Dix ans après l’adoption de la résolution 2286 du Conseil de sécurité des Nations unies, censée garantir la protection des personnels de santé et des infrastructures médicales en temps de guerre, le constat dressé par Médecins du Monde (MdM) est sans appel : les attaques contre les soins de santé se multiplient, tandis que les responsables continuent d’agir dans une quasi-impunité. Dans un rapport publié vendredi, l’ONG appelle la communauté internationale à un « sursaut politique », estimant que les engagements pris en 2016 sont restés largement lettre morte.
Selon les données de l’organisation, 223 attaques ayant directement affecté ses opérations internationales ont été documentées entre 2016 et 2026, soit près de deux incidents chaque mois. À l’échelle mondiale, plus de 17.000 attaques contre les soins de santé ont été recensées au cours de la dernière décennie. Ces violences ont coûté la vie à environ 3.600 professionnels de santé, tandis que 2.575 autres ont été arrêtés ou détenus. MdM souligne que 64% de ces attaques sont attribuées à des acteurs étatiques, mettant en lumière la responsabilité directe de gouvernements engagés dans des conflits armés.
Parmi les zones les plus durement touchées figurent la Birmanie, la République centrafricaine et surtout les territoires palestiniens. Médecins du Monde estime que « le génocide en cours à Gaza depuis octobre 2023 a entraîné une explosion du nombre d’attaques et d’entraves aux soins », des faits qui, selon l’ONG, sont largement documentés par des enquêtes indépendantes.
Depuis le début de l’offensive israélienne contre la bande de Gaza, les organisations humanitaires, les agences de l’ONU et plusieurs ONG internationales dénoncent de manière répétée les frappes contre des hôpitaux, les sièges imposés à des établissements médicaux, les restrictions à l’entrée de médicaments et de matériel médical, ainsi que les obstacles à l’évacuation des blessés. Plusieurs des principaux hôpitaux de l’enclave ont été détruits, gravement endommagés ou contraints de cesser leurs activités après des opérations militaires israéliennes.
Médecins Sans Frontières (MSF) affirme que, dix ans après la résolution 2286, les attaques contre les structures médicales sont devenues quasi quotidiennes dans plusieurs conflits, citant explicitement Gaza parmi les exemples les plus alarmants. L’organisation évoque une « indifférence criminelle » face à la répétition de violations du droit international humanitaire et estime que les États ont largement échoué à faire respecter les règles qu’ils avaient pourtant approuvées.
Cette analyse rejoint celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et de MSF, qui ont publié un appel commun dénonçant « l’échec » des États à protéger les services de santé dans les conflits. Les trois organisations estiment que la situation est aujourd’hui « pire qu’il y a dix ans » et attribuent cette dégradation non pas à une insuffisance du droit international, mais à un manque de volonté politique pour le faire respecter.
Au-delà des frappes meurtrières, Médecins du Monde insiste sur une autre forme de violence, moins visible mais tout aussi destructrice pour les populations civiles.
L’organisation évoque les vols de matériel médical, les pillages de centres de santé, les extorsions, les arrestations de membres du personnel humanitaire, les détentions arbitraires, le harcèlement administratif ainsi que les blocages répétés aux postes-frontières et aux checkpoints.
Selon Léa Gauthier, chargée de plaidoyer humanitaire de l’ONG, ces obstacles empêchent les équipes médicales d’accéder aux populations, retardent l’acheminement des médicaments et réduisent considérablement la capacité des organisations humanitaires à assurer des soins essentiels.
Dans le cas de Gaza, ces restrictions prennent une dimension particulièrement critique, les ONG dénonçant régulièrement les limitations imposées à l’entrée de l’aide humanitaire, des équipements médicaux et du carburant indispensable au fonctionnement des hôpitaux, aggravant une crise sanitaire déjà catastrophique.
Pour Médecins du Monde, la multiplication des attaques traduit un affaiblissement préoccupant du respect du droit international humanitaire.
L’ONG alerte également sur la criminalisation croissante de l’action humanitaire, la politisation des secours médicaux, les campagnes de délégitimation visant les organisations humanitaires, y compris sur les réseaux sociaux, ainsi que la diminution des financements internationaux consacrés à l’aide d’urgence. Selon elle, ces facteurs risquent d’aggraver encore la situation au cours de la prochaine décennie.
Face à ce constat, l’organisation appelle les États à cesser de considérer la résolution 2286 comme un simple texte symbolique et à assumer pleinement leurs responsabilités en matière de prévention, d’enquête et de poursuite des auteurs d’attaques contre les soins de santé.
Pour les organisations humanitaires, le cas de Gaza illustre aujourd’hui l’échec de la communauté internationale à faire respecter les protections prévues par le droit international. Malgré les condamnations répétées et les nombreuses alertes des agences onusiennes et des ONG, les attaques contre les infrastructures médicales et les obstacles aux soins continuent de se multiplier, laissant des centaines de milliers de civils privés d’un accès à des services de santé essentiels.
LNT
