Bruxelles a accusé vendredi le réseau social TikTok de manquer à ses obligations en matière de protection des mineurs, créant des risques de cyberharcèlement et d’exposition à d’éventuels prédateurs, ce qui pourrait lui valoir une amende potentiellement élevée.
La Commission reproche à l’application plébiscitée des jeunes pour ses vidéos ultra-courtes d’avoir mis en place des paramètres de confidentialité pour adolescents qui ne protègent pas suffisamment ces derniers.
« Les comptes pour adolescents sur TikTok disposent de plus de 50 mesures de confidentialité et de sécurité configurées par défaut, conformément à des avis d’experts, dès leur création », a réagi un porte-parole de la plateforme, soulignant que l’application était l’une des seules à interdire certaines fonctionnalités aux plus jeunes, comme les messages directs.
« Nous partageons l’objectif de protéger les mineurs en ligne, et nous sommes déterminés à poursuivre notre solide processus d’améliorations continues », a ajouté l’entreprise, qui assure qu’elle continuera de travailler de manière « constructive » avec la Commission.
TikTok, propriété du groupe chinois ByteDance, a mis en place des réglages spécifiques pour les 13-17 ans, en vue de les protéger contre les internautes malveillants.
Par défaut, leurs comptes sont configurés en mode privé, le statut le plus protecteur, avec des fonctionnalités plus complètes accessibles à partir de 16 ans.
Mais les mineurs peuvent à tout moment basculer leurs comptes en mode « public », souligne Bruxelles, permettant alors à n’importe qui de voir leurs publications.
Cela pose des risques de cyberharcèlement et expose les utilisateurs à des contacts non sollicités, y compris de la part de personnes malintentionnées.
Et même en mode privé, de tels risques subsistent, via les fonctions de suivi et les listes de « followers », qui peuvent permettre de consulter les photos de profil et les comptes censés rester privés, déplore la Commission européenne.
– TikTok appelé à modifier ses réglages –
Autant de situations qui contreviennent aux obligations découlant du DSA, prévient Bruxelles, qui enquête sur le respect de ces règles par TikTok depuis février 2024.
« En vertu du DSA, les plateformes accessibles aux mineurs doivent garantir un niveau élevé de confidentialité et de sécurité », rappelle l’exécutif européen.
La Commission ajoute avoir conclu « à titre préliminaire » que « les réglages des comptes TikTok ne remplissent pas ces obligations, car ils exposent trop largement les comptes et les contenus des utilisateurs mineurs ».
Bruxelles appelle donc TikTok à modifier ses paramètres de comptes pour se conformer à ses obligations.
Si elle n’est pas satisfaite, la Commission pourrait lui infliger à terme une amende potentiellement élevée, allant jusqu’à 6% de son chiffre d’affaires mondial, comme le permet le DSA en cas d’infraction caractérisée.
Bruxelles avait déjà demandé en début d’année à TikTok de supprimer de son interface des fonctionnalités jugées beaucoup trop « addictives », dans le cadre de son enquête ouverte en 2024.
Il s’agit de mécanismes qui « pourraient nuire au bien?être physique et mental » des utilisateurs, notamment les mineurs, en les incitant à faire défiler les contenus et à consulter leurs téléphones de façon « compulsive », y compris la nuit. Cela inclut le défilement illimité des contenus (« scrolling »), la lecture automatique des vidéos, et les notifications « push ».
Ces actions s’inscrivent dans une offensive plus large de l’Europe pour protéger les mineurs en ligne.
Dans ce cadre, l’UE envisage d’instaurer un accès « progressif et gradué » des enfants et adolescents aux plateformes en ligne, pour protéger leur bien-être physique et mental, comme l’ont recommandé des experts européens ce mois-ci.
La Commission s’est engagée à faire des propositions à ce sujet « après l’été ».
LNT avec Afp