Entretien avec Nadia Larguet : « La culture générale n’a ni âge, ni nationalité »

Par LNT
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Mme Nadia Larguet
Journaliste, productrice et créatrice du jeu « 1001 questions sur le Maroc », Nadia Larguet poursuit un objectif simple : rendre la culture marocaine accessible au plus grand nombre. Décliné en application gratuite et traduit en sept langues, dont l’amazigh, ce jeu de culture générale entend toucher aussi bien les Marocains que la diaspora ou les étrangers curieux de découvrir le Royaume.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer un jeu de culture générale consacré au Maroc ?

J’ai toujours aimé la culture générale et je trouvais qu’il y avait un vide. J’ai eu envie de le combler. Je me suis dit : pourquoi ne pas imaginer un beau jeu de culture générale ? L’idée est partie de là, puis sont venues les « 1001 questions sur le Maroc ». C’est un très beau jeu, dont le contenu est, je trouve, d’une grande qualité.
Pourquoi avoir choisi le format du jeu plutôt qu’une approche pédagogique plus classique ?

Je ne suis pas du tout une gameuse. Mais il faut savoir s’adapter. Nous avions d’abord sorti ce jeu en format papier, puis nous avons voulu l’offrir au plus grand nombre. Aujourd’hui, pour toucher un large public, il faut être présent sur les plateformes numériques. C’est ce que nous avons fait.
L’application est gratuite, en libre accès. Il faut vivre avec son époque et s’adresser à toutes les générations. Pablo Picasso disait que « la jeunesse n’a pas d’âge » ce jeu est donc destiné à tous !
Pensez-vous que les Marocains connaissent suffisamment leur propre pays, son histoire et son patrimoine ?

On ne connaît jamais totalement son pays. Ce jeu est justement une occasion d’en apprendre davantage. Je vais être très franche : moi-même, je n’aurais pas été capable de répondre à toutes les questions qui y figurent. On apprend tous les jours. J’aimerais d’ailleurs citer Nour-Eddine Saïl, qui disait très justement : « La culture générale n’a ni âge, ni nationalité. » Si l’on a envie d’apprendre, on apprend. C’est aussi simple que cela. On apprend à tout âge, avec tout le monde, et la curiosité n’a pas de frontières.

Aujourd’hui, les jeunes ont accès à une quantité considérable d’informations. Le véritable défi est-il de trouver l’information ou de s’assurer de sa fiabilité ?

Nous vivons une période que je trouve parfois inquiétante. Les jeunes sont plongés dans les écrans dès leur plus jeune âge. Il faut donc faire preuve de vigilance. Une information se vérifie, se recoupe. Il ne faut surtout pas considérer comme acquis tout ce que l’on voit passer. Les réseaux sociaux regorgent de fausses informations qui peuvent provoquer des incompréhensions. Je suis née en 1973 et j’ai connu une autre époque. Aujourd’hui, je dirais simplement à la jeunesse : soyez attentifs à ce que vous consommez, à ce que vous regardez et à ce que vous partagez.
Le jeu couvre aussi bien l’histoire que le sport, la musique ou les grandes personnalités. Comment avez-vous trouvé cet équilibre ?

Le travail a été réalisé par huit rédacteurs, chacun ayant eu carte blanche dans sa catégorie. Je ne suis intervenue que sur la question qui me concernait ! (Humour).
Tout le reste s’est construit naturellement et a été supervisé en étroite collaboration avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication. Je trouve qu’un très bel équilibre a été trouvé. Le niveau est élevé et le projet est, à mes yeux, une belle réussite.
J’en suis d’autant plus fière que ce contenu est accessible gratuitement et qu’il est disponible en sept langues. C’est aussi la première fois qu’un jeu est traduit en amazigh, ce qui constitue pour moi une immense fierté.
La culture générale peut-elle contribuer à renforcer le sentiment d’appartenance à un pays ?

La culture générale, quelle qu’elle soit, vous construit d’abord en tant qu’individu. Elle nourrit votre rapport à vous-même, à vos enfants et au monde qui vous entoure.
Bien sûr, apprendre davantage sur son pays est toujours une belle chose. Ce jeu s’adresse également aux Marocains résidant à l’étranger. J’aime dire qu’au lieu de leur offrir les traditionnels goodies d’été : le pare-soleil, la casquette ou le porte-clés, offrons-leur aussi de la culture. Montrons-leur que le Maroc est un pays magnifique, un pays de culture. Je trouve malheureusement que la culture générale ne bénéficie pas toujours de la place qu’elle mérite. Il suffit de regarder le peu d’émissions qui lui sont consacrées à la télévision. À mon sens, nous devrions davantage investir dans ce domaine.
Souhaitez-vous développer davantage la dimension pédagogique du projet ?

Absolument. Ce jeu s’adresse à tout le monde.
J’aimerais que tous les Marocains — et lorsque je parle des Marocains, j’y inclus aussi les Marocains de cœur, les touristes, les étrangers qui aiment notre pays — s’approprient ce QR Code, le fassent voyager et l’utilisent dans les écoles, les camps de vacances ou les associations. Je souhaiterais que ce projet devienne un véritable projet national et qu’il puisse être porté avec les ministères concernés. J’aimerais aussi voir naître des formats simples, comme une minute quotidienne de culture générale à la télévision ou à la radio. Si, parmi les milliers de questions proposées, chacun en retient seulement quelques-unes, ce sera déjà une belle réussite.
Les nouvelles technologies peuvent-elles contribuer à mieux valoriser le patrimoine marocain ?
Bien sûr. Elles offrent des outils extraordinaires pour faire connaître un pays et son patrimoine. Je continue de penser qu’il faut rester vigilant dans leur utilisation, mais ces technologies permettent aussi de montrer le Maroc sous son meilleur jour. Personnellement, je reste assez attachée à la simplicité — j’utilise encore un téléphone plutôt classique — mais je suis convaincue que ces outils peuvent être très utiles, à condition d’en faire un usage responsable.
Si vous deviez ajouter mille nouvelles questions, quels domaines souhaiteriez-vous développer ?
Ce jeu est vivant. Les questions peuvent être actualisées au fil du temps. La culture générale est infiniment riche. Mais, pour être honnête, mon prochain rêve serait plutôt de créer les « 1001 questions sur l’Afrique ». C’est un projet qui me tient à cœur.
Un dernier mot ?
Je voudrais remercier tous ceux qui ont rendu cette aventure possible. Une application gratuite ne peut exister sans partenaires engagés. Je souhaite donc remercier la MDJS, le CCME, la Fondation Orange Maroc et Al Barid Bank. Grâce à leur soutien, nous avons pu donner vie à ce projet et le rendre accessible à tous.
Pour plus d’informations sur le jeu :  https://linktr.ee/1001questionssurlemaroc

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