sur les marchés internationaux peuvent néanmoins avoir des répercussions indirectes sur les marchés nationaux.

À ces nouveaux risques s’ajoutent les tensions géopolitiques, régulièrement citées parmi les principaux facteurs d’incertitude susceptibles d’affecter la stabilité financière mondiale.

Un secteur des assurances en croissance, porté par l’épargne

Le rapport souligne également la bonne tenue du secteur des assurances et de la réassurance en 2025. L’activité a poursuivi sa progression, soutenue à la fois par les branches non-vie et par le développement continu de l’assurance vie, dans un contexte de reprise des marchés financiers et d’amélioration de la confiance des épargnants.

Lors de la conférence de presse, Amal Souifi a indiqué que le chiffre d’affaires du secteur avait progressé de 8,4 % en 2025, une évolution principalement portée par l’activité épargne. Si les contrats libellés en dirhams demeurent largement majoritaires, les contrats en unités de compte ont enregistré une progression particulièrement soutenue.

Selon elle, cette évolution reflète avant tout la bonne performance des marchés financiers.

« Les gens, quand ils ont vu que le marché s’est amélioré, penchent davantage pour les unités de compte parce qu’elles offrent un rendement potentiellement supérieur », a-t-elle expliqué, estimant que cette dynamique s’explique essentiellement par l’amélioration des performances boursières.

Cette tendance traduit une diversification progressive des comportements d’épargne des ménages, qui s’orientent davantage vers des supports offrant une exposition aux marchés financiers, même si ces produits demeurent plus sensibles aux fluctuations des marchés.

Au-delà de ces évolutions conjoncturelles, l’ACAPS poursuit également un chantier plus structurel destiné à accroître la pénétration de l’assurance au Maroc.

Amal Souifi a ainsi rappelé qu’une étude stratégique a permis d’identifier vingt et un leviers d’action visant à renforcer le rôle économique du secteur. Parmi les principales orientations figurent le développement de produits mieux adaptés aux besoins des populations encore insuffisamment couvertes, le renforcement de l’inclusion assurantielle ainsi que l’extension progressive de certaines assurances obligatoires.

Selon elle, cette feuille de route doit permettre d’améliorer durablement le taux de pénétration de l’assurance tout en consolidant la contribution du secteur au financement de l’économie.

Les retraites restent le principal point de vigilance

Si les banques et les assurances présentent des indicateurs globalement favorables, les régimes de retraite continuent de constituer le principal facteur de vulnérabilité identifié dans le rapport.

Mimoun Zbayer a rappelé que le vieillissement de la population demeure le déterminant majeur de la dégradation progressive des équilibres financiers des caisses de retraite.

Selon lui, le rapport démographique moyen s’établit aujourd’hui à 4,7 actifs pour un retraité, mais cette moyenne masque d’importantes disparités entre les différents régimes. Alors que la CNSS conserve encore un ratio compris entre sept et huit cotisants pour un pensionné, plusieurs autres régimes se situent déjà autour de deux actifs seulement pour un retraité.

Le responsable de l’ACAPS insiste également sur l’allongement continu de l’espérance de vie. À 60 ans, celle-ci est passée d’environ quinze années dans les années 1980 à plus de vingt-deux ans aujourd’hui, ce qui augmente mécaniquement la durée pendant laquelle les pensions doivent être versées.

À cette évolution démographique s’ajoute la baisse du taux de fécondité, désormais inférieur au seuil nécessaire au renouvellement des générations. Selon Mimoun Zbayer, cette transformation intervient au Maroc dans un laps de temps beaucoup plus court que celui observé dans plusieurs pays européens, ce qui accentue la pression sur les équilibres actuariels.

Les projections réalisées par l’autorité de contrôle reposent sur plusieurs paramètres — évolution démographique, recrutement, marché du travail, progression des salaires ou encore espérance de vie — qui font l’objet d’un suivi annuel.

« Un régime de retraite doit être piloté de très près », a-t-il souligné, estimant que des ajustements réguliers sont indispensables pour préserver sa viabilité financière sur le long terme.

Interrogé sur les effets des réformes déjà engagées, Mimoun Zbayer a indiqué que les dernières mesures avaient permis de prolonger l’horizon de viabilité de certains régimes d’environ trois années, tout en rappelant que de nouvelles réformes demeureront nécessaires.

Des marchés de capitaux en pleine évolution

L’Autorité marocaine du marché des capitaux a, pour sa part, mis l’accent sur les évolutions réglementaires destinées à accompagner la modernisation du marché financier.

Parmi les principaux chantiers figure la mise en œuvre de la nouvelle loi relative aux organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), qui ouvre notamment la voie à l’introduction des fonds indiciels cotés (ETF).

Ikhlas Mettioui a expliqué que les projets d’arrêtés nécessaires à l’application de la loi ont déjà été transmis au ministère de l’Économie et des Finances, tandis que les circulaires de l’AMMC sont en cours d’élaboration.

Parallèlement, un groupe de travail réunissant l’ensemble des acteurs du marché — sociétés de gestion, Bourse de Casablanca, banques dépositaires, dépositaire central et sociétés de bourse — travaille actuellement sur les prérequis opérationnels nécessaires au lancement des premiers ETF.

L’objectif affiché est de permettre l’introduction de ces nouveaux instruments avant la fin de l’année ou au début de l’année suivante, sous réserve de l’achèvement du processus réglementaire.

Pour l’AMMC, ces nouveaux véhicules d’investissement devraient contribuer à enrichir la gamme de produits disponibles, à renforcer la profondeur du marché et à améliorer progressivement sa liquidité.

Une stabilité confortée, mais une vigilance maintenue

Au terme de cette présentation, les trois autorités dressent donc un constat globalement rassurant. La reprise économique, l’amélioration de la situation financière des établissements bancaires, la progression de l’activité d’assurance et la bonne tenue des marchés contribuent à renforcer la résilience du système financier marocain.

Dans le même temps, les responsables soulignent que les risques évoluent rapidement. Les tensions géopolitiques, les mutations technologiques, les incertitudes pesant sur l’économie mondiale ainsi que les défis démographiques imposent une adaptation permanente des dispositifs de surveillance.

C’est précisément dans cette optique que s’inscrit la nouvelle feuille de route interautorités 2026-2030. Celle-ci vise à approfondir la coopération entre Bank Al-Maghrib, l’ACAPS et l’AMMC autour d’objectifs communs : renforcer les capacités d’analyse, développer les outils macroprudentiels, améliorer le partage sécurisé des données et consolider les mécanismes de prévention et de gestion des crises.

Treize ans après la publication de la première édition du Rapport sur la stabilité financière, les autorités estiment ainsi disposer d’un dispositif de surveillance désormais mature, capable d’accompagner le développement du secteur financier tout en anticipant les risques susceptibles d’affecter sa stabilité. Le message demeure néanmoins prudent : si les fondamentaux apparaissent solides, la stabilité financière reste un objectif qui exige une veille permanente et une capacité d’adaptation continue face à un environnement économique et financier en constante évolution.

Selim Benabdelkhalek

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