Intelligence artificielle : à Genève, le Maroc met en avant sa stratégie de coopération et de souveraineté numérique

Par LNT
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Le Maroc a pris part à plusieurs rendez-vous internationaux consacrés à l’intelligence artificielle (IA) et à la transformation numérique, organisés dans le cadre de la Geneva Digital Week. Représenté par la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, le Royaume y a présenté sa vision d’une intelligence artificielle souveraine, responsable et inclusive, tout en renforçant ses partenariats internationaux dans ce domaine.

La ministre a notamment participé au premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, organisé par les Nations Unies les 6 et 7 juillet à Genève. Réunissant des représentants de plus de 170 pays, cette rencontre vise à promouvoir une gouvernance mondiale de l’IA fondée sur la coopération, la sécurité, l’éthique et le respect des droits humains.

En ouvrant les travaux, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé les États à « gouverner ensemble » l’intelligence artificielle afin d’en faire une technologie plus sûre, plus équitable et plus accessible. Les discussions ont porté sur plusieurs enjeux majeurs, notamment la réduction de la fracture numérique, la protection des enfants, la sécurité des systèmes d’IA, l’intégrité de l’information et l’accès des pays en développement aux infrastructures, aux données et aux capacités de calcul.

La participation marocaine s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale « AI Made in Morocco » et de la feuille de route « Maroc IA 2030 », qui visent à développer un écosystème national reposant sur une intelligence artificielle créatrice de valeur, responsable et adaptée aux besoins du Royaume.

Les défis de la responsabilité des systèmes d’IA

Lors d’un panel consacré aux droits humains à l’ère de l’intelligence artificielle, Amal El Fallah Seghrouchni a abordé la question de la responsabilité des systèmes d’IA dits « agentiques », capables de prendre des décisions en mobilisant plusieurs agents autonomes.

Selon la ministre, cette évolution soulève de nouveaux défis juridiques puisqu’il devient plus difficile d’identifier l’origine d’un dysfonctionnement lorsque plusieurs systèmes interviennent dans une même chaîne décisionnelle.

Pour illustrer cette problématique, elle a rappelé que l’administration marocaine traite près de 52 millions de transactions par an, ce qui rend essentielle la mise en place de mécanismes de traçabilité.

Elle a plaidé pour une nouvelle approche reposant sur trois principes : une documentation précise des chaînes de décision, la désignation d’un responsable humain clairement identifié pour toute décision ayant un impact sur les droits des personnes, ainsi que la garantie d’un recours effectif. « L’autonomie opérationnelle d’un algorithme ne doit jamais devenir une autonomie à l’égard du droit », a-t-elle affirmé.

Le Maroc a également participé au Forum du Sommet mondial sur la société de l’information (WSIS Forum), organisé par l’Union internationale des télécommunications.

Intervenant lors d’une table ronde consacrée aux infrastructures numériques, Amal El Fallah Seghrouchni a défendu une approche reposant sur une « souveraineté ouverte ». Selon elle, la souveraineté numérique ne signifie pas l’isolement technologique, mais la capacité de chaque pays à choisir les infrastructures à mutualiser, les technologies à acquérir ou à développer conjointement et celles qui doivent rester sous contrôle national.

La ministre a rappelé que le Royaume investit dans le développement de centres de données, d’infrastructures souveraines de cloud et de calcul haute performance, ainsi que dans le réseau national des Instituts JAZARI, destiné à rapprocher chercheurs, universités, administrations, startups et entreprises autour de projets d’intelligence artificielle.

Elle a également souligné que cette stratégie s’accompagne d’un effort important en matière de formation, avec l’objectif de former jusqu’à 100.000 talents du numérique par an d’ici 2030.

Au cours de son séjour à Genève, la ministre a multiplié les rencontres bilatérales afin de renforcer la coopération internationale du Royaume.

Elle s’est notamment entretenue avec le ministre nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Bosun Tijani. Les discussions ont porté sur les perspectives de coopération entre le Maroc et le Nigeria dans les domaines de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle, ainsi que sur une éventuelle participation du Nigeria au D4SD Hub, plateforme régionale développée à Rabat en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Une autre rencontre a réuni Amal El Fallah Seghrouchni et Deemah AlYahya, secrétaire générale de la Digital Cooperation Organization (DCO). Les deux responsables ont évoqué les perspectives de coopération entre le Maroc et cette organisation, ainsi que les moyens de renforcer les projets numériques destinés aux pays africains et arabes.

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