Politique

Maroc-France : Prolongations

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Il y a une semaine à peine, la France et le Maroc se faisaient face à Boston. Sept jours plus tard, les voici de nouveau l’un en face de l’autre, mais à Rabat cette fois, et sur un terrain où le tableau d’affichage ne raconte pas la même histoire.

Ne nous méprenons pas sur la portée de ce déplacement, encore moins au lendemain des célébrations de la Fête nationale du 14 juillet et de la défaite de la France en Coupe du Monde face à l’Espagne, autre partenaire de taille du Royaume. Que Sébastien Lecornu ait choisi Rabat pour son tout premier voyage officiel à l’étranger depuis son arrivée à Matignon, à l’automne dernier, et qu’il y débarque flanqué d’une douzaine de ministres, n’a rien d’une visite de courtoisie. On ne mobilise pas la moitié d’un gouvernement, on ne déplace pas les Affaires étrangères et l’Intérieur d’un même mouvement, pour une poignée de main protocolaire. En diplomatie, le choix de la première destination est toujours un message et celui-là est limpide, le Maroc est redevenu, pour Paris, une priorité.

Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se souvenir d’où l’on vient. Il n’y a pas si longtemps, en 2021 et 2022, la relation était à couteaux tirés. Paris réduisait de moitié les visas accordés aux Marocains, empoisonnant un peu plus la relation entre les chancelleries, et Rabat, loin de courber l’échine, bloquait le retour de ses ressortissants et se tournait vers d’autres partenaires européens. Puis à l’été 2024, la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara, au grand dam d’Alger, suivie de la visite d’État d’octobre ont remis les pendules à l’heure et permettent de célébrer aujourd’hui la relation bilatérale comme un « partenariat d’exception ».

Reste que ce rapprochement ne se lit plus dans le sens où on l’entendait autrefois. Les échanges commerciaux ont atteint un record de 14,8 milliards d’euros en 2024, plus du double de leur niveau de 2015. La France demeure le premier partenaire économique du Royaume, mais le Maroc est devenu son premier client et fournisseur sur le continent, absorbant à lui seul plus de 40 % des exportations françaises vers l’Afrique. Hub logistique et financier, porte d’entrée vers la zone de libre-échange continentale, ses ports s’imposent comme des voies de contournement stratégiques à l’heure où le détroit d’Ormuz se crispe. En clair, ce que la France vient chercher à Rabat, elle ne le trouve plus si aisément ailleurs.

Il y a d’ailleurs quelque chose de révélateur dans le contraste des situations. Le Premier ministre qui foule le tapis rouge marocain gouverne, chez lui, sous la menace permanente. Son budget 2026 n’est passé qu’à coups de 49.3 et de motions de censure repoussées de justesse, davantage grâce aux abstentions qu’aux adhésions. Il dirige une majorité dans une Assemblée fracturée où chaque texte se négocie bec et ongles. Le chef de gouvernement français vient donc aussi chercher au Maroc des victoires précieuses pour son front intérieur. De notre côté, notre chef de gouvernement qui va accueillir l’invité sur le tarmac et mener les négociations avec son homologue réalise certainement son dernier grand baroud d’honneur à l’approche des élections de septembre.

En réalité, l’horizon de cette visite n’est pas la rencontre de haut niveau elle-même, la première du genre depuis 2019. Il est ailleurs, dans ce traité « d’exception » que les deux capitales appellent de leurs vœux, et dans la visite d’État de Mohammed VI en France, dont le principe a été acté en mai sans qu’aucune date ne soit avancée. Or le souverain marocain ne s’est plus rendu officiellement en France depuis mars 2000, cela fait déjà vingt-six ans.

On peut donc se satisfaire du contexte de cette visite mais il ne s’agit pas pour autant de céder à un excès de confiance. Bien que courtisé le Maroc a d’ailleurs prouvé sa lucidité et son pragmatisme diplomatique, les chantiers communs avec la France sont nombreux, et le pays a tout intérêt à ce que cette visite soit fructueuse pour les deux parties. Mais c’est justement cette réciprocité proche de l’équilibre qui donne un meilleur goût à cette nouvelle échéance entre les deux pays, et qui mérite d’être relevée.

Zouhair Yata

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