Le Maroc s’apprête à vivre un rendez-vous électoral majeur. Le 23 septembre 2026, plus de trente millions d’électeurs seront appelés aux urnes pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants, à l’issue d’une campagne qui débutera le 10 septembre. Un scrutin qui intervient dans un contexte particulier, celui d’un Royaume engagé dans l’un des cycles d’investissement les plus intenses de son histoire récente, autoroutes, ligne à grande vitesse, nouveaux ports et aéroports, grands stades, à l’approche de la Coupe du monde 2030. Un chantier tentaculaire qui a valu au futur exécutif le surnom, déjà répandu dans les cercles politiques, de « gouvernement du Mondial ».
Compte tenu des enjeux économiques et sociaux de ces élections, les femmes et les hommes à la tête des principaux partis et qui incarneront cette bataille électorale, focalisent l’attention. Tour d’horizon des principales figures qui se disputeront la confiance des électeurs.
RNI : Mohamed Chaouki, un nouveau visage chargé de prolonger l’héritage d’Akhannouch
Le Rassemblement national des indépendants (RNI), principale formation de la majorité sortante, aborde ce scrutin sans son homme fort des dix dernières années. Après le retrait d’Aziz Akhannouch de la présidence du parti, dans le sillage de la CAN 2025 et des manifestations de la génération Z, c’est Mohamed Chaouki, jusqu’alors président du groupe parlementaire du parti à la Chambre des représentants, qui a repris les rênes de la Colombe. Élu comme candidat unique lors d’un congrès national extraordinaire tenu à El Jadida en février 2026, sa désignation a surpris le landerneau politique national, écartant sur le fil Mohamed Aujjar, considéré comme le sage et le vétéran du parti.
Peu connu du grand public malgré sa carrière politique et jusqu’ici en retrait des grands débats publiques pour l’opinion publique, Chaouki mise sur ce qu’il présente comme un « contrat citoyen », axé sur les préoccupations quotidiennes des Marocains. Sa mission est délicate, préserver l’ancrage électoral conquis en 2021 tout en désamorçant la contestation qui a marqué la fin du mandat Akhannouch. Il affirme miser sur la fidélité de l’électorat du parti pour l’emporter à nouveau.
PAM : Fatima Ezzahra El Mansouri, l’ambition d’une première
Pour le Parti authenticité et modernité (PAM), première force de la coalition gouvernementale aux côtés du RNI et de l’Istiqlal, l’heure des ambitions a sonné. À sa tête, Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale d’une direction collégiale tricéphale depuis février 2024, avocate de formation, ministre de l’Habitat depuis octobre 2021 et maire de Marrakech depuis 2009.
Elle affiche sa confiance dans la capacité du parti à répondre aux attentes des citoyens et à relever les grands défis à venir. Le PAM se positionne en concurrent direct du RNI et de l’Istiqlal, notamment dans des zones stratégiques comme le Sahara, le Rif ou le monde rural. Une victoire aux législatives de son parti pourrait créer un précédent unique pour le pays en faisant d’elle la première femme à accéder à la tête du gouvernement marocain.
Istiqlal : Nizar Baraka, l’allié qui joue sa propre carte
Au sein de l’Istiqlal, pilier historique de la coalition gouvernementale, Nizar Baraka reste une valeur sûre. Secrétaire général du parti depuis 2017, ministre de l’Équipement et de l’Eau depuis 2021, petit-fils du leader nationaliste Allal El Fassi, il a occupé par le passé les postes de ministre délégué aux Affaires économiques puis de ministre de l’Économie et des Finances, avant de présider le Conseil économique, social et environnemental de 2013 à 2018.
Sa stratégie tranche avec celle de ses partenaires de majorité, tout en participant à l’exécutif, il multiplie les critiques envers le bilan gouvernemental, pointant la cherté de la vie, le chômage et la corruption, et appelle à des mesures fortes contre l’inflation. Une posture d’opposant dans la majorité qui lui permet de se démarquer sans rompre l’alliance, à l’approche d’un scrutin où l’Istiqlal affiche de fortes ambitions.
PJD : Abdelilah Benkirane, la dernière bataille ?
Dans le camp de l’opposition, Abdelilah Benkirane demeure l’une des dernières grandes figures de l’islamisme politique marocain. Porté à la tête du gouvernement dans le sillage du Printemps arabe et de la Constitution de 2011, il a dirigé deux exécutifs de coalition marqués par des réformes économiques, dont celle de la Caisse de compensation. Rappelé à la tête du Parti de la justice et du développement (PJD) en octobre 2021 après la déroute électorale historique du parti la même année, il a depuis annoncé qu’il ne serait pas candidat lors du scrutin de septembre 2026, tout en restant très actif sur le terrain pour soutenir la campagne de sa formation.
L’enjeu pour Benkirane et le PJD est de taille, redonner au parti l’influence perdue après sa lourde défaite de 2021, dans ce qui pourrait constituer sa dernière tentative de peser sur la scène politique nationale.
USFP, PPS, MP : une opposition à plusieurs voix
Du côté des autres formations d’opposition, les stratégies diffèrent sensiblement. Driss Lachgar, tout juste réélu premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), mène une opposition discrète, cherchant avant tout à consolider le poids de son parti à la Chambre des représentants.
Nabil Benabdellah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), adopte un ton plus offensif. Il dénonce un bilan gouvernemental marqué par des échecs multiples sur les plans économique, social et démocratique, une dépendance jugée excessive à la majorité numérique et une récurrence des conflits d’intérêts. Il présente le scrutin du 23 septembre comme un moment démocratique décisif pour ouvrir la voie à une alternative progressiste.
Enfin, Mohamed Ouzzine, secrétaire général du Mouvement populaire (MP) depuis novembre 2022, où il a succédé à la figure historique Mohand Laenser, partage cette posture critique à l’égard de l’exécutif sortant, tout en annonçant souhaiter concentrer l’action de son parti sur la défense du monde rural et le chantier de la régionalisation.
Une majorité sortante sous pression
À l’approche du 23 septembre, le paysage politique marocain se dessine ainsi autour d’une majorité sortante, RNI, PAM, Istiqlal, qui devra défendre un bilan controversé, face à une opposition emmenée par l’USFP, le PPS et le MP mais où le PJD entend également faire entendre sa voix. Entre changements de leadership, ambitions personnelles et défis économiques et sociaux hérités du mandat précédent, cette cartographie des forces en présence dessine les contours d’un scrutin dont l’issue conditionnera la conduite des grands chantiers structurants du Royaume, à quatre ans de la Coupe du monde 2030, mais aussi les réponses apportées aux aspirations de tous les Marocains.
Hassan Zaatit