Capital-investissement : Comment le FM6I accélère la structuration du marché marocain

fonds mohammed VI pour l’investissement FM6I

Le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement occupe désormais une place centrale dans la nouvelle phase de développement du capital-investissement au Maroc.

À travers la sélection de quatorze sociétés de gestion et la mise en place de véhicules couvrant plusieurs secteurs prioritaires, le Fonds cherche à mobiliser davantage de capitaux privés au service des entreprises, des projets structurants et de la transformation de l’économie nationale.

Les sociétés de gestion retenues dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le Fonds ont mobilisé près de 14,5 milliards de dirhams auprès d’investisseurs marocains et internationaux.

À cette enveloppe s’ajoutent 4,5 milliards de dirhams apportés par le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, portant la capacité globale de financement à environ 19 milliards de dirhams.

Ce dispositif repose sur un principe de mobilisation conjointe des ressources publiques et privées.

L’intervention du Fonds vise ainsi à réduire le profil de risque des investissements, à améliorer leur attractivité et à créer un effet multiplicateur sur les capitaux engagés dans l’économie.

Une intervention principalement indirecte

Institué par la loi n° 76.20, promulguée en décembre 2020, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement a pour mission de catalyser l’investissement privé, de contribuer au financement de projets structurants et de renforcer les fonds propres des entreprises, notamment des petites et moyennes entreprises.

Son intervention s’effectue principalement de manière indirecte, à travers des fonds sectoriels, thématiques ou généralistes pilotés par des sociétés de gestion spécialisées.

Cette architecture doit permettre d’adapter les instruments de financement aux besoins des entreprises, selon leur taille, leur secteur d’activité et leur stade de développement.

Les véhicules sélectionnés couvrent un large éventail d’activités.

Trois fonds sont consacrés à l’industrie, un autre à l’agriculture et à l’agro-industrie, deux au tourisme et un au transport et à la logistique.

Sept fonds généralistes complètent le dispositif, avec des tickets d’investissement différenciés afin de répondre aux besoins de plusieurs catégories d’entreprises.

Les sociétés de gestion sélectionnées comprennent notamment Valoris Capital, CDG Invest Management, CDG Invest Growth, Red Med Private Equity, BMCE Capital Investments, etc.

Des véhicules de tailles et de stratégies différentes

La diversité des fonds retenus reflète la variété des besoins de financement au sein de l’économie marocaine.

Certains véhicules sont généralistes, à l’image de Valoris Equity Fund, Colombus 1, Capital Croissance, IMG Fund I ou Build Up Fund.

D’autres sont orientés vers des secteurs précis.

Nama Fund I et Industrial Growth Fund I sont consacrés à l’industrie, tandis que MAIC OPCC-RFA cible l’industrie aéronautique.

EMIF II Morocco Fund intervient dans le transport et la logistique.

Kasada Morocco Hospitality Fund et Wesroc Hospitality Fund I sont dédiés au tourisme, alors qu’Agrofund cible l’agriculture et l’agro-industrie.

Les tailles annoncées varient sensiblement.

Industrial Growth Fund I et Agrofund disposent chacun d’une capacité de 1,2 milliard de dirhams.

IMG Fund I atteint 1,5 milliard de dirhams.

Capmezzanine V affiche une taille de 2 milliards de dirhams, tandis que Colombus 1 et Valoris Equity Fund disposent respectivement de 900 et 800 millions de dirhams.

EMIF II Morocco Fund atteint, pour sa part, 180 millions de dollars.

Cette diversité traduit une volonté de couvrir aussi bien les besoins de croissance des PME que les opérations de développement, de transmission, d’intégration industrielle ou de financement d’actifs dans les infrastructures, la logistique et le tourisme.

Un record de levées en 2024

L’intervention du Fonds Mohammed VI accompagne une dynamique plus large du marché marocain du capital-investissement.

À fin 2024, les levées de fonds ont atteint un niveau record de 3,9 milliards de dirhams, en hausse de 29 % par rapport aux 3 milliards enregistrés en 2023.

Sur l’ensemble de la période 2018-2024, les fonds levés ont totalisé près de 13,8 milliards de dirhams, soit deux fois le montant enregistré entre 2012 et 2017.

Cette progression confirme l’élargissement du marché et l’intérêt croissant des investisseurs pour les véhicules intervenant au Maroc.

Les fonds transrégionaux demeurent toutefois majoritaires.

Depuis 2012, ils représentent en moyenne 73 % des levées destinées au marché marocain.

Entre 2018 et 2024, ils ont concentré près de 9,5 milliards de dirhams, contre 4,3 milliards pour les fonds strictement marocains.

Cette configuration reflète l’intégration du Maroc dans des stratégies d’investissement couvrant le Maghreb, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient ou, plus largement, le continent africain.

Une participation marocaine en nette progression

Si les fonds transrégionaux restent prépondérants, l’origine des capitaux mobilisés évolue.

La part des investisseurs marocains a atteint 53 % des levées entre 2018 et 2024, contre seulement 25 % durant le cycle 2012-2017.

Cette progression traduit une implication plus importante des institutions et opérateurs nationaux dans le financement du capital-investissement.

Dans le même temps, la part des investisseurs issus de l’Union européenne est passée de 69 % à 45 %.

Les organismes de développement internationaux demeurent la première catégorie d’investisseurs, avec 38 % des montants levés entre 2018 et 2024.

Ils sont suivis par les banques et les sociétés de gestion d’actifs, qui représentent 27 %.

Ensemble, ces deux catégories concentrent 65 % des ressources mobilisées.

La baisse relative de la contribution des organismes internationaux, par rapport au cycle précédent, est présentée comme le signe d’une diversification progressive de la base des investisseurs et d’un ancrage plus important du marché dans l’écosystème financier national.

Les véhicules marocains gagnent du terrain

La structuration juridique des fonds connaît également une évolution.

Les fonds transrégionaux continuent de privilégier des véhicules établis à l’étranger, tandis que ceux orientés vers le marché national recourent davantage à des structures marocaines.

Les Organismes de placement collectif en capital (OPCC) occupent une place croissante.

Leur part dans le nombre de fonds créés est passée de 4 % entre 2006 et 2011 à 23 % entre 2012 et 2017, puis à 47 % sur la période 2018-2024.

À l’inverse, la part des structures étrangères a reculé de 62 % entre 2012 et 2017 à 21 % durant le dernier cycle.

Les autres formes juridiques marocaines représentent désormais 32 % des fonds créés.

Cette évolution témoigne d’une appropriation progressive des instruments réglementés localement par les sociétés de gestion et les investisseurs.

Près de quarante sociétés de gestion actives

Le marché marocain compte aujourd’hui près de quarante sociétés de gestion actives, soit environ deux fois plus qu’en 2014.

Le nombre de fonds en activité est estimé à 56, dont quatorze sont issus du dispositif porté par le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement.

CDG Invest intervient à travers plusieurs véhicules, notamment Fipar Holding, Nama Holding, 212 Founders, Génération Entrepreneurs et Nama Fund I.

Sa filiale CDG Invest Growth gère les différentes générations de Capmezzanine, dont le dernier véhicule affiche une capacité de 2 milliards de dirhams.

AfricInvest a, de son côté, développé plusieurs générations de fonds généralistes destinés au Maghreb et à l’Afrique.

Amethis North Africa intervient également dans les opérations de développement et de transmission, tandis que Mediterrania Capital Partners dispose de plusieurs véhicules, dont Mediterrania Capital IV Morocco.

L’écosystème comprend par ailleurs des fonds spécialisés dans l’innovation, parmi lesquels Maroc Numeric Fund, Maroc Numeric Fund II, Azur Innovation Fund, SEAF Morocco Growth Fund, BMCE Capital Venture et UM6P Ventures.

Plus de 15 milliards de dirhams investis depuis 2000

Les montants investis par le secteur ont atteint 15,8 milliards de dirhams entre 2000 et 2024, à travers 383 opérations.

Le capital-développement demeure largement dominant, avec 12,3 milliards de dirhams investis dans 180 opérations. Il concentre ainsi 78 % des montants engagés.

Le capital-transmission arrive en deuxième position avec 2,1 milliards de dirhams répartis sur 42 opérations.

Le capital-risque représente 884 millions de dirhams pour 99 opérations, tandis que le capital-amorçage totalise 349 millions de dirhams répartis sur 60 opérations.

Le capital-retournement reste marginal, avec 95 millions de dirhams investis dans deux entreprises.

La progression est particulièrement visible au cours du dernier cycle.

Entre 2018 et 2024, les investissements ont atteint 9,2 milliards de dirhams, contre 3,4 milliards entre 2012 et 2017, 2,5 milliards entre 2006 et 2011 et 729 millions entre 2000 et 2005.

Pour la seule année 2024, dix sociétés de gestion ont investi environ 1,7 milliard de dirhams dans 23 nouvelles participations et 17 réinvestissements.

Les services ont concentré 41 % des investissements, devant la santé et l’éducation.

Amorçage et capital-risque : davantage d’opérations, mais des montants limités

Le capital-amorçage et le capital-risque occupent une place croissante dans le nombre d’opérations.

En 2024, ils ont représenté 42 % des transactions, contre 26 % entre 2006 et 2011.

Leur poids en valeur reste cependant limité à 8 % des montants investis.

Cette différence s’explique par la taille généralement réduite des tickets destinés aux startups et aux jeunes entreprises innovantes.

La structure du marché se caractérise ainsi par une polarisation des opérations.

D’un côté, le nombre de transactions inférieures ou égales à 20 millions de dirhams progresse, sous l’effet du capital-amorçage et du capital-risque.

De l’autre, les opérations supérieures ou égales à 100 millions de dirhams se développent dans le capital-développement et la transmission.

Cette évolution permet au marché de répondre à des besoins allant du financement initial des startups à l’accompagnement d’entreprises plus matures engagées dans des projets d’expansion ou de changement d’actionnariat.

Des sorties en hausse et un marché secondaire plus actif

Le développement du capital-investissement se mesure également à la progression des désinvestissements.

En 2024, les sorties ont atteint 1,067 milliard de dirhams.

Sur la période 2018-2024, leur montant cumulé s’est établi à 5,7 milliards de dirhams, contre près de 2 milliards entre 2012 et 2017.

Le marché secondaire concentre désormais 44 % des sorties, alors qu’il ne représentait que 3 % entre 2006 et 2011.

Les introductions en Bourse ont également retrouvé une certaine place et représentent 22 % des désinvestissements réalisés entre 2018 et 2024.

La diversification des mécanismes de sortie constitue un indicateur de maturité pour le secteur, puisqu’elle améliore les perspectives de liquidité pour les sociétés de gestion et les investisseurs.

Un rendement brut moyen de 12 %

Les performances cumulées à fin 2024 font ressortir un taux de rendement interne brut (TRI) moyen de 12 %, pour un multiple global de 1,9.

La durée moyenne de détention des participations s’établit à 6,2 ans.

Les niveaux de rendement diffèrent selon les secteurs.

La santé affiche le TRI brut moyen le plus élevé, à 23 %, devant les services (15 %) et la construction-BTP (14 %).

Les technologies de l’information et de la communication atteignent 12 %, contre 6 % pour l’industrie automobile, 4 % pour la distribution et le négoce et 1 % pour l’industrie agroalimentaire.

Ces indicateurs montrent que le capital-investissement marocain a franchi plusieurs étapes de structuration : augmentation des levées, diversification des investisseurs, montée en puissance des véhicules réglementés, développement des sorties et élargissement des stratégies sectorielles.

Dans cette nouvelle configuration, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement agit comme un accélérateur.

Son impact dépendra désormais de la capacité des fonds sélectionnés à déployer effectivement les capitaux mobilisés, à accompagner les entreprises dans leur développement et à orienter les investissements vers les secteurs susceptibles de renforcer durablement la production, l’emploi et la compétitivité de l’économie marocaine.

Selim Benabdelkhalek

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