100 milliards de gain de dette : La nouvelle équation budgétaire du Maroc

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Quel est le rôle des financements innovants sur l’équilibre budgétaire du Maroc ? Quels sont les impacts sur les fondamentaux de l’économie du pays ?

Ces deux questions s’imposent parce qu’elles sont à la base de la stratégie de l’État, à travers la nécessité de maîtriser le déficit public, la dette intérieure et extérieure, ainsi que de préserver les autres grands équilibres : balance commerciale, solde extérieur et niveau des réserves en devises.

Par leur nature, les produits innovants de l’État consistent en des cessions d’actifs publics à des fonds, tout en en devenant locataire. Il s’agit d’une opération dite de « sale and lease back », extrêmement classique, qui existe depuis longtemps sur d’autres marchés et à laquelle les entreprises et autres acteurs économiques ont recours lorsqu’ils ont besoin de liquidités.

En cédant certains de ses actifs, l’État encaisse le produit de la vente et se crée ainsi une nouvelle source de financement, même s’il s’engage en contrepartie à verser un loyer, qui constitue une nouvelle charge budgétaire.

Cette technique, incarnée notamment par les OPCI, permet à l’État d’associer les investisseurs institutionnels au financement public, désormais fondé sur une logique public-privé.

L’intérêt des investisseurs est assuré par le rendement proposé. Celui-ci repose sur des taux supérieurs à ceux des bons du Trésor, dont les maturités à 10 ou 15 ans n’atteignent pas les 4 %, alors que les loyers versés aux OPCI dépassent les 6 %.

Ces opérations de refinancement coûtent donc davantage à l’État que le recours aux bons du Trésor, dont la rémunération est inférieure.

La différence essentielle réside toutefois dans leur traitement financier. Les bons du Trésor créent une dette pour l’État, tandis que les OPCI non seulement n’en créent pas, mais lui procurent une source de financement supplémentaire, distincte de l’endettement.

Grâce à ces nouveaux produits, qualifiés à juste titre d’innovants, l’État peut ainsi accroître ses dépenses sans augmenter sa dette. Il peut même la réduire grâce aux cessions d’actifs, qui viennent diminuer la contrepartie de la dette publique.

Ces nouveaux produits financiers, en particulier les OPCI de l’État, lui ont permis de générer près de 100 milliards de dirhams de recettes cumulées sur trois ans, soit plus de 30 milliards de dirhams par an.

Ce montant est considérable au regard des importants engagements pris par le Royaume en matière d’investissements publics accélérés dans la perspective de la Coupe du Monde 2030 : autoroutes, infrastructures, aéroports, mais également Sécurité sociale, Assurance Maladie Obligatoire (AMO), généralisation de la couverture médicale ou encore aide sociale directe aux ménages.

Par ailleurs, l’économie bénéficie d’une capacité supplémentaire de dépense publique, sans dégradation des principaux ratios budgétaires qui auraient pu contraindre l’État à ralentir son effort d’investissement.

Ces dépenses d’investissement, ainsi démultipliées, profitent directement à l’économie. Elles auraient été plus limitées si le Maroc avait atteint les seuils de dette et de déficit budgétaire susceptibles d’être jugés excessifs par le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale, avec le risque d’une dégradation de la notation souveraine du pays.

Cette politique de diversification des sources de financement intervient, en outre, dans une conjoncture économique favorable.

Le financement extérieur bénéficie du développement des exportations, qui couvrent une part croissante des importations. Le déficit du compte courant se limite ainsi à environ 2 %, soit près de 35 milliards de dirhams, un niveau lui-même compensé par les investissements directs étrangers, ce qui contribue à l’augmentation des réserves en devises.

En définitive, les financements innovants apparaissent moins comme un artifice comptable que comme un véritable changement de paradigme dans la manière dont l’État finance son développement.

En transformant son patrimoine en source de liquidités, le Maroc s’est doté d’un levier qui réconcilie deux impératifs longtemps considérés comme contradictoires : accélérer la dépense publique tout en préservant ses grands équilibres macroéconomiques.

Afifa Dassouli

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